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CRITIQUES DE CONCERTS 31 octobre 2020

Nouvelle production de La donna del Lago de Gioacchino Antonio Rossini.

Haut niveau lacustre
© Op√©ra Royal de Wallonie

© Opéra Royal de Wallonie

La visite annuelle du maestro Alberto Zedda à Liège est l'occasion pour la modeste maison d'opéra wallone de mettre les petits plats dans les grands. C'est également la démonstration qu'avec peu de moyens, on peut se permettre une distribution de haut niveau comme pour cette Donna del Lago dominée par l'inusable Rockwell Blake.
 

Opéra Royal de Wallonie, Liège
Le 21/02/2003
Camille de RIJCK
 



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  • Inspir√© de Walter Scott, ma√ģtre de l'√©cole des romanciers frivoles, La Donna del lago d√©roule une intrigue romantique d'un ennui saisissant : l'amour de trois hommes pour une m√™me femme sur fond de guerre civile √©cossaise, deux des amants √©tant du clan des rebelles et le troisi√®me rien d'autre que le Roi d'Ecosse.

    La fin est à l'avenant : un amant meurt, terrassé par le roi tandis que le pardon de ce dernier est accordé au deuxième qui s'en va épouser La Donna del Lago. Happy end, lieto fine, appelez ça comme vous voudrez, le fait est qu'aujourd'hui il est difficile de prendre fait et cause pour l'un de ces personnages caricaturaux et fort éloignés des problèmes existentiels de la ménagère de moins de cinquante ans.

    Il faut donc se lever de bonne heure pour inventer une mise en sc√®ne captivante, et manque de chance, Martine Servais para√ģt plut√īt √™tre une l√®ve-tard. On se souviendra longtemps de cette Favorite o√Ļ de d√©licieux faux nus c√ītoyaient une In√®s d√©guis√©e en petit robot, et port√©e √† bras-le-corps par le choeur dans un style tr√®s " revue de cabaret ".

    De plus, pour difficile qu'elle soit à monter, cette Donna del lago collectionne les maladresses : par exemple, a-t-on idée d'exiger de Bruce Fowler (Rodrigo) qu'il chante son grand air depuis le fond de la scène et de lui faire monter et descendre des escaliers, tandis que sur la partition les contre notes défilent à vive allure ?

    Enfin, on sourira de ce choeur de guerriers √©cossais, habill√©s √† la Bravehart, et de la cour du Roi Giacomo V habill√©e en costumes XIXe si√®cle et qui observent la Donna chanter son rondo final avec des jumelles de th√©√Ętre. Les quelques hu√©es recueillies √† la fin du spectacle sont peut-√™tre un peu exag√©r√©es, mais on se sent mal √† l'id√©e de la somme qu'√† d√Ľ co√Ľter cette production.


    Les aventures du plateau

    Le plateau vocal, quant à lui, a connu quelques aventures, à commencer par la défection de Daniella Barcellona (qui ne chantera que les trois dernières représentations) remplacée au pied levé par Agata Bienkowska qui chante ici son tout premier Malcolm.

    √Ä l'instar de son a√ģn√©e, Jennifer Larmore, la voix de la jeune mezzo-soprano √Ęg√©e de 26 ans souffre de quelques probl√®mes d'in√©galit√© des registres : un aigu en force et relativement puissant, un m√©dium discret et impersonnel et des graves fabriqu√©s aux sonorit√©s improbables.

    Les vocalises, quant à elles, sont parfaites. L'essentiel est, toutefois, de souligner le courage de cette jeune artiste dont on entendra certainement parler à l'avenir.

    Autre souci : l'état de santé de Bruce Fowler dont on a suivi la prestation avec inquiétude. Dès son entrée en scène, on voit à la mine déconfite du ténor américain que quelque chose ne va pas et - à entendre les vocalises savonnées et les aigus boiteux de ce ténor pourtant habitué à ce genre d'exercices - on se dit qu'il ne tiendra pas jusqu'au bout.

    Le pire est atteint quand à la fin de son air d'entrée l'aigu final s'étrangle et que le chanteur reste au-devant de la scène, la bouche grande ouverte pendant que l'orchestre ponctue sa phrase. Une annonce de la direction eut été la bienvenue, elle aurait eu le mérite d'éviter au chanteur de se faire huer alors que sa prestation a été pour le moins courageuse.



    Blake le héros

    La Donna de Iano Tamar n'est pas un mod√®le de rayonnement, les couleurs sombres de sa voix et la discr√©tion de l'actrice font que le r√īle titre de l'op√©ra passera plus au moins inaper√ßu jusqu'√† son rondo final, √† la faveur d'un orchestre jouant en sourdine et malgr√© des vocalises produites entre les dents.

    Le h√©ros de la soir√©e fut donc Rockwell Blake qu'on adore √† Li√®ge. Si le t√©nor am√©ricain √Ęg√© de 52 ans expose un timbre d√©fait (√† la limite du timbre de caract√®re), on reste b√©at d'admiration face √† la technique sans faille, les vocalises surhumaines et √† l'engagement de celui qui demeure, apr√®s vingt ans d'activit√©, le meilleur t√©nor rossinien.

    L'orchestre et les choeurs de l'Opéra Royal de Wallonie, sous la direction d'Alberto Zedda ont l'habitude de se transcender quand le petit chef de Pesaro vient à leur rencontre. La fatigue aura engendré quelques imprécisions mais le travail et l'engagement restent exemplaires.

    Après l'enthousiasmant Tancredi d'Ewa Podles en 1998, Le Voyage à Reims si rare et si difficile à distribuer, la Semiramide superlative de 2001 avec Podles et Blake ainsi que de la Sonnambula avec Annick Massis, l'opéra Royal de Wallonie a prouvé qu'il est possible de défendre dignement le Bel Canto en sortant des sempiternelles Lucia et autres Norma.




    Opéra Royal de Wallonie, Liège
    Le 21/02/2003
    Camille de RIJCK

    Nouvelle production de La donna del Lago de Gioacchino Antonio Rossini.
    Mélodramma en deux actes sur un livret de Leone Tottola,
    d'après le poème narratif de Sir Walter Scott " The Lady of the Lake "


    Orchestre et Choeurs
    de l'Opéra Royal de Wallonie
    Direction musicale : Alberto Zedda
    Mise en scène : Claire Servais

    Décors : Dominique Pichou
    Costumes : Jean-Pierre Capeyron
    Lumières : Jacques Chatelet

    Avec Elena : Iano Tamar
    Malcolm : Daniela Barcellona
    Albina : Emilienne Coquaz
    Uberto : Rockwell Blake
    Rodrigo : Bruce Fowler
    Douglas : Léonard Graus
    Bertram : Patrick Delcour

     


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