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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Leçons de Ténèbres au Val-de-Grâce, Paris.

L'expérience des Ténèbres
© Philippe Matsas

Chaque année, « Le Concert Spirituel » d'Hervé Niquet et la ville de Paris restent fidèles à la tradition qui, sous Louis XIV, faisait courir le bon peuple de la ville de chapelle en église, lors de la Semaine Sainte, pour entendre Les Leçons des Ténèbres. Avec, chaque année, le même bonheur.
 

Eglise du Val-de-Grâce, Paris
Le 29/03/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Ces « Lamentations » sont attribuĂ©es dans l'Ancien Testament au prophète JĂ©rĂ©mie : mĂ©ditations sur la destruction, au sixième siècle avant J.C, du Temple de JĂ©rusalem, prĂ©sentĂ©e comme « la punition de l'orgueil d'IsraĂ«l », oĂą il est question de châtiments, de ruines et de malheurs, mais aussi d'avertissements, d'instructions et de discours propres Ă  l'Ă©dification des croyants. Si Lambert, Charpentier, Brossard, Couperin et Delalande y trouvèrent des moments d'inspiration sublimes, Jean Gilles les chargera d'une humanitĂ© dĂ©bordante d'une immense compassion qui donnera Ă  sa musique un caractère très spĂ©cifique. Ce provençal qui deviendra maĂ®tre de musique Ă  la CathĂ©drale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence, puis Ă  la CathĂ©drale Saint-Etienne de Toulouse oĂą il terminera sa courte vie, laisse une production exclusivement religieuse (2 Messes, 34 Motets) et ces Lamentations destinĂ©es aux trois jours prĂ©cĂ©dant la cĂ©lĂ©bration de Pâques, sans doute son chef d'oeuvre. Elles apparaissent comme de magnifiques poèmes en prose, oĂą les voix profèrent le texte sacrĂ© entre dĂ©ploration et imploration, soutenues par les instruments qui dĂ©crivent et commentent avec une douceur mĂ©lodique Ă©gale, toute en mĂ©lismes et en souples figures harmoniques, laissant souvent le thĂ©orbe prendre la parole pour accentuer et dramatiser l'extraordinaire rĂ©cit qui nous est une nouvelle fois donnĂ© Ă  entendre.
    Spécialiste du Grand Motet à la française, Hervé Niquet et ses musiciens ont eu l'excellente idée de satisfaire à une envie trop longtemps différée de faire alterner les Lamentations de Jean Gilles avec trois pièces commandées à trois compositeurs contemporains, Patrick Burgan, Thierry Escaich et Elias Gistelinck, en les soumettant la même thématique obligée. L'objet était de « confronter la musique baroque à la musique de notre temps, en reliant les principes de composition de deux époques à partir de critères précis : l'emploi d'un effectif de quatre solistes, cordes et continuo, correspondant à celui de l'oeuvre de Jean Gilles ». Et qui plus est, de les placer devant des contraintes techniques sensiblement similaires à celles des musiciens des XVIIIème et XVIIème : un temps réduit pour la composition, un temps réduit pour les répétitions ! Et le résultat fut surprenant.
    Dans l'église du Val-de-Grâce, conçue comme un décor de théâtre baroque, avec les impressionnants pilastres du choeur , le baldaquin de Mansard inspiré de celui du Berlin de Saint-Pierre-de-Rome, la coupole de Mignard et la marqueterie de marbre du pavement, il y avait une atmosphère de totale intemporalité. La rencontre fusionnelle semblait s'établir tout naturellement entre la vocalité tendue de Tristis de Patrick Burgan, la montée en puissance mais en énergie contrôlée de Terra dolorosa de Thierry Escaich, avec ses sonorités presque archaïques, ou la Méditation sur le Carême d'Elias Gistelinck, annoncée par un choral sur une ancienne complainte orientale, et variée dans l'antienne sur le cantique d'Ezechias, seul lueur d'espérance malgré la supplique du prophète : « Mes yeux faiblissent à force de regarder le ciel
    ». La réussite de « l'expérience » devait beaucoup à la qualité des interprètes, de tous les interprètes, tous rompus à l'exercice baroque, et pour certains d'entre eux à celui de l'écriture contemporaine. Lorsque la musique (sacrée ou profane) génère une euphorie aussi palpable dans le public, au soir d'un grand départ de week-end prolongé, on peut légitimement s'interroger
    mais après avoir tout simplement céder au plaisir.




    Eglise du Val-de-Grâce, Paris
    Le 29/03/2002
    Françoise MALETTRA

    Leçons de Ténèbres au Val-de-Grâce, Paris.
    Le Concert Spirituel
    Direction : Hervé Niquet


    Marie-Louise Duthoit (soprano), François-Nicolas Geslot (haute-contre), Cyril Auvity(ténor), Renaud Delaigue (basse).
    Hélène Houzel & Olivier Briand(violons), Judith Depoutot (alto), Tormod Dalen (violoncelle), Massimo Moscardo (théorbe), Hervé Niquet(orgue).

    JEAN GILLES( l668-l705) : Velum Templi scissum est – Lamentations du Mercredi Soir
    PATRICK BURGAN (l96O) : Tristis
    JEAN GILLES : Lamentations du Jeudi Soir
    THIERRY ESCAICH (l965) : Terra dolorosa
    JEAN GILLES : Lamentations du Vendredi Soir
    ELIAS GISTELINCK (l935) : Méditation sur le Carême (choral – Antienne)

     


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