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CRITIQUES DE CONCERTS 02 avril 2020

Nouvelle production du Macbeth de Sciarrino dans le cadre du Festival d'Automne.

Thérapie tragique

D.R.

Il suffit d'allumer le poste, il y pleut quotidiennement du sang et de la violence. Mais si l'actualité est tragique, la sensibilité finit par s'y émousser. Pour lutter contre ce genre d'indifférence, le compositeur Salvatore Sciarrino propose une relecture du Macbeth de Shakespeare. Une thérapie choc.

 

Th√©√Ętre de l'Ath√©n√©e-Louis Jouvet, Paris
Le 01/12/2002
Françoise MALETTRA
 



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  • En se saisissant de la trag√©die de Shakespeare, le sicilien Salvatore Sciarrino avoue sa volont√© d'inscrire la figure de Macbeth dans l'insoutenable indiff√©rence, de notre temps devant les crimes perp√©tr√©s partout au monde : " trop souvent refoul√©, le tragique est indispensable aujourd'hui pour nous tirer de cette indiff√©rence. Nous devons r√©veiller notre conscience sociale si nous ne voulons pas √™tre asphyxi√©s. "

    Et de se ranger aux c√īt√©s de Shakespeare, qui d√©non√ßait ces cris et ces g√©missements que plus personne n'√©coute, quand la plus f√©roce douleur para√ģt un sentiment commun, en s'expliquant sur le sens du sous-titre " Trois actes sans nom " : Ce sont des actions sc√©l√©rates, des assassinats si violents que ni la langue, ni le coeur n'osent le dire.

    Si le livret, établi par le compositeur, est une élaboration épurée du texte (avec quelques emprunts à Hegel et à la Bible), il en retient l'essentiel, dans un découpage constitué de scènes ou les événements sont souvent revécus à travers la vision des différents personnages, créant une grille de lecture éclatée, en progression sur plusieurs plans à la fois.

    Dans une sc√©nographie inspir√©e des dessins en perspective de l'architecte du XVIe si√®cle De Vries, Macbeth et Lady Macbeth apparaissent et disparaissent comme des insectes monstrueux, pris dans le pi√®ge mental de l'ivresse du pouvoir et l'horreur des crimes, escort√©s par les spectres de leurs victimes qui deviennent celles de " tous les massacres sur lesquels repose l'humanit√©.

    On voit Mozart et Verdi surgir de leurs tombeaux et s'avancer vers nous, ils sont les pères mis en pièces, souillés, qu'aujourd'hui nous osons, nous devons défier. Et la musique de Sciarrino les cerne, les investit, s'en éloigne et les rejoint, en de courtes figures très stylisées, laissant la parole chuchotée, brisée, affolée, hallucinée, à la limite du silence, comme si la terreur était impossible à proférer vraiment.

    Les voix de six solistes émergent alors des deux groupes répartis entre fosse et arrière scène, comme une immense respiration reprise en écho par les instruments. Le spectacle est d'une beauté glaciale. Achim Freyer fait évoluer les chanteurs avec une extrême lenteur.

    Les corps semblent flotter dans l'espace et enjamber le vide, o√Ļ restent p√©trifi√©s sur un √©chiquier sanglant, pour √™tre brusquement escamot√©s par des trappes lat√©rales. Il faut saluer la pr√©sence dramatique de Otto Katzameir (Macbeth) et Annette Stricker (Lady Macbeth), et surtout leur virtuosit√© vocale, fond√©e sur des techniques tr√®s sp√©ciales de production du son (bruits de langue, harmoniques, souffles, aigus d√©timbr√©s), que d'oeuvre en oeuvre Sciarrino ne cesse d'affiner.

    √Ä la t√™te de l'excellent Ensemble Modern (vocal et instrumental), Johannes Debus participe en grand ma√ģtre d'oeuvre √† la r√©ussite d'un spectacle que nos maisons d'op√©ra s'honoreraient d'inscrire √† leur r√©pertoire, et pas seulement pour sa dimension th√©rapeutique et id√©aliste.




    Th√©√Ętre de l'Ath√©n√©e-Louis Jouvet, Paris
    Le 01/12/2002
    Françoise MALETTRA

    Nouvelle production du Macbeth de Sciarrino dans le cadre du Festival d'Automne.
    Livret et musique de Salvatore Sciarrino (n√© √† Palerme en l947)
    Sc√©nographie et mise en sc√®ne d'Achim Freyer
    Otto Katzameir, baryton (Macbeth), Annette Stricker, soprano (Lady Macbeth), Sonia Turchetta, contralto (Un sergent, le fils de Banquo, un sicaire, une sentinelle, le second spectre), Richard Zook, ténor (Banquo, le spectre, un serviteur), Thomas Mehnert, baryton (Duncan, un courtisan, Macduff)
    Ensemble Modern (vocal et instrumental
    Direction : Johannes Debus
    (Création en 1976 au Festival de Schwetzingen)


    (Tourn√©e dans le cadre d'Op√©ra en Ile-de-France, les 7,9,10 janvier √† Cergy, du 15 au 17 janvier √† Malakoff, les 20 et 21 janvier √† Villeparisis, les 23 et 24 janvier √† Fontenay-aux-Roses, les 27 et 28 janvier √† Guyancourt, du 30 janvier au ler f√©vrier √† S√©nart, les 4 et 5 f√©vrier √† Vitry sur Seine, les 6 et 7 f√©vrier √† Suresnes)

     


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