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CRITIQUES DE CONCERTS 22 juillet 2019

Jean-Christophe Spinosi et l'ensemble Matheus dans La VeritĂ  in Cimento de Vivaldi, Salle Gaveau, Paris.

L'épreuve de Vérité

Déferlement de couleurs sous les stucs immaculés de la salle Gaveau pour la seule et dûment attendue représentation à Paris de La verità in cimento, conduite par Jean-Christophe Spinosi à la tête de son ensemble Matheus. Avec une distribution solide emmenée par le jeune contre-ténor Philippe Jaroussky.
 

Salle Gaveau, Paris
Le 18/03/2002
Hermine VIDEAU
 



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  • C'est incontestablement une très bonne surprise que celle rĂ©servĂ©e par Jean-Christophe Spinosi et son ensemble Matheus aux spectateurs de la salle Gaveau rĂ©unis le 18 mars dernier Ă  l'occasion de l'unique reprĂ©sentation parisienne de La veritĂ  in cimento, – La vĂ©ritĂ© Ă  l'Ă©preuve – opĂ©ra composĂ© par Antonio Vivaldi en 1720 et jamais reprĂ©sentĂ© depuis.
    Si, de prime abord, l'on ne peut s'empêcher de se sentir frustré de découvrir cet opéra inédit dans le cadre artificiel de la version de concert, la vitalité des premiers accords ont tôt fait de gagner le spectateur à la cause de cette vérité de la jeunesse et de la spontanéité. Dès l'ouverture, c'est en effet le dynamisme qui domine, incarné à lui seul en la personne de Jean-Christophe Spinosi, dansant avec l'orchestre, engageant tout son être en une sorte de transe dionysiaque. Imité dans cette gestuelle par les contrebassistes, il donne le "la" d'une interprétation sous le signe d'un déchaînement à la jouissance communicative. Mais aussi artistiquement contrôlée : aux tempi affolés répondent des attaques d'une précision implacable, à la frénésie des coups d'archet la cohésion parfaite des ensembles. Alors pourquoi ce manque de couleur et de relief flagrants du côté du continuo, dans une orchestration qui, ayant déjà renoncé aux vents, pouvait - et devait - d'autant mieux jouer des ornements du clavecin, théorbe, et violoncelle ?
    L'intrigue de cet opera seria situé à la lisière entre genre sérieux et bouffon est proche de l'inanité totale. Affaire invraisemblable d'enfants échangés dans un Orient de pacotille, elle dissuade le spectateur muni de la meilleure volonté du monde de s'intéresser à ce qui se passe. Et ceci rend du même coup la version de concert singulièrement adaptée à l'argument, qui se révèle vite comme un pur prétexte au dessin de caractères, lui soigné par Palazzi, librettiste de La verità in cimento - et les interminables séances d'accordement moins gênantes... -
    Si l'histoire ne saurait en effet être moins réaliste, les personnages sont dotés d'une vraie caractérisation psychologique. Pour autant, cette dernière est outrée et semble relever d'une volonté de caricature que vient renforcer une écriture vocale hachée à l'extrême : à l'autoritarisme aveugle de Mamoud répond l'intelligence calculatrice des deux mères, au tempérament bilieux de Melindo l'angélisme de Selim, pour ne rien dire de Roxane, incarnation d'un certain "éternel féminin" volage et égoïste... Ce découpage en types plus qu'en personnages réels semble avoir été bien étudié par l'ensemble de la distribution, très engagée scéniquement et cherchant à se rapprocher d'une esthétique de l'outrance. La meilleure en cela est de loin la mezzo-soprano Sylvia Marini, jouant de manière décalée et ostentatoire, - superbe aria Lagrimette alle pupille, où elle nous offre la quintessence du jeu baroque - alors que la jeune soprano Noriko Urata paraît plus en retrait par rapport à l'ensemble de la distribution mais charme néanmoins par sa grâce timide.
    Côté voix, c'est incontestablement le sopraniste Philippe Jaroussky qui domine, par la pureté et beauté de son timbre - la voix n'est pas encore très puissante, mais a nettement gagné en projection depuis l'année dernière - son sens de la ligne et son intelligence du chant. Sa technique est sans faille, sa vocalisation très en place, ses aigus lumineux. Comme suspendu dans l'air, admirablement phrasé, son premier air, Tu m'offendi fut étonnant d'émotion, et parvint d'emblée à colorer son personnage, affublé par le librettiste d'une bonté quelque peu insipide !
    La distribution ne révèle pas d'autre surprise, même si chaque chanteur possède des richesses qui ne semblent encore parfois qu'au stade de la promesse, comme dans le cas de Noriko Urata, dont la voix témoigne d'une réelle capacité de projection et de ravissants – quoique parfois bien fragiles – aigus, mais qui ne finit pas ses phrases. La nature particulièrement saccadée des airs n'est d'ailleurs pas toujours le meilleur moyen de juger de toutes les possibilités des voix. Cet aspect haletant a été pourtant privilégié par la direction de Jean-Christophe Spinosi qui fait la part belle aux entrées vrombissantes et aux coups d'archet genre "boulet de canon", quitte à assommer un peu l'auditeur dans la deuxième partie. Mais nul doute que la vie y gagne, comme l'a bien compris le public enthousiaste de la salle Gaveau... et le label Naïve, parrain de l'enregistrement attendu cet été. Cette Vérité passera-t-elle aussi bien l'épreuve du disque ? Réponse très bientôt.




    Salle Gaveau, Paris
    Le 18/03/2002
    Hermine VIDEAU

    Jean-Christophe Spinosi et l'ensemble Matheus dans La VeritĂ  in Cimento de Vivaldi, Salle Gaveau, Paris.
    La verità in cimento RV 739, Opéra d'Antonio Vivaldi sur un livret de Giovanni Palazzi, 1720
    Ensemble Matheus
    direction : Jean-Christophe Spinosi
    Avec Hervé Lamy (Mamoud), Maria Kobayashi (Rustena), Sylvia Marini (Damira), Noriko Urata (Roxane), Philippe Jaroussky (Selim), Robert Expert (Melindo).

     


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