altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Nouvelle production des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach à Lausanne.

Les Contes au noir
© Marc Vanappelghem

© Marc Vanappelghem

Depuis Orphée aux Enfers et la Belle Hélène, le tandem Marc Minkowski et Laurent Pelly a démontré son affinité avec l'univers bigarré et corrosif d'Offenbach. Cependant, pour Les Contes d'Hoffmann qui se donnent à Lausanne, ils dévoilent une facette plus rare du compositeur : sa noirceur.
 

Opéra, Lausanne
Le 24/02/2003
Michel PAROUTY
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Salzbourg 2018 (2) : Affreux, sales et méchants

  • Salzbourg 2018 (1) : Justice pour Josef K.

  • Bayreuth 2018 (2) : Libellules sous haute tension

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Depuis combien de temps le musicologue Jean-Christophe Keck suit-il la piste des Contes d'Hoffmann ? Une chose est sûre : après les révisions proposées par Fritz ?ser puis Michael Kaye, c'est désormais son édition critique, publiée dans le cadre de l'édition monumentale qu'il dirige pour Boosey and Hawkes, qui fera autorité.

    Du haut de son Olympe, qui ressemble peut-être à celui du deuxième acte d'Orphée aux Enfers, Offenbach se réjouit-il d'entendre enfin des morceaux jusqu'alors inédits, le finale de l'acte " de Venise ", retrouvé par Keck au château de Cormatin, ou le duo du cinquième acte entre Hoffmann et la Stella, sirène dont le chant séduit le poète mais qu'il finit par repousser ? Ce qui est sûr, c'est que les Contes se présentent, désormais, sous le jour le plus achevé, et dans un souci de parfaite fidélité aux intentions de leur géniteur.

    Sans doute Marc Minkowski doit-il regretter de n'avoir pas eu à ses côtés ses Musiciens du Louvre ; l'Orchestre de chambre de Lausanne, qu'on a connu plus percutant, n'est pas pressé de répondre à ses intentions. Et pourtant, chaque mesure, chaque phrase se déploie, respire, chante. Voudrait-il cacher son amour pour la musique d'Offenbach qu'il ne le pourrait pas. Rigueur et lyrisme réunis pour le meilleur : il est à son affaire.

    En parfait accord avec son habituel complice en terre offenbachienne, Laurent Pelly, il impose une vision dramatique, contrastée, sombre, étreignant, soulignée par la beauté glacée des décors de Chantal Thomas. Avec une réelle tendresse pour Hoffmann, éternel perdant, grandi par la douleur. Marlin Miller l'incarne avec fougue et ferveur, jusqu'à faire oublier que, vocalement, le rôle, trop lourd pour lui, l'épuise.

    L'atout de la mise en scène ? Sa droiture, sa simplicité. Pas de ces plaisanteries faciles auxquelles Pelly, parfois, succombe. Mais l'évocation idéalement juste d'un monde gris et sans lumière, où la vie fait mal.


    Direction d'acteurs exemplaire

    DMais ces Contes sont aussi pour le directeur du Centre Dramatique National des Alpes de montrer ses talents de directeur d'acteurs. De ses interprètes, il sait tout exploiter, l'élégance de Frank Leguérinel (Herlann/Schlemil), la verve comique de Steven Cole (les serviteurs), l'ardeur juvénile de Stéphanie d'Oustrac, aussi crédible en Muse consolatrice que dans le travesti de l'étudiant Nicklausse, le timbre superbe de Sylvie Brunet (la Mère, dont on voit seulement la projection d'un portrait déformé à la Edvard Munch), la spontanéité de François Le Roux (Crespel).

    Les quatre incarnations maléfiques (Lindorf/Coppélius/le docteur Miracle/Dappertutto) sont, pour Laurent Naouri, l'occasion de métamorphoses saisissantes, de celles qui marquent une carrière en pleine ascension. L'insolence et la santé vocales, l'excellence de la diction font le reste.

    De Mireille Delunsch, on attend tout, et l'on est comblé. Stella, la cantatrice, Olympia, l'automate aux affolantes vocalises, Antonia, qui meurt d'amour et de musique, Giulietta, la courtisane au regard blasé, aucune ne lui résiste. La voix change de couleur avec une confondante aisance, n'esquive aucune difficulté. Bien plus qu'une performance, c'est du grand art.

    On croyait connaître Les Contes d'Hoffmann, pilier du répertoire et fleuron de l'opéra-comique. Minkowski, Pelly et leurs complices révèlent leur visage caché, troublant, inquiétant, vraiment romantique et plus seulement romanesque. À l'évidence, Offenbach y trouve son compte.

    Coproduit avec Bordeaux et Marseille, ce spectacle exemplaire se doit d'être applaudi à Paris.




    Opéra, Lausanne
    Le 24/02/2003
    Michel PAROUTY

    Nouvelle production des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach à Lausanne.
    Orchestre de chambre de Lausanne
    Direction musicale : Marc Minkowski
    Mise en scène : Laurent Pelly

    Avec Marlin Miller (Hoffmann), Mireille Delunsch (Stella/Olympia/Antonia/Giuliette), Laurent Naouri (Crespel/Coppélius/Dr Miracle/Dappertutto).

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com