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CRITIQUES DE CONCERTS 05 avril 2020

Opera seria de Gassmann au Théâtre des Champs-Elysées, Paris.

Pas si seria que ça
© Alvaro Yanez

On a longuement attendu l'arrivée de cette coproduction du Théâtre des Champs-Elysées avec le Staatsoper de Berlin et le Festival de Schwetzingen, on n'a pas été déçu : avec près de trois heures d'hystérie et de rire, Opera seria a tenu ses promesses, grâce notamment à l'intelligence du tandem Martinoty-Jacobs, mais aussi de par la qualité d'une distribution étonnante.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 28/03/2003
Yutha TEP
 



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  • PrĂ©cisons tout d'abord que l'on n'a pas attendu notre temps pour brocarder les travers et ridicules du monde de l'opĂ©ra : fort judicieusement, le livret du Théâtre des Champs-ElysĂ©es livre au public quelques extraits du fort fĂ©roce Teatro alla moda de Benedetto Marcello, aristocrate vĂ©nitien, compositeur fort estimĂ© en son temps, et plume tranchante comme le rasoir. Divi et dive en prennent pour leur grade, et Florian Leopold Gassmann, en 1769, passe son tour Ă  l'acte en 1769 avec un opĂ©ra comique en trois actes non moins vitriolĂ©s, Opera Seria. Il Ă©tait Ă  vrai dire bien placĂ© pour en parler : compositeur Ă  succès (La Contessina, notamment, rencontra un succès phĂ©nomĂ©nal, au sein d'une oeuvre plĂ©thorique), en odeur de saintetĂ© Ă  la cour impĂ©riale de Vienne, il se trouva en contact avec les plus grandes Ă©toiles du chant, ses deux filles menant par ailleurs de très honorables carrières de cantatrice.

    Et on peut dire que Gassmann a fait mouche, aidé par le livret de Calzabigi, l'auguste auteur d'Orfeo ed Euridice, acteur essentiel donc de la révolution gluckiste. Passé un premier acte d'exposition un peu languide (trois dive, la Stonatrilla, la Smorfiosa et la Porporina, flanquées de leur mère respective, et un divo, Ritornello, accourrent à l'appel de l'impresario Fallito pour monter un opéra au nom étrange de Oranzebbe
    ), ce n'est plus que situations hilarantes et disputes à mourir de rire, au final une parfaite illustration de ce que l'histoire a conservé d'une sorte d'âge d'or du monde lyrique. Si l'écriture musicale en elle-même ne présente pas de qualités frappantes, elle sert néanmoins à la perfection le projet satirique (les dames ont à chanter des airs d'une difficulté que ne renierait pas un véritable opera seria).


    Cette oeuvre passerait-elle la rampe d'une représentation sans des forces musicales et théâtrales de première force ? On ne s'est pas, à vrai dire, posé la question tant le duo Jacobs-Martinoty a manié idéalement toutes les ficelles d'un humour aussi décapant que raffiné. Le metteur en scène a fixé le décor – c'est bien le cas de le dire – en posant au fond de la scène, une immense photo du Théâtre des Champs-Elysées lui-même, histoire de rappeler que notre scène lyrique actuelle n'est pas avare d'absurdités et de non-sens. Disséminant des comparses dans le public, Martinoty a aussi réussi à recréer l'espace d'une soirée, l'ambiance hystérique qui devait régner en ce temps, pour la représentation dans la représentation, à savoir l'acte III, où l'on assiste à la première d'Oranzebbe. Attentif aux situations, saisissant au rebond la moindre des idées de Martinoty, René Jacobs a lui aussi étourdi par une direction d'une inventivité permanente.
    Et la distribution a suivi sans broncher les intentions du tandem. Grâce soit rendu aux trois hystériques (Janet Williams, Miah Persson et Alexandrina Pendatchanska) pour leur prestation, sautillant, se roulant par terre et se crêpant le chignon tout en vocalisant, trillant et délivrant contre-note sur contre-note, avec une facilité et une précision hallucinantes. Les hommes – là aussi, un cast sans faille avec Marco Zeffiri, Jeremy Ovenden, Klaus Häger, Riccardo Novarro et Pietro Spagnoli – ne sont pas restés en retrait, et on gardera un souvenir durable du trio maternel (trois hommes travestis, Dominique Visse, Stephen wallace et Curtis Rayam). Dernier acteur et quel acteur : un Concerto Köln survolté, plus percutant que jamais, d'une précision clinique.

    Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour sérieusement réussir une oeuvre qui, elle, ne se prenait pas au sérieux. A quand une reprise de ce spectacle mémorable ?




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 28/03/2003
    Yutha TEP

    Opera seria de Gassmann au Théâtre des Champs-Elysées, Paris.
    Opera seria
    Opéra comique en trois actes de Florian Leopold Gassmann sur un livret de Ranieri de'Calzabigi (1769).

    Direction musicale : René Jacobs
    Mise en scène : Jean-Louis Martinoty
    DĂ©cors : Hans Schavernoch
    Costumes : Daniel Ogier
    Lumières : Jean Kalman

    Concerto Köln

    Avec Mario Zeffiri (Ritornello), Jeremy Ovenden (le compositeur Sospiro), Klaus Häger (le poète Delirio), Pietro Spagnoli (l'impresario Fallito), Riccardo Novaro (le maître à danser Passaglio), Alexandrina Pendatchanska (La Stonatrilla), Miah Persson (La Smorfiosa), Janet Williams (La Porporina), Dominique Visse (Befana, mère de Smorfiosa), Stephen Wallace (Caverna, mère de la Stonatrilla), Curtis Rayam (Bragherona, mère de Porporina).

     


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