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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2022

Récital de la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter avec l'ensemble Musica Antiqua Köln dirigé du violon par Reinhard Goebel.


Les grandes eaux
© Eric Sebbag

© Eric Sebbag

Lundi dernier, le Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es accueillait les retrouvailles d'Anne-Sofie Von Otter et des Musica Antiqua K√∂ln. En m√™me temps que Pinnock et Gardiner mais avant Minkowski, Von Otter avait glan√© ses premiers lauriers baroques avec l'ensemble de Cologne. Allaient-ils retrouver ensemble une inspiration de la m√™me eau ?
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 27/01/2003
Eric SEBBAG
 



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  • Le Monteverdi fluide, voire liquide, et forc√©ment suave (Con ch√© Soavita) renoue d'entr√©e avec l'une des r√©ussites de leur collaboration discographique (pour Archiv). " Avec quelle douceur, l√®vres parfum√©es, je vous baise et vous √©coute " dit le texte. On ne peut plus √©loquent et √† propos ; d'ailleurs on y resterait volontiers pendu.

    Après un intermède instrumental emprunté à Cavalli (sans fragrance spéciale), les Musica Antiqua vont déverser le Lamento de Johann Christoph Bach : " je voudrais que les eaux débordent sur ma tête, que mes yeux implorent des fontaines de larmes " sanglote Von Otter.

    Cependant, elle va s'y noyer car une tessiture trop basse l'empêche de s'épancher dans cet air admirablement lamentable qui fit la renommée d'Henri Ledroit et d'autres contre-ténors. Pour atteindre quand même les notes, Von Otter détimbre et sa voix semble faseyer comme une voile qui manque de vent.

    De leur c√īt√©, les K√∂ln en perdent la boussole, √† partir de l√†, Reinhardt Goebel sera f√Ęch√© avec la justesse. Certes, Goebel est une sorte de miracul√© de l'archet : il y a une bonne d√©cennie, un accident l'oblige √† r√©apprendre le violon en inversant main gauche et main droite. Aujourd'hui, les s√©quelles √©tant estomp√©es, il a repris sa position d'origine, mais le miracle n'est pas encore achev√© car il n'a pas encore recouvr√© tous ses moyens.

    Au demeurant, l'ensemble lui-m√™me a largement renouvel√© ses t√™tes et la coh√©sion d'antan n'y est plus. Heureusement, la Su√©doise attaque la Didon de Purcell, r√īle qu'elle avait d√©j√† tenu avec Trevor Pinnock. Sa mort est tellement prenante qu'on la voudrait, comme il se doit, durer une √©ternit√©.

    Mais l'enthousiasme d'une spectatrice ne veut pas la laisser mourir en paix et va lui voler son dernier soupir d'un " bravo " aussi tonitruant qu'intempestif. √Ä cet instant, beaucoup d'auditeurs ont d√Ľ souhaiter brutalement qu'on r√©tablisse la peine de mort


    Cessez, cessez donc !

    Nouvel √©pisode instrumental apr√®s l'entracte avec le concerto en la de Michel Mascitti, un compositeur napolitain ayant ralli√© la France et les Go√Ľts R√©unis. √Ä la justesse et la coh√©sion fragiles, les K√∂ln ajoutent l'incompr√©hension du style, seule surnage une volont√© d'√©craser la pulsation comme ils l'ont d√©j√† d√©montr√© avec la bande-son du film le Roi danse.

    Encore une fois, et avec quelle pertinence, la mezzo va effacer leurs flottements d'un : " Cessez, cessez donc ". Place au th√©√Ętre avec la cantate de Vivaldi. Cette fois, Von Otter dirige les op√©rations, souffre, se d√©chire, explose, implore, crie vengeance. Les K√∂ln manquent un d√©part sur deux mais personne n'en a cure, Von Otter embrase tout et on n'entend plus qu'elle dialoguant avec l'ombre de Marc Minkowski dont on jurerait la patte.

    Trois bis, deux Haendel et un Bach ne seront pas de trop pour refroidir, le dernier √©tant particuli√®rement bien choisi. Pris √† l'allure d'un menuet vif et sautillant, en totale contradiction du propos " repos b√©ni, f√©licit√© de l'√Ęme " susurre Von Otter submerg√©e par les d√©bordements anarchiques des K√∂ln, l'air d'ouverture de la cantate BWV 170 faisait l'effet d'une douche glac√©e.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 27/01/2003
    Eric SEBBAG

    Récital de la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter avec l'ensemble Musica Antiqua Köln dirigé du violon par Reinhard Goebel.
    Claudio Monteverdi : "Con che soavita", concertato pour voix et instruments

    Pier Francesco Cavalli : Sonate pour 2 violons, 3 altos, violoncelle et basse continue

    Johann Christoph Bach : "Ach, dass ich Wassers g'nug hätte", lamento pour voix d'alto, violon, 3 altos et basse continue

    Henry Purcell : Chaconne pour violon, alto et basse continue
    "Thy hands Belinda, darkness shades me", "When I am laid in earth", récitatif et aria extraits de Dido and Aeneas

    Michel Mascitti : Concerto en la majeur pour cordes et basse continue

    Antonio Vivaldi : "Cessate omai cessate", cantate pour mezzo-soprano, cordes et basse continue RV 684

     


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