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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2019

Nouvelle production d'Ariane à Naxos de Richard Strauss mise en scène par Günter Krämer et sous la direction d'Ivan Fischer à l'Opéra de Lyon.

Ariane pour une île déserte
© Orchestre du Festival de Budapest

Après avoir entamé sa fonction de directeur musical de l'Opéra de Lyon en novembre dernier avec Rusalka de Dvorak et avant de s'attaquer à une saison 2002-2003 faite de piliers du grand répertoire, Ivan Fischer a réservé une belle surprise aux Lyonnais, une Ariane à Naxos trépidante, avec le concours du metteur en scène Günter Krämer.
 

Opéra national, Lyon
Le 02/03/2002
Yannick MILLON
 



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  • La mise en scène d'Ariane confiĂ©e Ă  GĂĽnter Krämer possède un vĂ©ritable sens du rythme et s'avère souvent grisante. Certes, certaines idĂ©es rappellent la production salzbourgeoise de l'Ă©tĂ© passĂ©, entre autres le fait de reprĂ©senter par les dĂ©cors la salle mĂŞme, l'OpĂ©ra de Lyon, dans laquelle l'oeuvre est jouĂ©e. Le prologue nous plonge donc au coeur de l'OpĂ©ra Nouvel, avec ses murs noirs, ses sas rouges, et son laquais habillĂ© comme les agents d'accueil de la maison. Mais passĂ© ce dĂ©tail dĂ©jĂ  exploitĂ©, le reste de la mise en scène offre un regard neuf et jamais on a tant eu l'impression de voir le théâtre dans le théâtre selon l'idĂ©e d'Hofmannsthal.

    L'orchestre, en civil, est sur la scène durant le prologue et l'on sent bien la désorganisation, la panique des derniers instants de répétition précédant un spectacle. Les chanteurs évoluent pour leur part au milieu d'un espace scénique restreint et encombré de musiciens, des techniciens sur des escabeaux vissent les dernières ampoules pour la représentation de l'opéra et le maître de musique fait participer le chef d'orchestre.

    L'opéra, lui, est une grande réussite. Hormis une utilisation curieuse de la vidéo – images de banlieues, gros plan sur Thésée endormi, planète terre vue de l'espace à la façon hollywoodienne –, les idées de Krämer sont captivantes.

    Là où la mise en scène de Salzbourg péchait par trop de sordide, celle de Krämer se révèle d'une grande poésie, rendant idéalement la désolation d'Ariane comme la métamorphose finale. De même, dans les passages légers, cette lecture est littéralement grisante de rythme – les Italiens en costumes de Drag Queen – et de drôlerie – les marins en ombres chinoises dont Zerbinette pelote les mollets.


    Côté musique, même succès. L'orchestre de l'Opéra a certes encore du chemin à parcourir pour atteindre un véritable niveau international, les solos sont parfois incertains, surtout dans la nuance piano et le son d'ensemble n'est pas idéal, mais force est de constater que la formation progresse, et Fischer, d'une grande précision, a réalisé un travail remarquable, fournissant l'énergie nécessaire et un brin de folie bienvenu dans les passages clés – la bacchanale, la scène finale – galvanisant un orchestre qu'on a alors peine à reconnaître – belles couleurs de cuivres et de percussions, cordes chauffées à blanc dans les fortissimi.

    La lecture du chef hongrois, fine, vive, énergique, manque toutefois souvent de lyrisme et bride par trop les chanteurs dans les grandes phrases straussiennes (Katharine Goeldner par exemple dans son Hymne à la musique), Fischer étant sans doute trop préoccupé par la précision qu'il demande sans cesse à l'orchestre. Mais le résultat est plus qu'honorable.

    Quant au plateau, que dire sinon qu'il est quasiment idéal ? Le Compositeur de Katharine Goeldner emporte l'adhésion par la jeunesse du timbre et la facilité d'émission. De même, Robert Bork est l'un des meilleurs Maîtres de musique qu'on puisse imaginer, avec une projection d'un métal luxueux. Le Maître à danser de Michaël Howard est un modèle de diction et de timbre bouffe, un timbre à la Mime, mais sans vociférations inutiles.

    L'opéra continue sur la lancée du prologue. On ne pouvait rêver meilleure Ariane que Christine Brewer, à la fois comédienne inoubliable – avec son manteau de fourrure et ses lunettes noires – et immense voix, confondante d'intelligence et de musicalité, distillant à loisir des pianissimi d'une grande richesse comme des forte de tragédienne, le tout dans une remarquable homogénéité. La gradation dramatique qu'elle imprime au monologue Es gibt ein Reich est en tout point un modèle.

    Quel dommage qu'elle n'ait pas eu son pendant vocal en face d'elle car Howard Haskin, à la présence scénique indéniable, donne à entendre un chant souvent peu châtié. Les aigus, en force, partent en arrière une fois sur deux, le plus souvent sur les voyelles claires. Dans une partie sollicitant autant le haut de la tessiture, on ne pourra qu'avoir l'impression d'un chant braillard. Précisons toutefois que Haskin remplaçait Jon Villars qui s'était désisté peu de temps avant les répétitions.

    Il manque peu de choses à la soprano Laura Aikin, Zerbinette pétillante et alerte qui chante son air en se démaquillant, pour rivaliser avec les plus grandes dans ce rôle. Les suraigus – à partir du si – manquent cependant de rondeur et vrillent les tympans, mais le reste de la tessiture est admirable et ne donne jamais l'impression d'un petit rossignol décérébré comme c'est souvent le cas dans ce rôle ambigu.

    Enfin, une mention toute particulière pour les ensembles : les Italiens impeccables de Stéphane Degout, Michaël Howard, François Piolino et Nicolas Courjal, menant leurs interventions avec humour, panache et classe – et quelle synchronisation avec l'orchestre ! –, ainsi que les nymphes – légèrement dépareillées par la naïade d'Anne Sophie Duprels, aux aigus acides – avec une excellente Virginie Pochon en Echo. Leur berceuse, dans un pianissimo planant à souhait, a conquis l'auditoire.

    Au final, on sort de la salle heureux et emballé par un spectacle scéniquement des plus intéressants et musicalement très au point, deux éléments trop rarement réunis aujourd'hui pour ne pas le signaler haut et fort.




    Opéra national, Lyon
    Le 02/03/2002
    Yannick MILLON

    Nouvelle production d'Ariane à Naxos de Richard Strauss mise en scène par Günter Krämer et sous la direction d'Ivan Fischer à l'Opéra de Lyon.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Ariane à Naxos, opéra en un acte précédé d'un prologue
    Livret de Hugo von Hofmannsthal
    Version complète de 1916

    Orchestre de l'Opéra de Lyon
    direction : Ivan Fischer
    mise en scène : Günter Krämer
    décors : Jürgen Bäckmann
    costumes : Falk Bauer
    Ă©clairages : Christophe Forey
    vidéo : Wohnung84, Maxibaade

    Avec :

    Prologue :
    Martin Reinke (le Majordome), Robert Bork (le Maître de musique), Katharine Goeldner (le Compositeur), Howard Haskin (le Ténor), Christine Brewer (Prima Donna), Laura Aikin (Zerbinette), Michaël Howard (le Maître à danser), Marcin Habela (un perruquier), Paul Gay (un laquais), Gérard Bourgoin (un officier).

    Opéra :
    Christine Brewer (Ariane), Howard Haskin (Bacchus), Anne-Sophie Duprels (Naïade), Daniela Denschlag (Dryade), Virginie Pochon (Echo), Laura Aikin (Zerbinette), Stéphane Degout (Harlekin), Michaël Howard (Brighella), François Piolino (Scaramuccio), Nicolas Courjal (Truffaldin).

     



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