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CRITIQUES DE CONCERTS 29 septembre 2020

Fidelio de Ludwig van Beethoven dans la production du Festival de Glyndebourne reprise au Théâtre du Châtelet.

Beethoven en haute-fidélité
© Mike Hobban

© Mike Hobban

Associant Sir Simon Rattle et Deborah Warner, le Fidelio " made in Glyndebourne " que le Châtelet vient d'importer suscite débat au sein de la rédaction d'Altamusica. Après l'avis mitigé de Jacques Duffourg, voici deux points de vue nettement plus élogieux signés Olivier Bernager et Gérard Mannoni.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 02/02/2002
Olivier BERNAGER
 



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  • Fidelio est un mĂ©lange de gĂ©nĂ©rositĂ© dans les idĂ©es et de naĂŻvetĂ© dans leur expression. Son livret fonctionne comme un livre d'images et sa narration pourrait faire la joie de tous les professeurs de lettres de quatrième. La rĂ©alisation scĂ©nique de cet opĂ©ra peut donc facilement tomber dans l'excentricitĂ©.

    Ce n'est pas le cas ici. Deborah Warner a situé son action loin de l'Espagne dont le fait divers est tiré, et dans une époque moderne : la violence du sujet n'en est que plus présente.

    Rocco (Reinhardt Hagen) le geôlier boit pour oublier son sale travail, son supérieur, l'infâme Don Pizzaro (Steven Page), mince comme un poignard, affecte la morgue détachée des criminels de guerre. Marzelline (Lisa Milne) qui en pince pour Fidelio est une vraie jeune fille, et Fidelio (Anne Schwanewilms) dans son costume d'homme est parfaitement crédible : elle bouge comme un homme et possède une gravité anxieuse qui transparaît jusque dans sa voix.

    Le deuxième acte se passe dans le noir des cachots. Seule la lumière du finale illuminera ce décor sinistre pour une magnifique transmutation scénique où la liberté est chantée de concert par les familles des prisonniers enfin libérés de leurs chaînes et de l'arbitraire qui les a jetés au cachot.

    Les chanteurs forment des ensembles parfaits : ils ont une unité de style étonnante : dans un opéra à numéros, ils ont la grâce de ne jamais asséner le leur. Tout se fait avec naturel dans un univers où les situations les plus cruelles laissent toujours croire qu'il pourrait bien en exister aujourd'hui de plus barbares encore. La force de cette production est précisément de laisser imaginer ce qu'elle exprime sans l'asséner.

    Dans ce contexte favorable, la musique peut s'exprimer dans toute sa plénitude. L'Orchestre de l'âge des Lumières tisse des ambiances tout à tour sourdes et glorieuses. La construction musicale est rendue dans toute sa complexité avec une élégance que seule un maître beethovenien comme Sir Simon Rattle peut offrir.

    Sa soumission à la musique est totale, les moindres détails d'accompagnement des chanteurs sont assumés : aucun décalage, aucune faute de dynamique, dans une partition aussi difficile à mettre en place. Le rendu oscille entre la symphonie et la musique de chambre, on ne pouvait rêver plus haute-fidélité.


    Vérité crue

    Les années passent et le Festival de Glyndebourne reste fidèle à sa tradition d'excellence dans le domaine du travail théâtral et musical. Même si de très grands chanteurs s'y sont produits et y ont parfois fait leurs débuts, ce ne fut jamais la carte des grandes voix que l'on joua sur les terres d'Albion.

    Des voix de qualité, certes, mais pas forcément celles qu'auraient accueillies Aix, Salzbourg ou Bayreuth. Donc, inutile de s'étonner d'une distribution inégale, dominée par l'irréprochable Kim Begley en Florestan et par la très émouvante Léonore d'Anne Schwanewilms.

    Certes, on l'eut jadis plutôt distribuée dans le rôle de Marcelline, mais dans ce contexte, la sûreté de sa voix claire aux aigus rayonnants et faciles, sa parfaite musicalité et son sens du théâtre en font une héroïne touchante, intéressante, crédible à tous égards, et dont le sort n'est pas indifférent.

    Et c'est précisément là que se joue la réussite de ce spectacle. En ramenant tous ces personnages dans la vie courante, celle qui pourrait être la nôtre, grâce à un travail de détail sur les acteurs, Deborah Warner retrouve et communique la force la plus authentique de cette partition dont les quelques faiblesses si souvent soulignées disparaissent.

    Qu'il s'agisse du malentendu entre Jaquino et Marcelline, traité jusqu'à la dernière image du spectacle, du drame personnel de Léonore et de Florestan, de celui de Rocco qui, pris entre sa nature pas si mauvaise et la crainte du despote Pizarro se perd dans l'alcool, ou encore du destin individuel des prisonniers qui n'apparaissent plus ici comme un groupe mais comme une série de personnages bien différenciés, tout est traduit en termes de théâtre dramatique avec exactitude.

    Alors, même si certains détails de mise en scène ou de décor font parfois sourire, même si la direction musicale de Sir Simon Rattle manque d'élan et de générosité dans les passages les plus lyriques, on y croit comme on y a rarement cru.

    Spectacle vu le 30 janvier

    GĂ©rard Mannoni




    Lire aussi l'avis de Jacques Duffourg.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 02/02/2002
    Olivier BERNAGER

    Fidelio de Ludwig van Beethoven dans la production du Festival de Glyndebourne reprise au Théâtre du Châtelet.
    Glyndebourne Opera Festival Chorus (chef : Tecwyn Evans)
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    Direction : Sir Simon Rattle.
    Mise en scène : Deborah Warner.
    Costumes : John Bright
    DĂ©cors et Ă©clairages : Jean Kalman

    Avec Kim Begley (Florestan), Anne Schwanewilms (Léonore), Toby Spence (Jaquino), Lisa Milne (Marcelline), Reinhard Hagen (Rocco), Steven Page (Don Pizzaro), Matthias Hölle (Don Pizzaro).

     


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