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CRITIQUES DE CONCERTS 02 octobre 2022

Le Quatuor Ysa√Įe √† la Maison de la Radio

Un Quatuor au bord de la crise de nerfs

Le quatuor Ysa√Įe fut la premi√®re formation fran√ßaise √† remporter le premier prix du Concours d'Evian en 1988. Invit√© en janvier dernier √† donner un r√©cital √† Radio-France, ce quatuor a cependant largement d√©√ßu. Des dissensions au sein de ses membres en serait sans doute l'explication.
 

Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
Le 30/01/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Depuis sa naissance, le Quatuor Ysa√Įe a d√©j√† chang√© une fois de second violon et deux fois de violoncelle ce indique sans doute une recherche perp√©tuelle d'une certaine perfection. Et le choix r√©cent de Marc Coppey au violoncelle est √† mon sens une preuve du go√Ľt. Pour autant, le quatuor semble encore loin d'avoir trouv√© son √©quilibre.
    La pi√®ce d'Anton Webern qui ouvrait le concert, "Langsamer Satz" est une de ces pi√®ces hybrides, o√Ļ l'art de Webern se d√©cante √† peine. Pr√©c√©dant de trois ans la "Passacaille", que le compositeur consid√©rait comme son opus 1, on d√©note dans ce mouvement lent aussi bien des relents mahleriens que wagn√©riens, qui, sous l'influence de Sch√∂nberg, dont Webern est encore l'√©l√®ve, dispara√ģtront tr√®s vite. Les Ysa√Įe semblent √† l'aise dans cette composition, o√Ļ le compositeur ne l'est gu√®re. Peut-√™tre est-ce d√Ľ √† la s√©cheresse de l'interpr√©tation, √† cette distanciation surprenante, chaque musicien jouant pour lui, renferm√© dans son univers sonore.
    Lorsqu'en fin de concert, le Quatuor Ysa√Įe abordera l'opus 127 de Beethoven, le mi b√©mol majeur, la m√©sentente ou plut√īt le manque total d'entente entre les quartettistes sera √† son comble. Seuls quelques beaux traits de violoncelle tenteront de compenser le visage douloureux d'un Marc Coppey. Les autres sont ferm√©s, inexpressifs et le son n'est pas beau. Que se passe-t-il ? Justement, il ne se passe rien. Et je ne suis pas rest√© pour √©couter le bis !
    Le seul beau moment fut donc la création du deuxième Quatuor à cordes d'Eric Tanguy. Une oeuvre qui débute avec des luminosités chaleureuses et qui peu à peu semble déambuler dans un labyrinthe d'hésitations, d'obsessions et de drames incertains pour déboucher, au troisième mouvement, dans un espace sombre, de plus en plus inquiétant, pour ne pas dire pathétique. Telle fut mon impression, fasciné que j'étais par l'opposition des mariages de sons, d'une finesse diaphane et chatoyante, et l'atmosphère aux couleurs de plus en plus ténébreuse que j'évoquais tout à l'heure. Il y a dans l'écriture de Tanguy des petits bouts de phrases, vers arrachés à un poème perdu, qui sont comme des résurgences et émeuvent par leur simple apparition dans la texture sonore. C'est beau de langage et riche de sonorités et d'intention. C'est un voyage prenant, une perpétuelle découverte.

    Pour conclure, j'apprends que Marc Coppey quitte le Quatuor Ysa√Įe. Ceci expliquerait-il cela ?




    Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
    Le 30/01/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Le Quatuor Ysa√Įe √† la Maison de la Radio
    R√©cital du Quatuor Ysa√Įe
    Oeuvres de Webern, Beethoven et Tanguy

     


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