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CRITIQUES DE CONCERTS 23 avril 2019

Nouvelle production de l'Opéra de Paris de la Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten) de Richard Strauss sur un livret de Hugo von Hofmannsthal.

Une éclipse signée Wilson
© Eric Mahoudeau

© Eric Mahoudeau

Conte romantique allemand moitié chrétien, moitié païen, la Femme sans ombre de Hugo von Hofmannsthal offre une matière riche pour un metteur en scène. Avec Bob Wilson aux manettes, on pouvait cependant craindre que les réflexes formalistes ne prennent le pas sur le souci de servir l'argument opératique ; on n'a pas été déçu.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 09/12/2002
Gérard MANNONI
 



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  • Pourquoi sort-on insatisfait de ce spectacle alors qu'il offre quantité d'images superbes, rares sur une scène d'opéra ? Tout simplement parce que l'approche très minimaliste et esthétisante habituelle à Robert Wilson ne convient qu'en partie au propos de La Femme sans ombre.

    Comme dans La Flûte enchantée qui a directement inspiré Richard Strauss (le Chevalier à la rose étant aussi une réplique des Noces de Figaro), il s'agit d'un parcours initiatique à deux niveaux conduisant ses héros vers les joies d'un monde meilleur parce que purifié à travers les épreuves subies et dominées.

    Il y a une sorte de monde magique et irréel, celui de l'Empereur et de l'Impératrice, femme dont la stérilité est symbolisée par son absence d'ombre, et en face, ou plutôt en dessous, un monde humain, trivial, mais généreux et moins glacé, celui du teinturier Barak et de sa femme.

    Entre les deux, plusieurs intermédiaires, le messager du père de l'Impératrice ? on songe au portier du temple dans la Flûte- et la nourrice de la dite Impératrice- reflet lointain et déformé de la Reine de la nuit.

    Le langage scénique de Robert Wilson est parfaitement apte à représenter la magie du monde immatériel, mais il échoue quand il tente d'incarner son opposé, le monde des humains. Trop glacées, trop chics, trop désincarnées, les images ne correspondent alors plus ni à la musique ni au contraste voulu par les auteurs de l'opéra.

    Tout repose sur les épaules de Jean-Philippe Lafont qui apporte grâce à son talent et à sa personnalité parfaitement adéquate, la vraie dimension de Barak et de son univers, mais il manque une teinturière (Luana DeVol accoutrée comme une geisha
    et à la voix criarde et tremblotante) et les frères, transformés en clowns jaunes et sautillants.

    Superbe silhouette lisse et poétique semblant sortie d'un film de Cocteau pour Susan Anthony qui chante bien la difficile rôle de l'Impératrice, même avec des moyens un peu inférieurs à ce qu'il faudrait.

    Tous les autres sont irréprochables, sans oublier que pour la représentation du 9 décembre, il y eut deux nourrices, une qui chantait d'un coin de l'avant scène- Reinhild Runkel- et l'autre, titulaire du rôle et malade, qui jouait sans chanter- Jane Henschel ; déjà un jeu d'ombre.

    La direction musicale d'Ulf Schirmer est puissante, colorée, imaginative et très sensuelle. Dommage que l'inspiration de Bob Wilson ne soit plus que l'ombre d'elle-même.









    Pas d'accord

    Une belle teinturière refuse la maternité pour convoiter l'ombre d'une impératrice qui lui permettrait d'accéder à une situation infiniment plus enviable. En se saisissant de l'opéra de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, Robert Wilson réalise un véritable coup de génie, où il réussit à faire surgir le merveilleux du conte, tout en le comblant d'humanité.

    Que l'on aime ou que l'on déteste son travail, devant la perfection formelle d'un tel spectacle, l'indifférence me semble hautement suspecte. Le projection scénique de Wilson ne relève ni du fantasme, ni de la tentation métaphysique, mais d'une esthétique de l'effleurement des signes dans la raréfaction des images.

    Les personnages se croisent sans jamais se toucher, piégés par une calligraphie savante de lignes droites ou brisées qui les emprisonnent et en font des proies impossible à atteindre.

    Le metteur en scène leur invente une gestique minimaliste, inspirée du No japonais, où chaque attitude, chaque déplacement, est une composition en ralentis et variations imperceptibles : une chorégraphie poétique que la lumière rythme en couleurs tantôt violentes, tantôt irréelles, ou transforme en un jeu d'ombres chinoises, tandis que des escaliers géants lacèrent l'espace, ouvrant sur un ciel déserté où seul vacille le mythique faucon blessé de la fable.

    Le plus surprenant est qu'à la puissance et à la générosité de la musique répond cette vision d'une abstraction lyrique ordonnée jusqu'au final dans une totale cohérence. Un véritable coup de génie ! Je persiste et signe.


    Françoise Malettra








    Opéra Bastille, Paris
    Le 09/12/2002
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production de l'Opéra de Paris de la Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten) de Richard Strauss sur un livret de Hugo von Hofmannsthal.
    Direction musicale : Ulf Schiimmer
    Mise en scène : Robert Wilson
    Costumes : Moidele Nickel
    Lumières : Robert Wilson et Andreas Fuchs

    Avec Jean-Philippe Lafont (Barak), Thomas Moser (Der Kaiser), Susan Anthony (Die Kaiserin), Jane Henschel et Reinhild Runkel (Die Amne), Bjarni Thor Kristensson (Der Geisterbote), Karen Wierzba (Ein Hüter der Schwelle des Tempels, die Stimme des Falke), Johannes Chum (Die Erscheinung eines Jünglings), Elizabeth Laurence (Eine Stimme von Oben), Luana DeVol (Seine Frau), Jochen Schmeckenbecher (Der Einäugige), Scott Wilde (Der Der Einarmige), Daug Jones (Der Bucklige).

     


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