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CRITIQUES DE CONCERTS 15 décembre 2019

Reprise de Parsifal dans la mise en scène de Graham Vick à l'Opéra de Paris.

Grisaille sur le Graal
© Eric Mahoudeau

Malgré une météo clémente, le mois d'avril de la saison musicale parisienne se sera déroulé sous le signe de la grisaille. La reprise du Parsifal de Graham Vick et James Conlon à l'Opéra Bastille n'y aura pas échappé, principalement en raison d'une direction musicale erratique et d'une mise en scène bien terne.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 09/04/2003
Yannick MILLON
 



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  • Qu'il est triste de voir le dernier opus wagn√©rien sabord√© √† ce point par un chef en m√©forme totale ! Et pourtant, la soir√©e commence sous de bons augures. Conlon monte au pupitre dans le noir et commence √† diriger, bravant un bruit de salle qui laisse penser que la pneumopathie atypique doit couver chez bon nombre de spectateurs. Malgr√© les toussotements, le Pr√©lude installe un vrai climat. Certes plus appliqu√© que v√©ritablement inspir√©, il se d√©roule dans un tempo judicieux et b√©n√©ficie de couleurs s√©duisantes.

    Dans l'ensemble, le premier acte se tient, sans d√©faut ni g√©nie. La suite n'est en revanche qu'une lente descente dans les ab√ģmes de l'ennui. Le deuxi√®me acte, noir, tendu et dramatique est ici laborieux, gomm√© de tout mal√©fice du jardin de Klingsor. Dans le lyrisme puis l'extr√™me tension de la confrontation Parsifal-Kundry, Conlon dirige mollement et lentement, √©touffant la moindre intervention des cuivres.

    Il en ira de même pour un troisième acte complètement plombé. Les cinquante premières minutes sont presque insoutenables d'immobilité et de torpeur, et l'on voit partout dans la salle des auditeurs gigoter d'ennui sur leur fauteuil. Voilà ce qui arrive quand on confie la direction d'un Parsifal à un chef qui aime Wagner mais que Wagner n'aime pas.

    Cela dit, ne jetons pas la pierre uniquement √† Conlon car la mise en sc√®ne de Graham Vick est loin d'√™tre inoubliable. Obs√©d√© par les plates-formes tournantes ¬Ė on se souvient de sa Lulu au festival de Glyndebourne ¬Ė le metteur en sc√®ne britannique ne fait qu'illustrer un peu na√Įvement le drame wagn√©rien, sans jamais en renouveler l'approche ¬Ė troisi√®me acte √† mourir d'ennui. Certains choix de Vick sont carr√©ment risibles, comme sa fin de deuxi√®me acte, o√Ļ la lance cens√©e s'arr√™ter au dessus de la t√™te de Parsifal est apport√©e par un ange d'une gaucherie √©pouvantable, marchant au pas, l'air ind√©cis.


    Costumes dignes de Sacré Graal

    De m√™me, Amfortas essayant tant bien que mal de sortir le d√©funt Titurel de son cercueil ressortit plut√īt √† un mauvais p√©plum qu'√† une sc√®ne lyrique internationale. De plus, on ne peut s'emp√™cher de sourire devant les costumes mis√©rabilistes des chevaliers, qui tiennent plus des Monty Python que d'une sc√©nographie moderne et esth√©tisante.

    On peut aussi se contenter d'√©couter les voix. On aura ainsi pu d√©couvrir un excellent Parsifal en la personne de Clifton Forbis, dont c'est la premi√®re apparition √† l'Op√©ra de Paris. Le timbre est beau, jeune et homog√®ne sur toute la tessiture, la projection id√©ale. Une belle pr√©sence dans le t√™te-√†-t√™te avec Kundry et des aigus lumineux dans Nur eine Waffe taugt confirmeront le talent du t√©nor am√©ricain. On ne regrettera m√™me pas Domingo qui avait chant√© le r√īle-titre ici-m√™me en 2001.

    De m√™me, remplacer Hampson, Amfortas livide et geignant, par Albert Dohmen restera une id√©e lumineuse. Enfin un baryton qui a de vrais moyens pour ce r√©pertoire, une voix √©gale et bien timbr√©e dans tous les registres ! Le grain de la voix, noire, sonore et id√©alement projet√©e gr√Ęce √† une technique en b√©ton, passe l'orchestre sans la moindre difficult√©. Le baryton allemand, avec ses moyens colossaux, d√©livre un monologue du premier acte culminant sur deux Erbarmen absolument d√©chirants d'intensit√©, de d√©sespoir, et vocalement assur√©s comme l'√©taient jadis ceux de George London.

    En revanche, le Gurnemanz de Kristinn Sigmundsson, nettement moins exceptionnel, semble toujours √† court de projection et de souffle, et se tire moyennement de son monologue. Pire, Katarina Dalayman en Kundry est un contre-emploi, avec sa voix trop petite et trop douce de timbre, le seul r√īle f√©minin de l'op√©ra exigeant de tout autres moyens que ceux d'une jolie voix couverte d√®s que l'orchestre joue mezzo forte.

    Pour parachever une production bien terne, des choeurs vraiment moyens √† l'intonation d√©faillante ¬Ė les aigus des sopranos plafonnent en permanence ¬Ė qui portent √† croire que le travail de Woodbridge √† l'Op√©ra de Lyon porte autrement plus ses fruits que celui de Burian dans la capitale, et un ensemble de Filles-Fleurs absolument indigent, o√Ļ toute la rondeur et la beaut√© de timbre n√©cessaires sont remplac√©s par du vinaigre.

    Devant une telle grisaille, comment ne pas donner raison à Amfortas qui ne veut pas découvrir le Graal ?




    Opéra Bastille, Paris
    Le 09/04/2003
    Yannick MILLON

    Reprise de Parsifal dans la mise en scène de Graham Vick à l'Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret de Richard Wagner d'après Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra National de Paris
    direction : James Conlon
    mise en scène : Graham Vick
    décors et costumes : Paul Brown
    éclairages : Matthew Richardson
    chorégraphie : Ron Howell
    chef des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Albert Dohmen (Amfortas), Gudjon Oskarsson (Titurel), Kristinn Sigmundsson (Gurnemanz), Willard White (Klingsor), Clifton Forbis (Parsifal), Katarina Dalayman (Kundry), Mihajlo Arsenski (Premier chevalier du Graal), Yuri Kissin (Second chevalier du Graal), Valérie Condoluci (Premier écuyer), Karine Deshayes (Deuxième écuyer), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Troisième écuyer), Sergei Stilmachenko (Quatrième écuyer), Nona Javakhidze (une voix d'alto), Aline Kutan, Valérie Condoluci, Louise Callinan, Sine Bundgaard, Karine Deshayes, Nona Javakhidze (Filles-Fleurs de Klingsor).

     



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