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CRITIQUES DE CONCERTS 14 juillet 2020

Fidelio de Ludwig van Beethoven dans la production du Festival de Glyndebourne reprise au Th√©√Ętre du Ch√Ętelet.

Fidelio mais pas trop
© Mike Hobban

© Mike Hobban

Assez peu jou√© pour un ouvrage de Beethoven, Fidelio doit sa relative raret√© aux probl√®mes que posent le livret et son final souvent mal compris. La production du Festival de Glyndebourne que le Ch√Ętelet vient d'inviter n'√©chappe pas √† la r√®gle, malgr√© la baguette toujours inspir√©e de Sir Simon Rattle.
 

Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
Le 27/01/2002
Jacques DUFFOURG
 



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  • D√©cor bureaucratique couleur gris crasseux, le Fidelio de Deborah Warner est transpos√© dans un univers carc√©ral contemporain. L'id√©e n'est pas r√©volutionnaire, mais cette foultitude d'accessoires de la tyrannie ordinaire (bureau miteux, machine √† √©crire gripp√©e, tiroirs bossel√©s, √©clairage glauque
    ) le rend oppressant à souhaits.

    Les costumes aussi sont triviaux, voire sordides. Ici, les personnages évoluent entre des grilles cellulaires numérotées. Cela veut-il restituer cette impasse des sentiments que Beethoven fait sienne dans la première partie ?

    Au deuxi√®me acte, Deborah Warner √©teint bien la lumi√®re mais √©largit l'espace, limitant la claustralit√© √† un unique barreau d√©centr√©¬†; une inversion des volumes et ouvertures d'un acte √† l'autre plut√īt astucieuse.

    Mais le final met tout par terre. Il neige sur S√©ville, capitale de l'Andalousie¬†! Les prisonniers lib√©r√©s se lancent des boules de neige. Certes, le d√©nouement h√Ętif du livret a souvent √©t√© d√©cri√©, mais il n'√©claire et ne justifie l'op√©ra que s'il est pris au sens m√©taphorique. Au contraire, l'esp√®ce de bal du Quatorze Juillet voulu par Warner parait compl√®tement d√©plac√©, et fait finalement douter de son intelligence de l'oeuvre.

    Heureusement, Sir Simon Rattle est là. Beethoven est pour lui une seconde patrie. Avec l'Orchestre de l'Age des Lumières et ses sonorités très crues, il s'attache à rendre le texte toujours lisible, jusqu'à l'éblouissement, et veille constamment au maintien de l'énergie dramatique. Imprégné de Haydn et de Gluck (les cuivres ont souvent les accents d'Alceste), ce Beethoven-là n'a pas connu Wagner.

    Le prélude instrumental de l'Acte II donne bien plus la chair de poule que le décor de coupe-gorge un peu forcé qui se dévoile peu à peu. Sur l'ensemble, Rattle maintient une scansion nerveuse et précise, presque jamais bruyante, qui porte la tension de l'intrigue souvent mieux que la scène voire les chanteurs.

    Le plateau vocal est pourtant homog√®ne. Except√© l'√©poustouflant Pizarro de Steven Page, il ne comporte ni individualit√© marquante ni r√īle mal distribu√©. Certes, comme tous les Florestan, Kim Begley souffre un peu au premier air, mais s'ajuste ensuite. Dommage qu'il soit contraint de ramper et se contorsionner avec sa cha√ģne comme un cabot riv√© √† sa niche.

    Anne Schwanewilms est une Léonore-Fidelio aussi crédible dans les deux sexes qu'elle incarne. Vocalement, elle trouve ses limites avec les aigus un peu tendus d'Abscheulicher ! mais se rattrape largement dans le second acte. Les choeurs brillent particulièrement dans la marche des prisonniers vers la lumière, une longue supplique dont Rattle fait un suffocant chant de prières.

    Le chef trouve cependant lui aussi ses limites dans ce final décidément raté. Il empoigne alors ses troupes à la hussarde, accélère brutalement, malmène les choristes jusqu'à la distorsion, et termine sur les chapeaux de roue. Pendant quelques secondes, on est décontenancé ; puis, à observer ce qui se passe sur scène, on comprend volontiers que Sir Simon ait trouvé judicieux de trancher en faveur d'une liquidation sans trop de frais.




    Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
    Le 27/01/2002
    Jacques DUFFOURG

    Fidelio de Ludwig van Beethoven dans la production du Festival de Glyndebourne reprise au Th√©√Ętre du Ch√Ętelet.
    Glyndebourne Opera Festival Chorus (chef : Tecwyn Evans) ;
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    Direction : Sir Simon Rattle.
    Mise en scène : Deborah Warner.
    Costumes : John Bright
    Décors et éclairages : Jean Kalman

    Avec Kim Begley (Florestan), Anne Schwanewilms (Léonore), Toby Spence (Jaquino), Lisa Milne (Marcelline), Reinhard Hagen (Rocco), Steven Page (Don Pizzaro), Matthias Hölle (Don Pizzaro).

     


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