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CRITIQUES DE CONCERTS 22 aoŻt 2019

Le Parfum de la Lune, cr√©ation mondiale de l'int√©gralit√© des ha√Įkus pour piano et clavecin de Renaud Gagneux.

Ha√Įku double
© D.R.

D.R.

De longue date, musique et po√©sie font bon mariage. En revanche, ces unions se r√©alisent plus rarement √† travers les continents. C'est pourtant ce qu'a tent√© le compositeur Renaud Gagneux dont on cr√©ait r√©cemment les ha√Įkus pour piano et clavecin. En compl√©ment de programme, le concert tentait de prolonger les liens entre ha√Įku et musique occidentale.
 

Maison de la Po√©sie - Th√©√Ętre Moli√®re, Paris
Le 14/12/2002
Philippe KALMAN
 



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  • Au centre, donc, de ce concert, des ha√Įkus : ces po√®mes classiques japonais d√©routants pas leur bri√®vet√© (dix-sept syllabes r√©parties en trois vers 5 ¬ó 7 -5), autant que par leur simplicit√© (apparente).

    Le spectacle, divis√© en trois parties, a d√©but√© par six ha√Įkus du po√®te Matsuo Basho (1644-1694) altern√©s chacun par une pi√®ce de son contemporain ignor√© Louis Couperin (1626-1661). Pour le coup, difficile d'√©tablir un pont entre le continent asiatique et europ√©en : certes, m√™me biens√©ance et retenue dans les mots prononc√©s par Michel de Meaulne que dans les notes interpr√©t√©es par Laure Morabito.

    Mais les compositions de Basho, lorgnant continuellement par une fenêtre sur le monde extérieur, contrastent avec celles de Couperin, tout en intériorité et en foi intérieure. Quant au jeu quelque peu débridé de la claveciniste Morabito, qui place ses accents un peu librement et ne se soucie pas toujours du rythme, sa fantaisie ne contribuait pas forcément à rapprocher les univers a priori dissemblables de Couperin et de Basho.

    Bonne pioche, en revanche, pour Debussy, à l'honneur dans la deuxième partie. Dans les titres de ses Images, on retrouve un champ lexical semblable à celui des haikus : Cloches à travers les feuilles, Et la lune descend sur le temple qui fut et Poisson d'or, et la musique elle-même rejoint sans peine les médiations éthérées et cosmiques des poésies japonaises.

    D'autant que l'interprétation de Kotaro Fukuma est tout à fait convaincante : le pianiste écoute avec le même soin les sonorités et les silences, et son corps balançant donne des impulsions très précises à sa musique.

    La derni√®re partie a vu la cr√©ation de Renaud Gagneux : douze ha√Įkus pour piano et huit ha√Įkus pour clavecin, interpr√©t√©s selon leur ordre d'apparition dans Le Parfum de la lune de Yosa Buson (1716-1783).

    Ici, aucun problème pour retrouver les préoccupations du poète dans la musique composée par Gagneux, au risque même d'entendre les éléments décrits de manière presque redondante dans les vingt pièces musicales d'une minute chacune : on devine sans peine la neige évoquée juste avant sous les doigts du pianiste Fukuma et le clavecin sert presque d'illustrateur sonore au rossignol.

    Mais gr√Ęce au traitement du clavecin op√©r√© par Gagneux, on d√©couvre des sonorit√©s ignor√©es jusqu'alors, et de surcro√ģt en parfaite harmonie avec son fr√®re ennemi : le piano. Il fallait bien le secours de la l√©gendaire la sagesse japonaise pour r√©concilier ces deux-l√†.




    Maison de la Po√©sie - Th√©√Ętre Moli√®re, Paris
    Le 14/12/2002
    Philippe KALMAN

    Le Parfum de la Lune, cr√©ation mondiale de l'int√©gralit√© des ha√Įkus pour piano et clavecin de Renaud Gagneux.
    Pièces pour clavecin et piano de Louis Couperin, Claude Debussy
    Clavecin : Laure Morabito
    Piano : Kotaro Fukuma
    Récitant : Michel de Maulne

    Visiter le site de la Maison de la Poésie

     


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