altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Nouvelle production de Jenufa de Leos Janacek au MET de New-York.

Jenufa nourrie
au beurre de Karita

© Henry Grossman

© Henry Grossman - MET

Pour sa nouvelle production de la Jenufa de Janacek, le Metropolitan Opera s'est offert le concours du chef Vladimir Jurowski, de la rayonnante Karita Mattila et d'Olivier Tambosi à la mise en scène. Ici comme ailleurs, la soprano finlandaise a brûlé les planches alors que le metteur en scène s'est fait incendier.
 

Metropolitan Opera, New York
Le 19/02/2003
Stéphane VILLEMIN
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Bayreuth 2018 (2) : Libellules sous haute tension

  • Bayreuth 2018 (1) : La Nuremberg céleste

  • Aix 2018 (4) : Retour gagnant

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Les couleurs éclatantes dévoilées lors du lever de rideau laissent présager une peinture de genre. Un champ de blé blond comme les cheveux de Jenufa se découpe sur un ciel bleu azur, composant un tableau inspiré de Van Gogh.

    Mais au fur et à mesure que l'action se noue, la mise en scène du français Olivier Tambosi dévoile une étude psychologique qui s'éloigne du drame campagnard auquel on aurait pu s'attendre. Plutôt que de composer des personnages, il les regarde se décomposer en étiolant au passage les lieux communs du folklore morave.

    La Kostelnicka, souvent dépeinte comme une bigote granitique, semble ici subir les intransigeances de son caractère plutôt que de présider réellement au destin de Jenufa. Rosalind Plowright qui prête ses traits à l'austère belle-mère, s'avère bien plus une soeur et une confidente de Karita Mattila avec laquelle elle partage la même jeunesse.

    Dans la même veine, Laca n'est plus le minus habens de cette famille recomposée. Sa passion à l'excès pour Jenufa le révolte et ne saurait le contenter d'un rôle de mezzetin ou de sigisbée. La gaucherie de son comportement s'explique par le tourment de ses sentiments. Steva n'est plus qu'un faux flambeur qui révèle sa vraie personnalité de Birdie introverti dès le deuxième acte.

    L'acte central apparaît comme celui des révélations. Un rocher au relief accidenté trône au milieu de la scène, éclairé par une lumière d'un bleu glacial. Au premier plan, Jenufa, sous les traits de Karita Mattila, s'agenouille pour entonner sa prière à la vierge Marie.

    Tableau bouleversant d'une mère qui pressent le pire mais ne veut s'y résoudre, émotion paroxystique transmise autant par un jeu d'acteur saisissant que par la pureté d'une voix dramatique, tout converge pour faire de Mattila une Jenufa d'exception.


    L'acmé de Jenufa

    Cette scène d'anthologie constitue sans conteste l'acmé de l'opéra tout entier, surpassant même, par son intensité dramatique, la révélation de Kostelnicka qui précède le dénouement de la tragédie.

    C'est également dans le deuxième acte que Rosalind Plowright bénéficie d'une ligne de chant plus favorable à sa voix. Ses aigus étroits et verts qui dominent le premier acte font place aux timbres chatoyants du bas de sa tessiture qu'elle tutoie avec plus de naturel.

    Le ténor Adam Klein en Steva compense une gestique empruntée par une voix aussi bien projetée que contrôlée. Dans le rôle du demi-frère, l'Anglais Richard Berkeley-Steele présente a priori l'inconvénient d'une voix claironnante, rehaussée par moments d'un vibrato dramatique d'extraction verdienne. Mais cet écorché alla Fragonard qu'il compose sous la houlette de Tambosi lui permet de retrouver une crédibilité vocale en phase avec la mise en scène.

    Le chef Vladimir Jurowski mène autant qu'il écoute. Il préfère visiblement travailler le rythme et les couleurs harmoniques que d'embarquer ses troupes sur des tempos plus rapides, plus confortables, mais où le détail serait devenu secondaire. En virtuose de la baguette, il scelle l'orchestre et les chanteurs dans une même pulsation. On se demande même comment les errances des solos instrumentaux du deuxième acte ont pu se produire.

    Que le public ait sifflé le metteur en scène lors de la première ne doit pas prêter au contresens. Ce n'est pas tant la symbolique du rocher qui était en cause, que l'impression de déjà-vu, dû au recyclage des décors des productions d'Hambourg (1998) et de Covent Garden (2001).

    Cette Jenufa du Met avait valeur de test pour qui aura la chance de voir cet opéra au Châtelet en mai prochain : le drame familial rassemblera à nouveau Plowright et l'onctueuse Karita ; pas de doute qu'elle fera de nouveau fondre les parisiens.




    Metropolitan Opera, New York
    Le 19/02/2003
    Stéphane VILLEMIN

    Nouvelle production de Jenufa de Leos Janacek au MET de New-York.
    Choeurs et orchestre du Metropolitan Opera
    Direction : Vladimir Jurowski
    Mise en scène : Olivier Tambosi
    Décors et costumes : Frank Philipp Schlössmann
    Eclairages : Max Keller

    Avec Karita Mattila (Jenufa), Rosalind Plowright (Kostelnicka), Richard Berkeley-Steele (Laca), Adam Klein (Steva), Josepha Gaver (la grand-mère), Paul Plishka (le maire), Jane Shaulis (la femme du maire).

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com