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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2019

Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Heinz Holliger.

Heinz Holliger, le classicisme contemporain
© ECM

Chaque année, l'Orchestre national de Lyon convoque au pupitre des fortes personnalités du monde musical. Retour très attendu du hautboïste-compositeur-chef (ouf!) Heinz Holliger, après sa prestation très remarquée l'an passé.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 07/02/2002
Yannick MILLON
 



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  • Heinz Holliger est sans conteste un personnage fort enthousiaste et des plus sympathiques. DĂ©marche dĂ©contractĂ©e, coupe de cheveux curieuse et gestique artisanale prĂŞteraient mĂŞme Ă  sourire s'il n'y avait l' ampleur de sa rĂ©flexion stylistique, digne des grands chefs.

    Son travail fait souvent penser à celui qu'avait réalisé Sandor Vegh avec la Camerata Academica de Salzbourg, certes avec un son d'orchestre plus neutre, moins défini. Force est de constater cependant que l'ONL a rarement si bien sonné, attentif à la moindre inflexion qui lui est demandée. Les cordes en particulier, si souvent le tendon d'Achille des orchestres français, se montrent ici d'une belle transparence, les musiciens lyonnais semblant soigner comme jamais leurs attaques, leur justesse, parvenant de ce fait à une palette de nuances très large.

    A ce titre, on ne s'étonnera pas que les pianissimi des cordes dans la Symphonie " Funèbre " de Haydn traduisent idéalement le vague à l'âme et les inquiétudes du Sturm und Drang, le chef suisse obtenant également d'elles une absence de vibrato très bienvenue dans les passages clés du déroulement musical. Confirmation de ses affinités avec un compositeur dont il avait brillamment défendu le rare opéra L'Isola disabitata en avril 2000.

    Après cette démonstration de style, Holliger le chef donnait en partie la parole à Holliger le compositeur et interprète de musique contemporaine, choisissant d'aborder le Double Concerto pour hautbois et harpe de Lutoslawski, composé à son intention et à celle de sa femme Ursula. Holliger le hautboïste se trouvait du coup lui aussi sollicité.

    Concertino vs Ripieno

    Sur la scène, il ne reste plus qu'un rang de cordes en demi-cercle et deux percussionnistes pour cette oeuvre exigeant un ensemble très réduit. Lutoslawski réaffirme ici l'antagonisme de deux blocs qui ne jouent pratiquement jamais ensemble. D'un côté, le hautbois, exploité au maximum de ses capacités techniques – fréquents suraigus, multiphoniques, virtuosité digitale, très longues tenues sur le souffle – est accompagné discrètement par des motifs tournoyants de harpe. De l'autre, l'ensemble de cordes est agrémenté de quelques touches de percussion, toujours ponctuelles.

    Si les interventions du " ripieno " s'avèrent plutôt creuses, celles des deux solistes sont toujours captivantes de poésie, d'expression, notamment quand le vibraphone leur prête temporairement ses sonorités célestes. Chez le maître suisse, l'absolue maîtrise de l'instrument, l'incroyable qualité sonore – un son de hautbois qui remplit un auditorium avec une telle aisance est une rareté de nos jours – fruit d'une technique d'une autre époque, déclenchent l'enthousiasme de la salle.

    Quelques réfractaires ont toutefois bruyamment manifesté leur mécontentement depuis le balcon. Holliger, en rien déstabilisé par ces mauvais coucheurs invétérés, qui auraient probablement sifflé du Schönberg de la même manière, leur a cloué le bec en annonçant : " En bis, pour prouver aux " boueurs " que Lutoslawski a écrit de très belles mélodies, voici Maria pour hautbois et harpe. " Assurance tranquille et impérieuse qui eut pour effet de mettre un terme définitif à cet épisode malheureux.

    Mozart privé de timbales

    Après l'entracte, retour au XVIIIe siècle, avec un chef d'oeuvre du Mozart de la maturité, la Symphonie " Prague ". Holliger, un peu moins inspiré qu'en première partie, offrira tout de même une lecture intelligente, fine et d'une grande acuité d'analyse de l'opus mozartien. Il sera parfois desservi par un ONL moins nettement défini qu'en première partie, faisant entendre ça et là quelques attaques disgrâcieuses – les cors –, des solos corrects mais quelconques – les bois – et surtout un timbalier d'une placidité que ne parviendront pas à surmonter les multiples gestes de demande de volume du chef.

    Dans ces conditions, faire toutes les reprises n'était peut-être pas non plus le meilleur choix à observer quant à la concentration moyenne des musiciens. Malgré ces carences, et de par la vision évidente qui habite une telle lecture, ce Mozart-là paraît plus " authentique " que celui de bien des spécialistes de musique ancienne, car nettement plus équilibré.

    Sans manquer de théâtralité, il sait en éviter habilement les excès. Holliger, à l'instar de Vegh, a selon toute apparence trouvé la solution : un Mozart ni romantique, ni baroque, mais tout simplement classique.




    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 07/02/2002
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Heinz Holliger.
    Joseph Haydn (1732-1809)
    Symphonie n°44 en mi mineur " Funèbre "

    Witold Lutoslawski (1913-1994)
    Double Concerto pour hautbois & harpe

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Symphonie n°38 en ré majeur K.504 " Prague "

    Ursula Holliger, harpe
    Orchestre national de Lyon
    hautbois & direction : Heinz Holliger

     


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