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CRITIQUES DE CONCERTS 29 septembre 2020

Cycle Quatuors de Jeanine Roze au Théâtre des Champs-Elysées.

Mozart leur pardonnera bien...
© Emi Classics

Pour leur passage annuel et toujours très attendu au Théâtre des Champs-Elysées, les Alban Berg ont à nouveau atteint le haut de l'échelle. Mais cette fois, la bande des quatre a trébuché en beauté sur le premier barreau. Avant de reprendre ensuite une ascension vers des hauteurs angéliques.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 01/02/2002
Jacques Duffourg
 



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  • Instrumentalement parlant, les Berg ont illustré à merveille la délicieuse pirouette d'une grande cantatrice ; lors de son jubilé, Renata Tebaldi répondit à un journaliste : " pourquoi je n'ai jamais abordé de Mozart ? mais parce que c'est beaucoup trop difficile ! ". Partis au disque par deux fois à l'assaut du Salzbourgeois (Teldec et EMI), ils l'ont à vrai dire plus illustré qu'interprété – surtout dans l'intégrale la plus récente –, sans jamais totalement séduire, se cantonnant dans un effleurement certes raffiné et élégant.
    Qu'ils sont retors, ces chefs d'oeuvre ! En public, ce 1er Février, le KV 575 en ré, premier dédié au Roi de Prusse, a fait une victime (consentante) supplémentaire. Non que Valentin Erben – le roi étant violoncelliste, cet instrument est prééminent dans la série –, ait démérité, bien au contraire. Il est même le seul à avoir fait surgir des senteurs d'humus et de bois mort de l'automnale partition, en particulier au cours du Trio du Menuetto. L'esprit avant la riche mais translucide matière, en quelque sorte. Ses trois acolytes, fascinés par celle-ci sans doute - comme on les comprend - ont livré une lecture parfaite, apollinienne et diaphane de bout en bout. Aussi belle et froide que du marbre. Déjà vieillie en vérité, superficielle en des temps où des générations nouvelles (pour preuve, la dernière édition du Concours de Bordeaux.) fouettent volontiers un Mozart à la fois plus solaire et plus sanguin.
    Après Mozart, les Berg ont placé une perle rare - petite par sa durée, immense par son langage. Le VII° Quatuor de Chostakovitch, dédié à sa défunte première femme Nina : courte partition donc, de trois sections soudées, et profondément originale. Tant par des pizzicati faussement rassérénants, que par un Lento, macabre à la Moussorgsky et ironique à la Mahler. Sans parler d'un bref Finale poignant, au cours duquel le maître russe recourt à un début de fugue – dans la plus pure tradition classique. Mais c'est une impasse grimaçante : le couvercle du ciel bas et lourd se referme brutalement sur toute issue. Chostakovitch revisité par le Quatuor Alban Berg aura, lui aussi, son lamento à la mémoire d'un ange.


    Quid de Beethoven, alors ? Le caractère anticipatif de ce long corpus convient beaucoup mieux aux Autrichiens : on l'a déjà vérifié au concert comme au disque. L'affaire est d'autant plus juteuse ce soir, que si l'opus 18 (les six premiers) retrouve aujourd'hui les faveurs des programmes aux côtés des six ultimes, les quatuors médians restent rares. En particulier, les trois dédiés au prince Rasoumovsky, dont le dernier ici donné, comme les Dissonances de Mozart, dissimule un jeu harmonique des plus complexes derrière la clarté de son ut majeur.
    Les Berg sont ici dans leur jardin, et dès l'introduction con moto de l'Allegro vivace tombent en oraison, kidnappant l'auditoire sans tourner autour du pot. La raucité de ce discours, tout neuf pour son époque, est magistralement restituée, sans l'once d'un effort visible. Débouché logique sur l'Andante, encore une fois con moto, pendant lequel les acolytes, avec une prenante tendresse inquiète, parviennent à ralentir le tic-tac des montres. Après un Menuetto dont le grazioso, on s'en doute, est un faux-semblant beethovenien, les quartettistes se livrent à une nouvelle démonstration dans un Finale à la cisaille qui ne ménage ni transpiration ni instruments. Et dont le faux mouvement perpétuel, par son halètement violent, nous transporte tout droit, déjà, vers celui du Quatorzième Quatuor en ut dièse mineur.
    " Que peut-on bisser après cela ? ", demande Günter Pichler. A Paris, l'Andantino doucement expressif du Quatuor de Debussy bien sûr ! Assistance coite, cette fois-ci, face à l'exploit consistant, effectivement, à accoler un épilogue à Beethoven
    Une intensité dolente, recueillie puis apaisée qui force l'admiration. A l'écoute d'une telle démonstration, Mozart se serait sans doute montré fort indulgent.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 01/02/2002
    Jacques Duffourg

    Cycle Quatuors de Jeanine Roze au Théâtre des Champs-Elysées.
    Quatuor Alban Berg
    Günter Pichler – Gerhard Schulz – Thomas Kakuska – Valentin Erben.

    Mozart : Quatuor à cordes n° 21 en ré majeur KV 575.
    Chostakovitch : Quatuor à cordes n° 7 en fa dièse mineur opus 108
    " à la mémoire de Nina Chostakovtich ".
    Beethoven : Quatuor à cordes n° 9 en ut majeur opus 59 n° 3.

     


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