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CRITIQUES DE CONCERTS 06 juillet 2020

Le Voyage d'hiver de Franz Schubert interprété par le ténor Ian Bostridge et le pianiste Leif Ove Andsnes.

Le voyage d'un ténor lunaire
© Mike Owen - EMI

© Mike Owen - EMI

Il y a incontestablement un style, une originalité Bostridge. Le jeune ténor anglais est de ces artistes qui ne font rien comme les autres, et qui, grâce à leur talent et leur personnalité, renouvellent l'intérêt des partitions les plus connues. Il vient de le démontrer encore avec Winterreise lundi dernier au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 03/03/2003
Gérard MANNONI
 



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  • Ian Bostridge n'a pas un " physique de ténor ", mais, avec sa maigreur, ses jambes interminables et sa silhouette dégingandée, plutôt une allure de Valentin le désossé, avec la tête d'un étudiant surmené d'Oxford qui a passé trop de nuits blanches sur ses livres.

    Et d'ailleurs, il ne cesse de bouger devant son piano, de se passer la main dans les cheveux, avec le naturel du jeune homme de bonne famille qui vient d'enlever sa cravate pour chanter Schubert en toute décontraction devant quelques amis dans le salon de sa grand-mère.

    Car point d'habit ni de nœud-pap pour lui. Un costume sombre et un col ouvert. On ne s'en plaindra pas mais il ne faut pas s'y tromper. Ce ne sont pas détails insignifiants.

    C'est un style qui correspond à une interprétation exceptionnelle de vie, de jeunesse, de sincérité, d'investissement émotionnel sans jamais sombrer dans un mélodrame excessif ni dans la sentimentalité exaspérante de tant de barytons germaniques spécialistes de l'oeuvre.

    Bostridge n'a pas ce que l'on peut appeler une " belle voix de ténor ", comme certains Italiens ou certains sud-américains. Mais il en fait un usage fabuleux d'intelligence musicale et textuelle.

    Totalement habité par cette musique et ces textes, il les traite quasiment dans un expressionnisme proche du Pierrot Lunaire, ce qui est une des vérités fondamentales de cet univers de plus en plus abstrait et visionnaire, voire hallucinatoire au fil des Lieder.

    On songe à l'exceptionnelle interprétation que Jon Vickers avait confié au disque il y a une vingtaine d'années, et qui avait alors été assez mal comprise, tant on était habitués à la tradition contradictoire des Fischer-Dieskau et autres Herman Prey, oubliant le génie d'une approche comme celle d'un Hans Hotter, elle aussi très neo-expressionniste.

    Il faut ajouter qu'au piano, Leif Ove Andsnes a été un complice tout aussi inspiré, jouant ce rôle de premier plan en vrai pianiste schubertien et pas en accompagnateur qui pratique tous les styles sans en approfondir aucun.

    Un concert d'une qualité rare, longuement acclamé, d'ailleurs, une impression de sortir de la routine des concerts habituels, d'être confrontés à des artistes qui ont vraiment quelque chose de fondamental à dire et qui se donnent sans restriction pour le faire ; et tant mieux s'ils ont l'air d'avoir fait le voyage depuis une autre planète.




    Lire aussi :
    Un entretien avec le ténor
    Le dernier disque du tamdem Bostridge-Andnes




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 03/03/2003
    Gérard MANNONI

    Le Voyage d'hiver de Franz Schubert interprété par le ténor Ian Bostridge et le pianiste Leif Ove Andsnes.
    Franz Schubert : Winterreise
    Ian Bostridge, ténor
    Leif Ove Andsnes, piano

     


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