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CRITIQUES DE CONCERTS 04 juillet 2020

Jessye Normal au Théâtre du Châtelet.

Woman in love
© Marie Noelle Robert

Une femme seule, mais quelle femme. Jessye Norman est venue ouvrir la saison du Châtelet par deux portraits de l'éternel féminin : Erwartung de Schoenberg et La Voix Humaine de Poulenc. Deux oeuvres à la mesure de la démesure de la cantatrice.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 05/10/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • Granitique et souveraine, face Ă  des sujets venus lui faire allĂ©geance, et saluer au passage la performance de l'artiste : ainsi apparaissait Jessye Norman, seule sur la scène du théâtre du Chatelet pour incarner l'histoire de deux femmes blessĂ©es Ă  mort, et en mĂŞme temps deux univers musicaux parfaitement Ă©trangers l'un Ă  l'autre, chacun exprimant une traversĂ©e parallèle du langage, de l'expressionisme viennois au neo-classicime français. Mais ce qui rapproche Erwartung de La Voix humaine, c'est l'idĂ©e de la perte et de l'inacceptable. Entre celle qui erre, la nuit, dans une forĂŞt terrifiante, Ă  la recherche du corps de son amant, et celle qui, abandonnĂ©e, vit les derniers dĂ©chirements de la rupture, on est dans cette Ă©pure de la souffrance dont la seule issue sera, pour l'une, la folie et, pour l'autre, l'auto-destruction. Indiscutablement, la puissance vocale de Jessye Norman, l'Ă©tendue presque intacte de sa tessiture, et sa science du chant, lui permettent encore beaucoup, mais pas tout. Impressionnante dans Erwartung, elle traduit la peur, la menace imaginaire, la cruautĂ© des souvenirs, en Ă©vitant les pièges de la dĂ©mesure et de la gesticulation. Tendue Ă  l'extrĂŞme, sa voix trouve des intonations rauques, presque sauvages, pour dire l'angoisse et l'effroi qui la pĂ©trifie Ă  la dĂ©couverte de l'homme assassinĂ©. La mise en scène d'AndrĂ© Heller joue pour elle, en la plaçant au centre d'une vĂ©ritable statuaire rituelle, oĂą des crĂ©atures totĂ©miques, Ă©clairĂ©es par de brèves lumières, l'enserrent et la harcèlent en distillant une terreur sans fin. Rien de tel avec La Voix humaine. Le supplice de la femme se fera dans la nuditĂ© d'une pièce oĂą s'Ă©garent un canapĂ©, une table basse et une table de chevet. CernĂ©e par des murs gris-bleu, progressivement envahis par longue coulĂ©e rouge-sang, et bombardĂ©s par une gĂ©omĂ©trie affolĂ©e de strates lumineuses, Jessye Norman, debout, cheveux dĂ©nouĂ©s, en dĂ©shabillĂ© de voiles noirs, supplie, se tait, se fait tendre, violente, ose encore une fois la sĂ©duction, abdique enfin, et se donne la mort. Mais son français trop approximatif finit par noyer le texte de Cocteau et enlève Ă  la musique de Poulenc sa rĂ©sonance intime aux mots, aux cris, Ă  la plainte. En revanche, David Robertson, Ă  la tĂŞte de l'Orchestre de Lyon, rĂ©ussit Ă  lui garder tout son pouvoir allusif et cette soumission subtile au drame d'amour et de mort qui se joue Ă  huis-clos devant nous.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 05/10/2002
    Françoise MALETTRA

    Jessye Normal au Théâtre du Châtelet.
    Arnold Schoenberg (l874-l951)
    Erwartung (L'Attente)
    (Monodrame en 1 acte, sur un livret de Marie Pappenheim, crée le 6 juin l924 à Prague)

    Francis Poulenc (l899-l963)
    La Voix humaine
    (Tragédie lyrique en 1 acte sur un texte de Jean Cocteau, créée le 6 février l959 à l'Opéra-Comique)

    Jessy Norman la femme

    Direction musicale : David Robertson
    Orchestre National de Lyon
    Mise en scène : André Heller

     


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