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CRITIQUES DE CONCERTS 28 novembre 2020

Concert de l'Orchestre de la Staatskapelle de Dresde sous la direction de Bernard Haitink au festival de Salzbourg 2002.

Salzbourg 2002 (4):
Péril au sommet

A Salzbourg, hormis les très convoitées productions d'opéra et les concerts du Philharmonique de Vienne, on peut toujours assister à des concerts de prestigieux orchestres invités. A la toute fin du festival, celui de la Staatskapelle de Dresde sous la direction de Bernard Haitink, après une première partie enthousiasmante, connut une deuxième partie bien périlleuse.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 29/08/2002
Yannick MILLON
 



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  • Le programme, entièrement consacré à Richard Strauss, couvre l'ensemble de l'activité créatrice du compositeur. Le prélude de Guntram tout d'abord, premier opéra d'un compositeur qui en écrira quatorze, dans lequel se fait sentir l'ombre immense de Wagner. On croirait entendre le prélude de Lohengrin, avec ses cordes divisées et la tonalité de la majeur. Les Quatre derniers lieder ensuite, dernier adieu au romantisme, aussi tardivement qu'en 1948, synthèse de toute l'habileté et le génie de Strauss à écrire pour la voix féminine. Retour en arrière enfin avec la Symphonie alpestre, délirante fresque sonore de cinquante minutes sur des souvenirs de randonnée en montagne.

    Et que la soirée commence bien avec le prélude de Guntram ! Haitink, dont on connaît le goût pour un son d'orchestre très propre, s'avère on ne peut plus à l'aise dans cette partition toute de finesse, de solos délicats, d'orchestration raffinée. Les sonorités de l'orchestre, l'équilibre dans les bois, la justesse aussi, sont admirables. Les attaques soignées et la transparence des Dresdois rappellent à chaque instant que la Staatskapelle, avec sa très forte tradition, est à Strauss ce que le Concertgebouw d'Amsterdam est à Mahler, ce que le Philharmonique de Vienne est à Bruckner.

    Pour les Quatre derniers lieder, le miracle sera le même, Haitink prenant le temps de sculpter un son d'orchestre idéal, faisant entendre des merveilles : sonorités d'orgue à la fin de Frühling, climat d'une sérénité absolue avec un solo de cor à tomber dans September, conclusion de Im Abendrot d'une rare beauté, avec une pureté d'intonation boulézienne.


    Glaçon finlandais

    En revanche, la soprano finlandaise Soile Isokoski est vraiment décevante. On a rarement fait mieux dans le genre glaçon. Sa présence très froide va de pair avec une conception instrumentale de ces chants qui demandent un tout autre investissement, une présence féminine qui laisse transparaître les blessures de la vie, le regard sur une existence proche de sa fin. Les derniers paroles de Im Abendrot : Ist dies etwa der Tod ? ne laissent passer aucune inquiétude, aucun sentiment d'angoisse devant l'inconnu. La voix est jolie, mais vite couverte dans le médium, et le vibrato, systématique et jamais modulé de manière expressive, est uniquement décoratif. On est bien loin d'une Elisabeth Schwarzkopf, une Lucia Popp ou une Karita Mattila. C'est de la conception de Gundula Janowitz que se rapproche le plus celle d'Isokoski, timbre exceptionnel en moins.

    Après l'entracte, la Symphonie alpestre, qui s'annonçait grandiose eu égard à la performance de l'orchestre en première partie, sera pour le moins houleuse. D'abord, Haitink ne semble pas savoir par quel bout empoigner l'oeuvre. Après une Nuit au climat prégnant, un Lever de soleil éclatant, le chef néerlandais est maladroit dans l'Ascension et dans les épisodes qui suivent, en raison d'une battue alla breve pas assez tonique privant ces passages de l'énergie qui est la leur dans un vrai quatre temps, ou dans un deux temps semi-décomposé. Certains pupitres – les cors, les trombones surtout – font plaisir à entendre mais par moments, l'orchestre sonne de manière provinciale – très banal solo de hautbois, au son étriqué.


    Multiples "pains"

    A partir de Au sommet, la précision n'est plus à l'ordre du jour – constant décalage entre l'avant et l'arrière de l'orchestre – et les musiciens ne cessent de faire des accrocs un peu partout. Les vingt dernières minutes ont dû être un cauchemar pour Haitink, échoué au milieu des dizaines de pains des cuivres qui ratent toutes leurs interventions difficiles et font preuve d'une justesse calamiteuse – les trompettes. Il n'y a guère que Nuit qui permette de retrouver un jeu d'orchestre correct.

    Nous sommes tout de même très loin de la réussite d'un Karajan, pour ne rien dire de l'éblouissant Thielemann qui a su transformer cette oeuvre descriptive en un hymne panthéiste à la portée cosmique. Mais ce soir, pour Haitink, ça n'était pas hymne cosmique mais plutôt péril au sommet !




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 29/08/2002
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre de la Staatskapelle de Dresde sous la direction de Bernard Haitink au festival de Salzbourg 2002.
    Richard Strauss (1864-1949)

    Prélude au premier acte de Guntram, op.25 (1893)

    Quatre derniers lieder (1948)
    Soile Isokoski, soprano

    Symphonie alpestre, op.64 (1915)

    Orchestre de la Staatskapelle de Dresde
    direction : Bernard Haitink

     


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