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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2020

Nouvelle production d'A√Įda de Verdi au Th√©√Ętre de la Monnaie.

A√Įda au cong√©lateur
© Johan Jacobs

© Johan Jacobs

Pour le bonheur des lyricomanes, l'ann√©e Verdi n'est d√©cid√©ment pas termin√©e, en t√©moigne cette A√Įda que joue actuellement le Th√©√Ętre de la Monnaie de Bruxelles avec Antonio Pappano √† la baguette et Bob Wilson aux manettes. √Ä l'oppos√© des p√©plums verdiens, l'am√©ricain a une fois de plus mis√© sur l'√©pure.
 

Th√©√Ętre royal de la Monnaie, Bruxelles
Le 30/01/2002
Camille de RIJCK
 



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  • Une mise en sc√®ne de Bob Wilson est un peu au th√©√Ętre ce que le Club M√©diterran√©e est au voyage¬†: que l'on choisisse la destination la plus exotique (Bora-Bora, les Fidjis, la Nouvelle-Cal√©donie) ou une vill√©giature sur une inusable ile grecque, l'absence de d√©paysement est garantie. D'ailleurs le paysage est toujours le m√™me¬†: soleil et ciel azur qui √©pouse les flots turquoise d'un m√™me d√©grad√©.

    Justement, les horizons dégradés sont la marotte de Wilson. Tous ses spectacles se déroulent sur des fonds de cette sorte, dans un décor épuré à l'extrême. Les personnages ont des mouvements très hiératiques, apparaissent fréquemment en ombres chinoises, et sont vêtus de costumes monochromes pour les hommes et de longues toilettes drapées pour les femmes.

    C'est peu dire que les spectacles du metteur en sc√®ne am√©ricain fonctionnent sur des codes et un rituel fig√© presque indiff√©rent au sujet. Il y a trente ans, cette stylisation quasi zen faisait sensation, et encore aujourd'hui, la moulinette Wilson peut faire illusion (par exemple pour le Voyage d'Hiver du Ch√Ętelet), mais pour combien de Pell√©as, d'Alceste ou de Walkyrie qui ne supportent pas le cong√©lateur¬†?

    Pour Bruxelles, Bob Wilson a semble-t-il voulu prouver qu'A√Įda n'est pas un op√©ra pharaonique, mais un drame tout ce qu'il y a de plus humain. Pourquoi pas¬†? Pourtant s'il y a une qualit√© que son dispositif sc√©nique volontairement abstrait interdit, c'est l'humanit√©. Au d√©tour d'une toilette d'une puret√© de ligne totalement √©blouissante, elle ne transpire que par les formes trop rondes d'une Amneris ou d'un Radam√®s.

    Une A√Įda int√©rioris√©e¬†?

    Le projet d'une A√Įda int√©rioris√©e trouve aussi ses limites avec une sc√®ne du triomphe que ne d√©savoueraient pas les chevaliers de la Table Ronde. Quant aux bouleversants monologues d'A√Įda, une gestique vaguement inspir√©e de l'imagerie √©gyptienne emp√™che l'h√©ro√Įne de para√ģtre autrement que p√©trifi√©e.

    Et pourtant, comment ne pas souligner le professionnalisme d'un homme qui, s'il n'a pas su de se renouveler, jongle en ma√ģtre avec les plans, les lumi√®res et les couleurs¬†? Reste qu'on s'endormirait volontiers sur l'√©paule de son voisin, s'il n'y avait un plateau vocal qui est loin de d√©m√©riter.

    Johan Botha est un Radames ob√®se comme rarement des planches de th√©√Ętre en ont eu le loisir d'en porter. Fossilis√© dans cette mise en sc√®ne, le g√©n√©ral √©gyptien a d√©j√† ses galons de monument, ce n'est pas un jeune homme amoureux qui s'√©lance vers A√Įda, c'est une des quatre statues d'Abu-Simbel qui s'√©branle. On n'en appr√©cie pas moins le phras√© impeccable du t√©nor sud-africain, tout juste regrettera-t-on des aigus un peu droits.

    Rempla√ßant Elena Zaremba presque au pied lev√©, la mezzo Ildiko Komlosi a fait peur en d√©but de soir√©e, ses premi√®res interventions √©tant √† peine audibles. Elle fut pourtant l'une des seules √† rendre son jeu sc√©nique quasiment supportable (compliment superlatif dans le contexte), et remporta un v√©ritable triomphe au rideau gr√Ęce √† son intervention finale.

    Mark Doss fut un Amonasro √† la technique de chant tr√®s incertaine mais √† la pr√©sence sc√©nique et au volume vocal √©galement effrayants. Le roi de Maxim Mikha√Įlov s√©duit par un phras√© impeccable et le Ramfis de Phillip Ens par un bel investissement vocal.

    Sans doute d√©vor√©e de trac ou trop √† l'√©troit dans sa robe, l'A√Įda de Norma Fantini g√Ęcha ses belles attaques d'aigus fil√©s par quelques approximations. Pour atteindre la stature d'A√Įda, il lui manqua une sacr√©e dose d'engagement dramatique, mais on imagine sa peine en gesticulant de la sorte.

    √Ä c√īt√© d'une chor√©graphie aussi sautillante que hors-sujet sign√©e Makram Hamdam, on retiendra surtout la direction d'Antonio Pappano, lequel soutira √† son orchestre des pyramides de nuances et de couleurs. Une vie √† l'oppos√© de cette A√Įda basse temp√©rature selon Wilson, √† laquelle il ne manquait que le sarcophage et les bandelettes.




    Th√©√Ętre royal de la Monnaie, Bruxelles
    Le 30/01/2002
    Camille de RIJCK

    Nouvelle production d'A√Įda de Verdi au Th√©√Ętre de la Monnaie.
    Orchestre Symphonique et Choeurs de la Monnaie
    Direction musicale : Antonio Pappano
    Mise en scène, décors et éclairages Robert Wilson
    chef des choeurs Renato Balsadonna
    Aida : Norma Fantini
    Radamès : John Botha
    Amneris : Ildiko Komlosi
    Amonasro : Mark Doss
    Ramfis : Phillip Ens
    Il Re : Maxim Mikhailov
    Sacerdotessa : Michaela Remor
    Un Messagiero : Giovanni Iovino

     


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