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CRITIQUES DE CONCERTS |
22 mars 2025 |
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Nouvelle production du Barbier de Séville de Rossini à l'Opéra de Paris.
La barbe à l'eau de rose
© Eric Mahoudeau
Encore auréolée du succès de son dernier film, Chaos, Coline Serreau affronte pour la deuxième fois la mise en scène lyrique à l'Opéra Bastille. Sa Chauve-souris straussienne n'avait pas vraiment convaincu ; moins prétentieusement raté, son Barbier rossinien n'en est pas convaincant pour autant.
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Ce qui se veut une chronique de la condition féminine dans une Espagne encore sous le coup de la domination musulmane, ouvrant ainsi des perspectives inattendues dans ce que d'aucuns ne considèrent que comme un simple opéra bouffe, en reste au stade des vœux pieux et des intentions.
Le plus délicat était de caractériser chaque personnage, d'en faire autre chose que de simples marionnettes victimes de cette « folie organisée » soulignée par Stendhal et propre à Rossini. Mais comment y parvenir lorsque la direction d'acteurs se limite à quelques grimaces, à de rares postures grotesques ? On était en droit de s'attendre à des portraits au vitriol ; il faut se contenter d'esquisses à l'eau de rose.
Au moins n'est-on pas déçu par une distribution solide, guidée par un chef qui fait trop confiance à sa réputation de spécialiste de Rossini ; Bruno Campanella manque parfois de rigueur, mais son orchestre joint heureusement la vitalité à la légèreté.
On sait gré à Kristinn Sigmundsson (Basilio) et à Carlos Chausson (Bartolo) d'être drôles sans forcer le trait, et de savoir assouplir leur voix large et percutante. Dalibor Jenis (Figaro) est plus stylé, mais moins présent. Roberto Sacca campe un Almaviva sans grand relief, dont Joyce DiDonato ne fait qu'une bouchée. Mais au moins tous font des efforts pour prouver qu'aujourd'hui, on sait comment chanter Rossini.
Reste le décor, confié au duo Jean-Marc Stehlé/Antoine Fontaine, le vrai bonheur de la soirée. Que ce soit la forteresse du début, avec ses murs ocres et la dentelle de ses moucharabieh, le patio bleu et blanc de Rosina, havre de fraîcheur, le cabinet de Bartolo, tendu de tapis d'un rouge profond, tout, ici, n'est qu'invitation au rêve.
Au tomber du rideau, le désert aride dans lequel s'éloignent Rosina et Almaviva enfin unis se transforme soudain en oasis. L'idée est charmante, superbement réalisée. Le public adore, et il a raison. Mais pourquoi Stehlé n'est-il pas venu saluer et recevoir les applaudissements qu'il méritait ?
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Opéra Bastille, Paris Le 02/04/2002 Michel PAROUTY |
 | Nouvelle production du Barbier de Séville de Rossini à l'Opéra de Paris. | Orchestre de L'Opéra de Paris
Direction musicale : Bruno Campanella
Mise en scène : Coline Serreau
Avec Joyce DiDonato (Rosina), Roberto Sacca (Almaviva), Dalibor Jenis (Figaro), Kristinn Sigmundsson (Basilio), Carlos Chausson (Bartolo). |  |
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