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CRITIQUES DE CONCERTS 11 décembre 2019

Prokofiev et Franck par l'Orchestre National de France au Théâtre des Champs-Elysées, Paris.

Psyché reste sans voix
© Universal Classics

Au Théâtre des Champs-Elysées, on eut droit en réalité à deux soirées bien distinctes. Un concerto de Prokofiev bien connu d'une part, transcendé par Elisabeth Leonskaja ; un Psyché bien plus rare ensuite, hypothéqué par la belle Isabella Rossellini. Mais un point commun : un Orchestre National en forme superlative.
 

Le 11/04/2003
Françoise MALETTRA
 



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  • Il y a des concerts qui donnent un sentiment de bonheur tel que l'on voudrait passer sur quelques erreurs difficilement explicables. D'abord, ce fut le bonheur, avec une artiste d'une classe exceptionnelle et dont on ne se lassera jamais : la pianiste Elisabeth Leonskaja. Sans gesticulation, avec une aisance phĂ©nomĂ©nale, elle a donnĂ© du second concerto de Prokofiev une interprĂ©tation que l'on n'oubliera pas de sitĂ´t.
    « Que le diable emporte cette musique futuriste », s'exclamera un critique, au soir de la création, le 5 septembre 1913. On parlera « d'agrégat cacophonique, borborygmé par les vents au milieu d'un scandale indescriptible ». Il faut dire qu'à vingt-deux ans, Prokofiev rompait ici brutalement avec l'esthétique des grands concertos romantiques incarnée par Rubinstein, Tchaikovski ou Rachmaninov. Composé sous l'emprise de la douleur, après le suicide d'un ami, le pianiste Maximilien Schmidhof, l'oeuvre semble mobiliser toutes les forces de l'instrument pour lui faire rendre compte de la révolte d'un homme devant l'indicible.
    Impériale Leonskaja, qui triomphe en grande dame des redoutables difficultés techniques de la partition : barbare dans la cadence infernale du premier mouvement, éclairée de l'intérieur dans l'intermezzo dont elle libère la peine secrète, déchaînée dans l'hallucinant final, elle construit et habite la musique en créant un climat d'écoute d'une intense liberté. Dans ce duel à armes égales, la complicité entre elle et Kurt Masur est totale. Aux intuitions de l'une répondent les certitudes de l'autre, relayées par un Orchestre National de France en très grande forme.


    On attendait beaucoup de Psyché, de César Franck, donné (fait rarissime) dans son intégralité, de cet ample poème symphonique en forme de symphonie chorale, inspirée de la fable antique où l'on voit Eros pardonner à Psyché, l'imprudente mortelle, d'avoir cherché à découvrir son visage, et l'enlever dans les cieux vers les lumières du paradis. César Franck aurait-il médité les paroles de Saint-Augusin : « Il n'est point de mysticisme sans sensualisme, point de sensualisme sans mysticisme » ? Si Psyché est traversée de mysticisme chrétien, elle est tout aussi empreinte (bien que le compositeur s'en défende) d'une sensualité brûlante qui irrigue l'oeuvre entière. Entre la pureté polyphonique des choeurs et la somptuosité de l'orchestre, on hésite entre Parsifal et Tristan, et l'on est loin de l'angélisme du « Pater serapeums ». Mais pourquoi Kurt Masur a-t-il cru bon de commander au dramaturge John Guare un texte destiné à « éclairer un mythe peu familier du public », quand le choeur remplit largement son rôle de médiateur ? Pourquoi, surtout, l'a-t-il confié à Isabella Rossillini, qui à aucun moment ne réussit à nous retenir avec une voix de petite fille singulièrement étrangère au récit et une lecture souvent imprécise ? Dommage. Mais que dire du Choeur et de l'Orchestre National de France, sinon qu'ils étaient ce soir-là en état de grâce.

    Au final, une soirée qui laisse un goût d'inachevé. Si Psyché avait eu la mauvaise idée de jeter un œil dans un miroir, elle aurait eu bien du mal à se reconnaître. Elle aurait été en revanche bien inspirée de simplement tendre l'oreille.




    Le 11/04/2003
    Françoise MALETTRA

    Prokofiev et Franck par l'Orchestre National de France au Théâtre des Champs-Elysées, Paris.
    Orchestre National de France
    Direction : Kurt Masur
    Choeur de Radio France (chef de choeur : Philip White)

    Elisabeth Leonskaja (piano)
    Isabella Rossellini (récitante)

    SERGE PROKOFIEV (1891-1953)
    Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur, Opus 16

    (Andantino – Allegretto, Scherzo – Vivace, Final : allegro tempestoso)

    CESAR FRANCK (1811-1890)
    Psyché, poème symphonique pour orchestre et choeur
    (Prologue, Le Sommeil de Psyché, Psyché enlevée par les zéphirs, Les jardins d'Eros, Psyché et Eros, Le Châtiment, Souffrances et plaintes de Psyché, Pardon de Psyché)

     


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