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CRITIQUES DE CONCERTS 11 juillet 2020

Hommage à Witold Lutoslawski dans cadre des " Figures de la poésie " de Radio-France.

Chung mène l'enquête
© Radio-France / Christophe Abramowitz

La preuve est faite : l'Orchestre Philharmonique de Radio France affirme de plus en plus sa différence et Myung-Whun Chung lui en donne les moyens. En témoigne ce concert entièrement consacré au polonais Witold Lutoslawski disparu en 1994. Un exercice de style dont les clés n'étaient évidentes à trouver.
 

Le 18/01/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • La musique de Lutoslawski ne tient que par un jeu d'√©quilibres fragiles. Le compositeur en donne les cl√©s en ces termes : " Dans les sections libres, les musiciens jouent chacun pour soi, sans se soucier de savoir s'ils sont en retard ou en avance sur leurs voisins, ce qui offre un champ infini de possibilit√©s dans l'organisation du temps. "

    Mais cette notion de hasard dont le compositeur a fait l'exp√©rience fondamentale est en r√©alit√© une libert√© sous haute surveillance, rigoureusement contr√īl√©e dans le temps, et qui n'est qu'un √©l√©ment de la structure g√©n√©rale, et non comme chez John Cage une r√®gle qui s'impose √† la forme de l'oeuvre dans son ensemble.

    Et Lutoslawski de stipuler clairement qu'il n'y a pas d'improvisation dans sa musique : " Tout ce qui doit √™tre jou√© est consign√© en d√©tail. La seule diff√©rence entre les √©pisodes ad libitum et les autres, parfaitement mesur√©s, est qu'ils ne disposent pas d'une m√™me √©chelle m√©tronomique. En d'autres termes, chacun joue sa partition comme s'il √©tait seul. "

    Cette indication inhabituelle qui est la r√®gle d'or pour la 3e Symphonie, l'est moins pour le Concerto de piano, o√Ļ tout se joue entre le soliste qui r√®gne en ma√ģtre presque absolu, et l'orchestre pr√©occup√© de tisser une toile de fond tr√®s raffin√©e, en s'accordant rarement le dialogue.

    Le r√©sultat est fascinant, car dans cette relation √©trange o√Ļ les deux parties semblent se fr√īler sans jamais se toucher vraiment, passent des √©v√©nements surprenants : ce l√©ger bruissement des cordes qui, dans le premier mouvement, ressemble aux √©bats d'un petit peuple de l'air et de l'eau, les cadences du piano en forme de cantil√®nes, les commentaires de l'orchestre dans le plus pur style rhapsodique, les brusques silences comme des nu√©es d'oiseaux stopp√©es en plein vol, et les accords en rafales qui les emportent ailleurs.

    Le pianiste allemand Lars Vogt en a donné une vision impressionnante, attaquant sur tous les fronts, volubile, fébrile, méditatif et pourtant jamais en repos, à l'écoute de la musique en train de se faire.

    Des partitions surréalistes

    Changement d'atmosph√®re avec les Chantefleurs et chantefables pour soprano et petit orchestre, une des derni√®res oeuvres de Lutoslawski, sur des textes du po√®te surr√©aliste Robert Desnos. De courtes pi√®ces imitatives √† l'usage des enfants r√™veurs, de dr√īles de petits tableaux aux couleurs douces-am√®res, brod√©s et rebrod√©s au petit point, pleins d'humour et d'inventions harmoniques, que la soprano Ruth Ziesak a d√©taill√© avec gr√Ęce et fra√ģcheur

    Mais l'enjeu majeur de la soir√©e √©tait indiscutablement la 3e Symphonie, inspir√©e √† Lutoslawski par l'excellence de l'orchestre de Chicago, et son chef Georg Solti, qui avaient eu la bonne id√©e de lui en passer commande. Cette oeuvre est l'aboutissement d'une longue recherche sur les formes √† grande √©chelle, initi√©e dix ans plus t√īt par le compositeur, et qui r√©pond chez celui-ci √† la survivance revendiqu√©e du mod√®le d'architecture parfaite laiss√© par Haydn.

    Le choix d√©lib√©r√© de deux mouvements, le premier servant uniquement √† pr√©parer le second : " Le premier doit int√©resser, s√©duire, sans jamais satisfaire l'auditeur qui doit se sentir en √©tat d'attente de l'id√©e principale qui ne viendra que plus tard. Cette mani√®re de r√©partir la substance musicale dans le temps me para√ģt en conformit√© avec la psychologie de la perception de la musique
     ".

    On peut tenir compte ou non de ces précautions d'usage, s'impatienter d'abord d'un discours interrompu par de nombreuses pauses musicales, de l'énoncé linéaire du tempo, mais la récompense arrive quand soudain, à l'entrée du second mouvement la texture devient de plus en plus fine, de plus en plus complexe et foisonnante, quand les modules sonores se multiplient et commencent à évoluer en contrepoints aléatoires, comme des électrons libres savamment tenus en laisse, scandés par le martèlement des tutti, jusqu'à se confondre dans la luxuriance de la masse orchestrale.

    Dans bien d'autres partitions, cette aptitude √† maintenir la tension en dosant les dynamiques au millim√®tre, cette mani√®re de ne pas d√©voiler trop vite toute la palette des timbres, de m√©nager des surprises, √©taient d√©j√† caract√©ristiques de la mani√®re du chef cor√©en. Avec Lutoslawski, Chung a trouv√© le r√©pertoire id√©al pour exprimer son talent de ma√ģtre du " suspense " orchestral, car il dirige parfois comme d'autres √©crivent des romans policiers.




    Le 18/01/2002
    Françoise MALETTRA

    Hommage à Witold Lutoslawski dans cadre des " Figures de la poésie " de Radio-France.
    Witold Lutoslawski (1913-1994) : Concerto pour piano et orchestre, Chantefleurs et chantefables, sur des poèmes de Robert Desnos, (1. La belle de nuit. 2.La sauterelle. 3.La véronique. 4.L'églantine, l'aubépine et la glycine.5.La tortue. 6.La rose.7.L'allligator.8. L'angélique.9. Le papillon), Concerto pour orchestre

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    Direction : Myung-Whun Chung
    Lars Vogt, piano
    Ruth Ziesak, soprano

     


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