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CRITIQUES DE CONCERTS 12 juillet 2020

Concert d'ouverture du Festival " Présences 2002 " à la Maison de Radio France.

Jeunes tigres
et vieux dragons

© Eric Sebbag

Le compositeur Tan dun présentant ses oeuvres. (© Eric Sebbag)

Cette ann√©e, l'ouverture du Festival "¬†Pr√©sences¬†" a donn√© lieu √† un affrontement inattendu¬†: d'un c√īt√©, un public consid√©rablement rajeuni venu soutenir un compositeur de musique de film √† succ√®s, de l'autre, le clan des professionnels qui a tenu, parfois bruyamment, √† manifester ses r√©serves √† l'√©gard des oeuvres pr√©sent√©es.
 

Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
Le 30/01/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Rien de r√©volutionnaire dans Sirius du jeune fran√ßais Jean-Jacques Di Tucci, donn√© en cr√©ation, mais une √©criture qui saisit toute la densit√© de l'orchestre pour la faire √©voluer dans un espace sid√©ral, o√Ļ des √©toiles explosent et meurent, d'autres filent dans le vide en glissandi vertigineux, soumises semble-t-il √† l'attraction aveuglante de Sirius, la plus brillante d'entre elles.

    Les instruments sont sollicités par groupes compacts, se désagrègent et se recomposent ailleurs, jusqu'au " big-bang " final. La musique, " plus symbolique que délibérément descriptive ", selon le compositeur, annoncerait-elle discrètement la résurrection du " poème symphonique ", genre que l'on croyait défunt ?

    Retour de Myung-Whun Chung et entr√©e de Tan Dun qui vont ensemble assumer la suite du programme. D√©j√† connu en Chine pour avoir √©t√© le porte-parole de la nouvelle vague musicale apparue apr√®s la r√©volution culturelle, Tan Dun poursuit, depuis son arriv√©e aux Etats-Unis en 1986, une oeuvre prolifique, abondamment salu√©e et r√©compens√©e, o√Ļ le th√©√Ętre, le cin√©ma, la danse et les arts visuels sont omnipr√©sents.

    Orchestral Theatre II pour orchestre et public (si, si¬†!), n'y √©chappe pas. La n√©cessit√© s'imposait d'une br√®ve r√©p√©tition pour la salle¬†: R√© grave tenu √† bouche ferm√©e, fa√ßon moine tib√©tain, et petite phrase √©nigmatique (pour les non initi√©s) sur les syllabes "¬†Hon mi la ga yi go¬†", destin√©e √† √™tre prononc√©e sur ordre du chef au moment o√Ļ la musique atteindrait son "¬†climax¬†".

    Sur sc√®ne, le Philharmonique de Radio-France, aux balcons, plusieurs petites formations instrumentales, √† gauche de la sc√®ne, une voix de basse, au centre Chung, √† droite Tan Dun. Et l'on assiste √† un curieux rituel¬†: les gestes des deux chefs qui ne scandent que le silence, des mots lanc√©s sur le souffle, ou bri√®vement modul√©s, des cris, et l'orchestre qui s'associe √† cette √©trange vocalisation sonore, mettant en oeuvre un mat√©riau √©clectique o√Ļ la tradition chinoise flirte avec l'exp√©rience occidentale.

    Et la musique, d'une violence contr√īl√©e en permanence, finit par engendrer un sentiment assez troublant de tranquillit√©
    en éveil.

    Avec Tigre et Dragon, pour violoncelle, vid√©o et orchestre, on s'engage alors dans un interminable c√©r√©monial, o√Ļ sur l'√©cran, les images du cin√©aste Ang Lee (1) s'encha√ģnent, d√©livrant la vision d'un temple cern√© par les rumeurs de la ville, des paysages de vent, des for√™ts, des dunes labour√©es par le galop des chevaux, des combats d'arts martiaux r√©gl√©s comme une chor√©graphie antique.

    Tan Dun invente de micros √©v√©nements cens√©s na√ģtre de l'action elle-m√™me, loin du violoncelle qui chante et se lamente en longues phrases romantiques, ou en courtes interventions de plus en plus nerveuses. La musique donne l'impression de se nourrir sans cesse des m√™mes id√©es, ind√©finiment r√©p√©t√©es. Dans le public, le clan des "¬†avertis¬†" s'impatiente et siffle, la jeune g√©n√©ration va r√©pliquer par une claque enthousiaste en fin de concert¬†; involontairement, le public semblait s'√™tre r√©parti les r√īles de vieux dragons et jeunes tigres.



    Une remarque

    Quoique l'on pense des oeuvres pr√©sent√©es par Tan Dun, effectivement peu suceptibles d'√™tre tax√©es d'avant-gardistes ou de p√™cher par exc√®s d'originalit√©, il faut avoir √† l'esprit que le genre de musique de films qu'il compose reste l'un des derniers acc√®s √† la musique dite savante, pour une majorit√© du public de moins de trente ans. √Ä l'heure o√Ļ ce m√™me public a tellement peu d'occasions d'ingurgiter autre chose que des tubes pr√©fabriqu√©s par voie cathodique, il n'est sans doute pas bien judicieux de l'effrayer d'une m√©chante bord√©e de quolibets, l√† o√Ļ un silence poli e√Ľt largement suffi.

    Eric Sebbag


    Lire aussi une chronique sur le même sujet.




    (1) M√™me si le titre Tigre et Dragon sugg√®re le pr√©c√©dent succ√®s du tandem Ang Lee ¬Ė Tan Dun, il s'agissait en fait de "¬†rush¬†" num√©riques et d'une musique originale pour un film √† venir.




    Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
    Le 30/01/2002
    Françoise MALETTRA

    Concert d'ouverture du Festival " Présences 2002 " à la Maison de Radio France.
    Jean-Jacques Di Tucci : Sirius
    Tan Dun : Orchestral Theatre II : Re et Tigre et Dragon, pour violoncelle, video et orchestre.

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    Direction¬†: Myung-Whun Chung ¬Ė Tan Dun.

    Stephen Richardson (basse), Tang Junqiao (fl√Ľte chinoise), David Cossin (percussions) et Anssi Karttunen (violoncelle).

     


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