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CRITIQUES DE CONCERTS 23 avril 2019

Cycle autour de la Transcription. Récital des pianistes Martha Argerich et Michel Béroff.

La loterie argentine
© Eric Sebbag

© Eric Sebbag

Un concert avec Martha Argerich un vendredi 13 ? ça sonne presque comme un gag avec autant de chance d'entendre la légendaire pianiste que d'emporter le tirage spécial du Loto. Et pourtant, elle était bien là, en chair et surtout en doigts ; dix qui jouaient comme cent, cette fois-ci en excellente compagnie des phalanges de Michel Béroff.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 13/12/2002
Eric SEBBAG
 



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  • 20 heures. Le public se presse nombreux face aux portes closes de la Cité de la Musique. Martha Argerich est bien là mais elle répète encore
    Qu'importe, un passage de l'Argentine ne se manque pas. D'ailleurs, une fois les portes d'entrée libérées, il n'y aura rapidement plus une marche d'escalier libre.

    Et ceux qui jouent des coudes aux portes de la Cité le savent bien : accéder à un concert d'Argerich, c'est comme être adopté par une nouvelle famille dont on sait la mère généreuse sans compter. C'est qu'elle a l'esprit de famille comme aucune autre musicienne, la grande Martha.

    On le sait, ça fait plus de vingt ans qu'elle ne joue plus seule, quitte à mal s'entourer , simplement par amitié et goût de la convivialité. Elle passe son temps à réunir les musiciens, à promouvoir de jeunes talents. Avec elle, le piano ne rime plus avec soliloque et ambition d'égaler à soi seul un orchestre.

    Son piano est partage. Pour ce concert à la Cité, il se dédouble avec celui de Michel Béroff qui vient juste de relancer sa carrière pianistique. Divine surprise, le français est à la hauteur de l'événement.

    Contrairement à Lilya Zilberstein, la précédente partenaire d'Argerich en duo à Paris, Béroff est constamment à l'écoute, sait se couler dans le sillage d'Argerich comme lui tracer le passage. Son toucher ne détonne jamais avec la fluidité naturelle de sa partenaire. Mieux, leurs couleurs sont complémentaires.

    Dans la transcription pour 2 pianos des Nocturnes de Debussy, cela vaut une découverte : contrairement à l'habitude, on entend pas une version " analytique " (piano oblige) d'une oeuvre connue, mais une vision renouvelée avec d'autres coloris.

    Deux pianos pour un choeur

    Il y a autant de climats, de halos et de brumes, de lumières crues aussi, simplement ce ne sont pas les mêmes et on n'imaginait pas que deux pianos puissent si facilement peser autant qu'un choeur.

    Changement d'atmosphère avec la Première Symphonie de Prokofiev. Cette configuration instrumentale inhabituelle souligne encore le côté parodique et primesautier de l'oeuvre. Mue par une allégresse contagieuse, Argerich semble s'y défouler comme une enfant à la récréation.

    Quasiment pas d'entracte, car il n'est pas question d'abandonner une place durement acquise, même un coin de marche d'escalier. Place à la danse avec Rachmaninov et Ravel. Mais des chorégraphies sombres, parodiques dont le rythme finit toujours par se détraquer.

    Les Danses symphoniques du russe oscille entre l'errance, la prière, la mélancolie et de rares éclairs que les deux pianistes illuminent autant que possible. La Valse du français elle vire au rapidement au fantastique comme dans un film expressionniste. La fusion pianistique à vingt doigts atteint une forme d'apothéose en même temps que le rythme viennois s'est irrémédiablement corrompu.

    Le concert est-il fini ? En fait de rappel, le couple Argerich-Béroff délivre d'un coup quatre mouvements de Ma Mère l'Oye . Les chinoiseries pentatoniques de Ravel sont particulièrement étincelantes sous les doigts de l'Argentine. Vient ensuite Milhaud et son B?uf , et
    au troisième rappel (1), on réalise que le concert s'est déjà prolongé de 45 minutes !

    Alors ça fait quel effet d'être de la famille Argerich ? C'est un peu comme avoir gagné à Loterie un vendredi 13, sauf qu'on était un bon millier à avoir décroché le gros lot, et qu'on sait qu'il aura encore beaucoup de gagnants.




    (1) Une reprise des Rachmaninov pour corriger quelques accros lors de la première exécution.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 13/12/2002
    Eric SEBBAG

    Cycle autour de la Transcription. Récital des pianistes Martha Argerich et Michel Béroff.
    Transcriptions pour deux pianos
    Claude Debussy/Maurice Ravel Nocturnes
    Sergueï Prokofiev/Riyaku Terashima Symphonie n° 1 "Classique"
    Sergueï Rachmaninov/Sergueï Rachmaninov Danses symphoniques
    Maurice Ravel La Valse

     


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