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CRITIQUES DE CONCERTS 18 avril 2019

Jacques Mercier dirige l'Orchestre de Paris dans Berlioz et Mendelssohn, Salle Pleyel, Paris.

Shakespeare sans voix

L'Orchestre de Paris nous a offert une soirée entièrement placée sous l'étoile de William Shakespeare, pour, paradoxalement, un concert sans aucune parole. Mais certes pas sans éloquence, grâce entre autres à la direction de Jacques Mercier.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 14/03/2002
Juliette BUCH
 



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  • Lors d'une excursion dans la campagne romaine que Mendelssohn et Berlioz firent ensemble, ce dernier avait évoqué Roméo et Juliette, et sa surprise de voir que personne n'ait jamais écrit de scherzo pour la Reine Mab. Pendant des années, il craignit d'ailleurs que Mendelssohn ne le fasse à sa place...
    Il n'est donc pas surprenant de retrouver réunis ces deux compositeurs lors du beau concert qui eut lieu à Pleyel le 14 mars dernier, avec l'Orchestre de Paris, sous la direction de Jacques Mercier (c'est Armin Jordan qui était prévu au départ) et le violoniste Roland Daugareil.
    C'était aussi l'occasion de fêter ? déja ? Berlioz, et aussi quelque part Shakespeare, auquel les deux oeuvres principales se réfèrent directement. A l'âge de dix-sept ans, Félix Mendelssohn écrit l'ouverture du Songe d'une Nuit d'Eté qui sera donnée en public en février 1827. Plus tard, c'est une représentation de la pièce de Shakespeare montée par Ludwig Tieck dans la résidence d'été du Roi de Prusse, à Potsdam, qui avait donné au compositeur l'idée d'une oeuvre plus ample. Pour accompagner les représentations de la comédie de Shakespeare, il composa une partition de 22 numéros, pour soprano, mezzo-soprano, choeur de femmes et orchestre. C'est cependant une version purement orchestrale qui fut donnée ce soir à Pleyel, sous la forme d'une suite d'orchestre, formée de cinq épisodes extraits de la version originale.


    Certes, il est un peu frustrant d'entendre cette radieuse musique de scène sans les parties chantées, qui s'inscrivent de manière plus explicite dans l'oeuvre de Shakespeare. Mais la direction de Jacques Mercier, nuancée, et très contrastée, fait sonner l'orchestre avec une superbe presque emphatique dans les forte (la marche nuptiale est notamment très solennelle, presque rutilante), et développe de manière quasiment sensuelle les vents et les bois, de grande qualité dans cet orchestre. Globalement, il s'agit d'une vision très différente, par exemple, de celle de John Eliot Gardiner à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam, qui en avait donné une version plus légère, plus théâtrale certes, puisque exécutée dans son intégralité avec solistes et choeurs.
    Ce concert, résolument placé sous le signe du romantisme, se poursuivait avec la Rêverie et Caprice d'Hector Berlioz, composée en mars 1841 et dédiée au violoniste belge Alexandre-Joseph Artôt (1815-1845) qui ne la joua jamais cependant. Elle fut créée le 1er février 1842 à Paris, Salle Vivienne, avec Delphin Alard au violon, sous la direction du compositeur. En fait, il s'agit d'un arrangement de la cavatine de Teresa Ah, que l'amour une fois dans le coeur de l'Acte I de Benvenuto Cellini, air d'ailleurs supprimé avant la création de l'opéra. Cette oeuvre brève pour soliste et orchestre est unique chez Berlioz et les meilleurs violonistes de l'époque l'inscrivirent à leur répertoire. Il s'agit d'une très belle pièce, lyrique et sensuelle, écrite pour mettre en valeur l'instrument, que Roland Daugareil, premier violon solo de l'Orchestre de Paris depuis 1996, exécuta avec brio et panache.

    Les retrouvailles avec Shakespeare et Berlioz eurent lieu à nouveau avec Roméo et Juliette, symphonie dramatique exécutée en public pour la première fois en novembre 1839 sous la direction du compositeur et donnée ce soir-là, comme Le Songe sans les choeurs ni solistes. L'idée de cette oeuvre avait été inspirée à Berlioz par l'apparition d'Harriet Smithson en Juliette, lorsque la pièce avait été représentée à l'Odéon en 1827. Wagner fut fortement impressionné lorsqu'il l'entendit, à tel point que cette partition exerça une influence majeure sur la composition de Tristan.
    Là encore, c'est un bonheur de retrouver le velouté de l'Orchestre de Paris, et de ses cordes. Jacques Mercier en donna une lecture raffinée, délicate, moins extravertie que pour Le Songe, et nettement plus dramatique, en accord certes avec le sujet, plus sombre, plus déchirant. Il est d'ailleurs curieux de noter qu'aussi bien pour le Songe que pour Roméo, c'est une représentation théâtrale qui avait donné aux deux compositeurs l'idée d'écrire ces oeuvres. Et il est vrai que, là encore, on peut déplorer de ne pas entendre les parties vocales et surtout l'admirable solo du contralto, Premiers transports. Cependant, il eût été dommage de bouder son plaisir pour cette belle soirée romantique placée sous le double signe de la féerie et du drame, et sur laquelle planait l'ombre du "Grand Will". On peut remercier l'Orchestre de Paris, Jacques Mercier et Roland Daugareil, d'avoir, même sans paroles, bien chanté les romances...




    Salle Pleyel, Paris
    Le 14/03/2002
    Juliette BUCH

    Jacques Mercier dirige l'Orchestre de Paris dans Berlioz et Mendelssohn, Salle Pleyel, Paris.
    ORCHESTRE DE PARIS
    Jacques MERCIER direction
    Roland DAUGAREIL violon/I>

    FELIX MENDELSSOHN-BARTHOLDY
    Le Songe d'Une Nuit d'Eté, opus 61, suite d'orchestre

    HECTOR BERLIOZ
    Rêverie et caprice, Romance, H. 88
    Roméo et Juliette, Symphonie dramatique, H 79 (extraits)

     


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