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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2019

Concert de Riccardo Muti à la tête de l'Orchestre National de France.

Une passion
grondement menée

© Roger Picard

Riccardo Muti peut encore surprendre. À la tête de l'un des meilleurs orchestres du monde la semaine passée, le Philharmonique de Vienne, il n'a proposé qu'un concert pâle et routinier ; cette semaine le voici à la tête du moins réputé Orchestre National de France, et là il se surpasse. La passion a ses raisons que l'esprit ignore.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 23/01/2003
Yannick MILLON
 



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  • Après le concert de la semaine dernière, on pouvait craindre l'ennui causé par une lecture radicalement opposée aux standards actuels dans des oeuvres d'essence religieuse. Cependant le Stabat Mater de Pergolèse vu par Muti possède une réelle ferveur qui fait parfois défaut à certaines lectures pourtant plus philologiquement correctes. Ici, tout est murmure et déploration. Dans des tempos lentissimes, le chef italien parvient à imposer un climat éploré, une douleur rentrée.

    Tout concourt à une impression d'abattement : phrasés à plat et sciemment sans amplitude, attaques souvent émoussées, fondu orchestral permanent, mélange irréel entre l'orgue et les cordes ; de quoi déclencher chez l'auditeur une longue méditation. Cette lecture culmine dans un Quando corpus morietur aux confins du silence, un no man's land musical particulièrement mémorable.

    Désirée Rancatore, jeune soprano de tout juste 25 ans, est dotée d'un organe splendide, même si dans l'absolu peu adapté à ce type de répertoire. Son vibrato ample et généreux s'avère parfois encombrant. Certaines notes auraient gagné à être attaquées sans vibrato, histoire de faire mieux percevoir les dissonances expressives dont est constellée la partition. Mais le timbre aux couleurs automnales de la jeune Italienne fait vite oublier ce désagrément.

    Monica Bacelli, Cherubino ici même l'an passé, possède mieux les clés stylistiques de cette musique. Le timbre très particulier, à la Stutzmann, miaulant et un peu tubé, peut ne pas plaire, d'autant que la voix est plutôt petite dans le grave, et que l'on manque souvent des notes dans les passages en duo.

    Mais les deux chanteuses savent s'accorder et se compléter. Elles font preuve d'une synchronisation remarquable dans la lenteur du Quando corpus, repartant toutes deux après les silences avec d'admirables attaques pianissimo fondues dans l'orchestre. Par contraste, on en regrette presque la futilité d'un Amen conclusif.

    Muti ne joue pas la théâtralisation

    Passé l'entracte, la version orchestrale des 7 dernières paroles du Christ en croix de Haydn plonge elle aussi l'auditeur dans le recueillement. Muti s'y trouve à son aise et jamais, dans ces huit adagios de suite, on n'aura trouvé le temps long.

    Dès la première attaque, on comprend que Muti ne jouera pas la théâtralisation façon Harnoncourt ou la nervosité façon Savall. Le rythme n'est jamais surpointé, le chef prend le temps de façonner un son d'orchestre très policé, et les contrastes de nuances sont quelque peu estompés. D'aucuns trouveront sans doute l'introduction trop peu dramatique, mais elle ouvre la voie à la méditation, voire à la prière.

    En petite formation, le National suit Muti dans ses moindres inflexions. Ce dernier gère les dernières " sonates " avec souplesse et donne aux silences leur raison d'être : une respiration entre deux événements musicaux, pas un simple moment de non-musique. De quoi se sentir comblé et commencer à planer, mais le retour sur terre est d'autant plus ingrat qu'il est provoqué par les grondements du métro qui passe sous le théâtre.

    En réponse, Muti donne un Tremblement de terre agité et bien plus grondant que le métro, dans un tempo très nerveux. Comparé à bien des chefs traditionnels qui prennent ce Terremoto deux fois trop lentement et pas du tout en rupture avec ce qui précède, Muti semble trouver le ton juste, sans jamais en rajouter comme Savall le fait dans cette conclusion. On n'aurait su traduire les affres de la passion avec une plus grondante clairvoyance.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 23/01/2003
    Yannick MILLON

    Concert de Riccardo Muti à la tête de l'Orchestre National de France.
    Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736)
    Stabat Mater en fa mineur (1736)

    Désirée Rancatore, soprano
    Monica Bacelli, alto

    Joseph Haydn (1732-1809)
    Les 7 dernières paroles du Christ en croix (1787)
    (version originale pour orchestre)

     


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