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CRITIQUES DE CONCERTS 26 février 2020

Reprise du Coq d'Or de Nicola√Į Rimsky-Korsakov

Le coq et le samoura√Į
© Marie-No√ęlle Robert

¬© Marie-No√ęlle Robert

Dix-huit ans apr√®s, Le Coq d'or de Rimsky-Korsakov fait son retour au Chatelet, o√Ļ il avait connu un v√©ritable triomphe lors de la saison russe programm√©e en 1984 par Jean-Albert Cartier. La mise en sc√®ne d'Ennosuke III appara√ģt aujourd'hui comme une tr√®s pr√©cieuse pi√®ce de mus√©e qu'il faut contempler comme telle.

 

Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
Le 13/12/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • En grand interpr√®te du th√©√Ętre Kabuki, Ennosuke III a appliqu√© toutes les r√®gles d'or un d'art cod√© √† l'extr√™me dans sa gestuelle comme dans la splendeur de ses costumes et de ses maquillages. Au merveilleux et au tragique des contes populaires russes qui inspir√®rent le livret de Pouchkine, s'ajoute ici la po√©sie de l'all√©gorie et le g√©nie de la caricature.

    √Ä nos yeux modernes trop habitu√©s aux vaines gesticulations de certains metteurs en sc√®ne, la chor√©graphie et la sc√©nographie pourront sembler d'une stylisation excessive. En son temps, Ennosuke s'en expliquait ainsi : " Le th√©√Ętre occidental est un th√©√Ętre que l'on √©prouve par la t√™te, le Kabuki est un th√©√Ętre que l'on √©prouve par le corps. "

    Il en ressort une imagerie orientale, aux allures d'op√©ra-bouffe, o√Ļ l'on voit le vieux tsar Dodon, personnage pleutre et ridicule, enferm√© dans son palais, cern√© par l'ennemi qui menace ses fronti√®res et entour√© de chefs de guerre incapables.

    Quand survient un astrologue qui lui offre un coq d'or aux pouvoirs magiques. Perché sur la plus haute flèche du palais, il alertera le peuple de l'imminence du danger. Dodon, qui promet en retour tous ses trésors, peut enfin dormir en paix et s'enchanter de la vision d'une femme sublime apparue dans son rêve.

    Mais le coq a chanté. La guerre aura lieu, meurtrière, barbare. Sur le champ de bataille, la femme est soudain devant lui, bien vivante. Elle est reine et entend s'emparer son royaume, en l'avertissant que sa seule beauté est une arme infiniment plus puissante que toutes ses armées.

    Vaincu, le Tsar se soumet et lui offre la couronne. Mais le jour des noces, l'astrologue est l√† qui vient chercher sa r√©compense. Ce sera la Reine ! Un brutal coup de sceptre met rapidement fin √† ses pr√©tentions. Le sang a coul√© et le coq prof√®re la mal√©diction : le roi doit mourir.

    Devant l'ingratitude de ceux qui veulent le chasser, il fond, toutes ailes déployées, sur le tsar et le frappe mortellement au front. Le conte est une fable, et c'est ainsi qu'il faut l'entendre, avait annoncé l'astrologue qui ressuscite pour nous informer que seuls lui et la reine étaient des êtres réels, que tous les autres n'étaient que des spectres, vides et inconsistants.

    Un opéra censuré

    Dernier opéra de Rimsky-Korsakov, censuré de son vivant pour cause de satire politique irrévérencieuse, Le Coq d'or nous emporte dans la luxuriance d'une musique qui réinvente avec une imagination confondante les couleurs d'un orient fabuleux.

    Dans la fosse, l'orchestre rutile, gronde, ou s'abandonne aux sonorités les plus voluptueuses, tandis que sur la scène, chaque personnage concentre sur lui, à travers des motifs subtilement identifiables, tous les signes (la peur, la cocasserie, la fourberie) concourant à peindre son caractère.

    La présence scénique de la majorité des interprètes est impressionnante, mais les voix sont décevantes, à l'exception de Barry Banks (l'astrologue), seul étranger à la troupe du Marinski, et de Elena Manistina (l'intendante Amelfa).

    Le Dodon d'Albert Schagidullin manque singuli√®rement d'ampleur, et malgr√© la virtuosit√© des vocalises d'un r√īle d'une difficult√© redoutable, Olga Trifonova (la reine de Shamakha) a une √©mission souvent acide et quelques probl√®mes de justesse.

    Le public a fait une standing ovation, parfaitement m√©rit√©e, √† l'Orchestre de Paris et √† son chef. En respectant √† la lettre les indications de Rimsky-Korsakov en mati√®re d'accents, de tempi et de rubato, en refusant de se laisser d√©border par la pouvoir √©motionnel de la musique, Kent Nagano a choisi une interpr√©tation qui avait tout de l'intransigeance du brave samoura√Į.






    Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
    Le 13/12/2002
    Françoise MALETTRA

    Reprise du Coq d'Or de Nicola√Į Rimsky-Korsakov
    Opéra en trois actes sur un livret de Vladimir Bielski d'après Pouchkine
    Cr√©√© le 7 octobre 1909 au Th√©√Ętre Solodovnikov de Moscou
    Production du Th√©√Ętre du Chatelet, cr√©√©e en l984, en collaboration avec le San francisco Oper.

    Direction musicale : Kent Nagano
    Orchestre de Paris
    Choeur du Th√©√Ętre Mariinski de Saint-Petersbourg
    Mise en sc√®ne : Ennosuke III
    R√©alisation : Isao Takashima
    Chor√©graphie : Kaeshino Fujima
    D√©cors : Setsu Asakura
    Costumes : Tomio Mohri
    Lumi√®res : Jean Kalman

    Avec Albert Schagidullin (Le Roi Dodon), Ilya Levinsky (Le Prince Guidon), Andrei Breus (Le Prince Afron), Ilya Bannik (Le général Polkan), Elena Manistina (Amelfa), Barry Banks (L'astrologue), Olga Trifonova (La Reine de Shamakha), Yuri Maria Saenz (Le Coq d'or)

    Prochaines repr√©sentations le 19,22,23,26,28 d√©cembre 2002

     


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