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CRITIQUES DE CONCERTS 19 juin 2019

Nouvelle production de Boris Godounov de Modeste Moussorgski à l'Opéra de Lyon.

Boris et les joies de la marche
© GĂ©rard Amsellem

© Gérard Amsellem

Difficile à monter, à illustrer scéniquement et surtout à distribuer vocalement, Boris Godounov de Moussorgski est typiquement l'ouvrage sur lequel les plus grandes maisons d'opéras ont gaspillé en vain des budgets immodestes. Après le ratage du Chevalier en début de saison, l'Opéra de Lyon allait-il réussir le défi ?
 

Opéra national, Lyon
Le 07/12/2002
Yannick MILLON
 



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  • Les dĂ©cors de Johannes Leiacker dĂ©peignent une sorte de bunker assez oppressant et sont centrĂ©s autour d'un escalier monumental, inamovible et très Ă  pic, symbole du pouvoir, de la difficile accession au trĂ´ne, mais aussi de la difficultĂ© Ă  se maintenir tout en haut de la hiĂ©rarchie sociale russe – ce que rend idĂ©alement l'inclinaison pĂ©rilleuse dudit escalier.

    Il est frappant de voir aussi que le peuple miséreux n'a jamais accès au monde du haut de l'escalier, et lorsque paraît le Tsar, on a vraiment l'impression que Boris s'adresse à une " Russie d'en bas " en panne d'escalier social.

    Le metteur en scène Philipp Himmelmann peint sans complaisance les moeurs dépravées des deux moines Varlaam et Missaïl, et tire le personnage de l'Innocent dans un registre pathétique très efficace.

    Le seul moment un peu faible est le premier tableau du premier acte, ne traduisant jamais la solitude de Pimen devant son écritoire. Le suréclairage de la scène ainsi que la présence inutile de figurants font perdre en grande partie le climat austère et nocturne de cette scène cruciale.

    Pour la partition, Ivan Fischer a préféré choisir la version " originale définitive " de 1872, sans faire la concession de la panacher avec des éléments de la version initiale de 1869. On regrettera donc l'absence de la scène devant Saint-Basile, mais on soulignera d'autant plus l'intégrité du chef devant un choix cornélien.

    À l'instar de Gergiev, Fischer supprimera toutefois la toute fin du troisième acte, préférant s'arrêter sur l'appel de Rangoni, ignorant donc le court passage en trio qui clôt habituellement l'acte. Théâtralement, le résultat est saisissant.

    Hormis dans la scène Pimen, un rien neutre dans son climat, maladroite dans l'enchaînement de la musique au silence, la lecture de Fischer s'avère une réussite, d'un geste fluide et précis, suggérant une texture orchestrale galbée juste comme il faut, privilégiant tout du long une grande clarté faisant la part belle aux harmonies audacieuses du compositeur.

    On saluera le rendu sonore millimétré des scènes de foule, étonnamment peu démonstratives. Certains partis pris du chef hongrois – le jeu des cordes dans la scène des hallucinations, sul ponticello et plus grinçantes que jamais, ou l'agitation de la scène de Kromy, tout entière emplie d'un climat fiévreux – attestent des affinités évidentes du chef avec l'oeuvre.

    Oublié le bourbeux chevalier

    Il faut croire que le travail de Fischer commence à porter ses fruits, car au niveau orchestral, on a quitté les eaux bourbeuses du récent Chevalier à la Rose. Côté choeurs, on ne peut que saluer le travail admirable réalisé par Alan Woodbridge, tirant des ensembles de l'opéra une puissance redoutable et une sonorité qu'on croirait toutes deux issues des salles moscovites.

    La distribution, quant à elle, emporte l'adhésion beaucoup plus pour son homogénéité que les prestations individuelles. Irréprochables sont la Xénia d'Hélène Le Corre et la Marina de Mzia Nioradze, idéale d'arrogance, avec une voix bien timbrée et homogène, au médium blindé. Aucun des autres chanteurs n'aura le niveau de ces dernières.

    Le Boris de Vladimir Matorin stigmatise tous les défauts de l'ancienne école de chant russe : timbre rocailleux et jamais noble, absence de ligne vocale, diction " chamallow ", engorgement redoutable et nasalisation disgracieuse. Cependant, ce Boris passe aisément, en raison de sa stature de Commandeur, de son autorité et de sa présence scénique écrasantes, notamment dans une scène des hallucinations à faire froid dans le dos.

    N'oublions pas que Boris ne va jamais chatouiller le fa de Sarastro, le rôle requérant beaucoup plus de ressources dans l'aigu que dans le grave – jamais en dessous du sib du baryton. Dans le cas présent, le type de voix de Matorin, qui doit être doté d'un sépulcral ré grave, n'est pas forcément du meilleur effet.

    La prestation de Sergueï Aleksashkin en Pimen pose un autre problème, celui du délabrement d'une voix en fin de carrière : émission hasardeuse, aigus ruinés, timbre éraillé. Pourtant, on sent à travers ce chant défait toute la sagesse du starets, sa lucidité.

    Le Rangoni de Paul Gay est plutôt une bonne surprise, et hormis des aigus un peu fluets, son incarnation reste honorable. Le Grigori de Zoran Todorovich a la puissance requise, la solidité des aigus nécessaires, mais l'émission est un rien serrée. Le Féodor de Svetlana Lifar manque singulièrement de charisme et ne possède à aucun moment l'étoffe d'un fils de monarque.

    Mais chez tous, on sent un véritable investissement – très bons seconds rôles féminins – un travail d'équipe qui efface les faiblesses individuelles. Et quand on sait à quel point l'ouvrage est difficile à distribuer, ce n'est déjà pas un succès si Modeste.




    Opéra national, Lyon
    Le 07/12/2002
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Boris Godounov de Modeste Moussorgski à l'Opéra de Lyon.
    opéra en quatre actes et un prologue
    Livret de Moussorgski d'après Pouchkine
    Version originale définitive de 1872

    Orchestre, choeur et maîtrise de l'Opéra de Lyon
    direction : Ivan Fischer
    mise en scène : Philipp Himmelmann
    décors : Johannes Leiacker
    costumes : Jorge Jara
    Ă©clairages : David Cunningham
    chef des choeurs : Alan Woodbridge

    Avec Vladimir Matorin (Boris Godounov), Sergueï Aleksashkin (Pimen), Zoran Todorovitch (Grigory-Dimitri), Mzia Nioradze (Marina Mnishek), Paul Gay (Rangoni), Jan Jezek (Chouïski), Pierre-Yves Pruvot (Chtchelkalov), Svetlana Lifar (Feodor), Hélène Le Corre (Xenia), Martine Olmeda (la nourrice), Peter Daaliysky (Varlaam), Michel Fockenoy (Missaïl), Hélène Jossoud (l'aubergiste), Léonard Pezzino (l'Innocent).

     


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