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CRITIQUES DE CONCERTS 25 août 2019

Récital du pianiste russe Evgeni Kissin.

Kissin allume son piano
© Bette Marshall

© Bette Marshall

Peu avant son concert parisien du 22 mars dernier, l'éternel prodige du piano qu'est toujours Evgeni Kissin donnait le même récital à Dijon, avec pour plat de résistance les Tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgsky dont il vient juste de publier un enregistrement chez BMG.
 

Auditorium, Dijon
Le 15/03/2002
Yannick MILLON
 



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  • Quand Evgueni Kissin entre en scène, l'air juvénile, avec ses allures d'adolescent maladif au visage glabre et sa tignasse au vent, on se demande bien quels sons il va réussir à extirper du gros instrument qui lui fait face. Le jeune homme a maintenant trente ans passés et essaie de faire oublier l'enfant prodige qu'il est encore aux yeux du public. En témoigne son jeu qui s'est considérablement assoupli dans les nuances piano, dans les passages méditatifs, qui bénéficient désormais d'un vrai travail sur le son, d'une vraie sensibilité loin des simples démonstrations de virtuosité. Le programme 100% russe de son récital dijonnais fait alterner idéalement les moments de grâce sonore et de folie digitale.

    Les Préludes op.15 de Scriabine qui ouvrent la soirée ravissent par leur sens du phrasé et de la respiration, leur finesse du toucher, rendus magistralement par l'acoustique généreuse de la salle. Kissin exalte la diversité de ces chefs d'oeuvre miniatures avec un grand sens de la rupture de ton. La sonate qui suit confirme ce que les Préludes avaient annoncé et commence à aligner de grandes difficultés techniques.

    Pour continuer à faire rêver la salle, Kissin donne un Deuxième Nocturne de Balakirev tout de finesse, de dentelle, avec un toucher aérien et presque immatériel dans les arabesques qui ornent la trame mélodique au milieu de la pièce. Pour terminer la première partie, le jeune Russe, conscient de l'éblouissement qu'il va produire sur un public qui ne demande que cela, attaque Islamey du même Balakirev, pièce considérée comme une des plus injouables de tout le répertoire pianistique. Ce tour de force s'avère à la fois grisant et épuisant pour l'auditeur. Et Kissin, que la virtuosité semble transcender, passe toutes les embûches techniques avec une aisance déconcertante, déclenchant l'ovation d'un public subjugué.

    Le plat de résistance du concert, les Tableaux de Moussorgsky, reste à venir en deuxième partie. Sitôt assis, sans même attendre le silence dans la salle, Kissin se jette sur le clavier. Il aborde la première Promenade dans un tempo très allant, évacuant la pompe et la solennité que tant de pianistes ont données à cette page. Il en fera de même pour toutes les Promenades, rendues à de simples pages purement transitoires entre les tableaux.

    Dans les pièces assez lentes, la lecture de Kissin fait des merveilles. Ainsi, le Vieux Château, hypnotique à souhait, Samuel Goldenberg et Schmuÿle, autoritaire et ironique, ainsi que les Catacombes, en acier trempé, sont admirables. Seulement, dans les pièces rapides ou techniquement délicates à réaliser, le jeu du pianiste, trop préoccupé par une virtuosité qu'il veut échevelée, manque de clarté dans l'énonciation des motifs et les traits.

    Ainsi, Gnomus, manquant de cruauté, voit sa « fusée » conclusive escamotée car trop rapide et noyée de pédale. De même, le Ballet des Poussins, pris dans un tempo ridiculement rapide, n'est plus seulement vivo ou leggiero, mais frôle l'hystérie à force de pépiements agressifs. Même Baba-Yaga manque parfois de clarté, de netteté dans les attaques. La Grande Porte de Kiev, débarrassée comme les Promenades de toute pompe que le pianiste semble fuir comme la peste, restera un grand moment malgré quelques réserves dues une fois encore à une utilisation abusive de la pédale dans les traits.

    Reste que Kissin est un des rares pianistes pyromanes qui sache le plus souvent maîtriser les incendies qu'il déclenche, notamment dans les quatre bis qu'il a offerts au public dijonnais, parmi lesquels d'incroyables Vol du Bourdon de Rimski-Korsakov et Prélude en ré# mineur de Scriabine, oeuvre qu'affectionnait particulièrement un autre « allumé du piano », son aîné Vladimir Horowitz.




    Auditorium, Dijon
    Le 15/03/2002
    Yannick MILLON

    Récital du pianiste russe Evgeni Kissin.
    Alexandre Scriabine (1872-1915)
    Cinq Préludes op.15
    Sonate n°3 en fa# mineur op.23

    Mily Balakirev (1837-1910)
    Nocturne n°2 en si mineur (d'après l'Alouette de Glinka)
    Islamey, fantaisie orientale

    Modest Moussorgsky (1839-1881)
    Tableaux d'une exposition

     


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