altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 24 septembre 2020

Première des Boréades au Palais Garnier, Paris.

Les Boréades dans le noir
© Eric Mahoudeau

Voil√† 239 ans que l'ultime trag√©die lyrique de Rameau attendait de faire son entr√©e √† l'Op√©ra de Paris. ¬Ćuvre maudite ? Peut-√™tre, car cette premi√®re ne fut pas de tout repos. Mais au final, une musique sublime, r√©sistant √† tous les traitements. Rameau est bien le grand triomphateur de cette production des Bor√©ades.
 

Palais Garnier, Paris
Le 28/03/2003
Françoise MALETTRA
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Retour √† la vie moderne

  • Salzbourg 2020 (5) : R√©apprendre la coh√©sion

  • Salzbourg 2020 (4) : √Čvidence bruckn√©rienne

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Pour une fois, le fant√īme de l'Op√©ra n'√©tait pour rien dans l'insolente panne d'√©lectricit√© qui a bien failli compromettre les amours d√©j√† difficiles des h√©ros des Bor√©ades. Contre les caprices d'un transformateur de la voisine rue Tronchet, Bor√©e, le dieu des vents du Nord en personne, risqua de perdre d√©finitivement la partie avant l'heure fix√©e par Rameau. Noir total au premier entracte, longue errance du public dans l'obscurit√© des foyers, reprise sur un troisi√®me acte √† son tour frapp√© de plein fouet par un nouveau blackout. EDF, qui s'√©tait montr√©e trop chiche en puissance, corrige, et le courant est r√©tabli, sans plus d'incidents, jusqu'√† la fin (tardive) du spectacle.

    Difficile, dans de telles conditions, de juger honnêtement d'une production tant attendue, qui faisait enfin son entrée au répertoire de l'Opéra de Paris, après un long purgatoire de 239 ans, interrompu en 1982 au Festival d'Aix-en-Provence, et en 1999 au Festival de Salzbourg. Car l'Académie Royale de Musique, commanditaire de l'oeuvre à Rameau, n'honorera pas ses engagements : la création qui devait avoir lieu en 1763 sera ajournée, pour ne pas dire purement et simplement censurée, en raison des aspects subversifs d'un livret, jugé d'inspiration franc-maçonnique, qui mettait en scène un pouvoir déniant toute liberté à l'individu et le droit d'une reine à l'insoumission au nom de l'amour. Rameau devait mourir un an plus tard, abandonnant au silence un ultime chef d'oeuvre, qui à l'image de ceux qui l'avaient précédé, ouvrait une voie royale à Gluck et Mozart.


    La partition des Boréades regorge d'inventions, d'idées musicales lancées, variées, masquées ou clairement énoncées, qui tissent les liens du tissu dramatique, cernent et enlacent les personnages en leur donnant de la chair et du sens. Elles disent la violence, la cruauté, la terreur, la douceur des amours et la force invincible des sentiments. On est loin, très loin, d'un Rameau au coeur aride et à la raison triomphante, mais si proche du musicien philosophe qui tient à distance Voltaire et Rousseau, et livre l'art des temps à venir dans la vision prophétique d'une société en marche vers son nouveau destin.

    Faut-il mettre sur le compte d'une soirée passablement perturbée, les imprécisions de l'Orchestre des Arts Florissants et les quelques difficultés à réaliser une véritable fusion entre la fosse et le plateau ? Peu importe. William Christie restitue toute la splendeur et les raffinements de la musique de Rameau, en engageant musiciens et chanteurs dans un même élan de jeunesse, toujours habité par la rigueur d'un style dans lequel ils excellent.

    La distribution est domin√©e par Paul Agnew, magnifique Abaris, et les trois barytons fran√ßais Laurent Naouri, St√©phane Degout et Nicolas Rivenq, indiscutablement parmi les meilleurs de leur g√©n√©ration. Malgr√© de beaux accents, une r√©elle pr√©sence sc√©nique et une science du chant qui n'est pas en cause, Barbara Bonney, Alphise, se heurte aux lois de la d√©clamation baroque, ou pire, semble les ignorer. Quant √† la chor√©graphie d'Edouard Lock, entre gymnastique rythmique (mais sur pointes) et corps d√©cha√ģn√©s d'une jeunesse affol√©e, elle donne le sentiment de raconter une histoire √©trang√®re √† celle qui nous est donn√©e √† entendre par Rameau.


    Pour c√©l√©brer cet hymne √† la libert√© et √† la fraternit√©, Robert Carsen imagine un champ de fleurs au premier acte, et un tapis de feuilles d'automne au second, s'envolant d'immenses parapluies retourn√©s. Atmosph√®re Peace and Love, prestement r√©prim√©e par des hommes en noir, arm√©s de r√Ęteaux balayeurs, d√©termin√©s √† r√©tablir l'ordre dans le royaume.
    On était loin du merveilleux baroque et de ses enchantements, mais on savait déjà qu'Alphise, la reine insoumise, refusait de prendre pour époux un des princes boréades désignés par les dieux, et qu'elle aimait Abaris, un jeune homme sans naissance. On se doutait qu'elle ne céderait pas. Les images en noir et blanc, belles mais glacées, allaient alors servir de cadre à la fête tragique : révolte de la reine, colère des dieux, ouragan sur la cité dévastée, enlèvement de la rebelle et descente aux enfers.
    Mais soudain le d√©cor d'√©pure et la po√©sie retrouve en partie ses droits dans la sc√®ne des √©preuves dont Abaris sortira vainqueur, par la gr√Ęce d'une √©p√©e enchant√©e, don de la reine Alphise, qui elle-m√™me la tenait du dieu Amour. L'apparition d'Apollon, deus ex machina, suspendu dans les airs est le seul clin d'¬úil √† la magie baroque, singuli√®rement absente du projet sc√©nique. Heureusement, c'est Rameau qui a le dernier mot. En s'accordant une ultime contredanse, le divertissement contre les larmes, il fait savoir qu'il entend faire exactement ce qu'il lui plait, et rejoint le cri de la nymphe : Le bien supr√™me, c'est la libert√©.

    Représentations les 3,6,8,10,13,15,17 avril 2003




    Palais Garnier, Paris
    Le 28/03/2003
    Françoise MALETTRA

    Première des Boréades au Palais Garnier, Paris.
    JEAN-PHILIPPE RAMEAU (1683-1764)
    LES BOREADES

    (Tragédie en musique en cinq actes, 1763)
    Livret attribué à Louis de Cahusac

    Danseurs : La La La Human Steps (compagnie invitée)
    Direction musicale : William Christie
    Mise en scène : Robert Carsen
    Décors et costumes : Michael Levine
    Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet
    Dramaturgie : Ian Burton

    Avec Barbara Bonney (Alphise), Anna-Maria Panzarella (S√©mire), Ja√ęl Azzaretti (Une nymphe, Polimnie), Paul Agnew (Abaris), Toby Spence (Calisis), Laurent Naouri (Bor√©e), St√©phane Degout (Boril√©e), Nicolas Rivenq (Adamas, Apollon).

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com