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CRITIQUES DE CONCERTS 13 aoŻt 2020

Concert de l'Orchestre Philharmonique de Berlin sous la direction de Mariss Jansons à l'auditorium de Dijon.

Rachat symphonique à la puissance dix

Pour sa seule apparition française de l'année 2003, le Philharmonique de Berlin a choisi l'acoustique exceptionnelle de l'Auditorium de Dijon. La venue du Concertgebouw d'Amsterdam dans la capitale bourguignonne en 2001 avait occasionné une franche déception. Cette année, les Berliner iront jusqu'à racheter la médiocre prestation de leurs collègues néerlandais par une fiévreuse 5e symphonie de Chostakovitch.
 

Auditorium, Dijon
Le 12/05/2003
Yannick MILLON
 



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  • En premi√®re partie, Jansons donne une Symphonie √©cossaise en rien inoubliable. Certes l'orchestre joue fort bien, particuli√®rement des vents justes et √©quilibr√©s : clarinette exceptionnelle de rondeur et de chaleur, fl√Ľte diaphane ¬Ė on salue le grand retour d'Emmanuel Pahud √† la Philharmonie ¬Ė mais les tutti sonnent de mani√®re indiff√©renci√©e et parfois brouillonne. Le premier mouvement, par la qualit√© instrumentale des Berlinois, sauve la mise. Le Scherzo fait en revanche les frais de certaines impr√©cisions rythmiques. Le Finale, mouvement le moins abouti dans cette lecture, s'ach√®ve par une coda pompi√®re et molle, avec des accords trop amortis. Les concerts de Jansons au festival de Lucerne l'automne dernier avec le Philharmonique de Vienne avaient laiss√© le m√™me arri√®re-go√Ľt d'inachev√©.

    Apr√®s l'entracte, le chef letton √©liminera d'un revers de main toutes les craintes issues d'une fin d'Ecossaise bien penaude. D√®s la premi√®re attaque, il rappelle haut et fort qu'il a √©t√© l'√©l√®ve de Mravinski √† L√©ningrad et qu'il conna√ģt son Chostakovitch sur le bout des doigts. Il donne de la 5e symphonie une vision d'un seul tenant, dense et coh√©rente.

    Dans le premier mouvement, les ruades des cordes sont cinglantes, avec un intense vibrato et un jeu √† la corde dans lequel pas un brin d'archet n'est √©pargn√©. Sit√īt pass√©e l'introduction, la pulsation immuable des basses et des altos est d'une rare angoisse, dans un pianissimo √† la limite du silence comme seuls les plus grands orchestres sont capables d'en produire. Au centre du mouvement, Jansons instaure un climat de panique radical, pour atteindre un climax ponctu√© par un coup de gong et un tutti √©crasants de puissance. Tout l'√©pilogue, glacial, avec le solo fant√īmatique et g√©nial d'intentions de la fl√Ľte puis du piccolo, marque durablement par son climat livide et un jeu sans vibrato qui remplit d'effroi.

    Le Scherzo, lapidaire, attaqu√© par des basses furieuses, ne l√Ęche l'auditeur √† aucun moment, et fait preuve d'une motricit√© inhabituelle, la plupart des commentateurs voyant en g√©n√©ral dans ce scherzo plut√īt un √©pisode ludique et sans nuage.

    Le mouvement lent fait entendre des merveilles de sonorit√©s : no man's land quasi cosmique du passage pour harpe et deux fl√Ľtes, d'une po√©sie rar√©fi√©e, quasi webernienne, climax au xylophone martelant au dessus des sursauts de vie des cordes, et coda exsangue, o√Ļ une magnifique harpe esseul√©e termine aux confins du silence.

    Jansons attaque ensuite le Finale dans un tempo assez lent montrant la grossieret√© voulue du th√®me principal aux cuivres, puis, tel un enfant pris la main dans le sac, acc√©l√®re brutalement pour garder un tempo de course poursuite grisant. Et pourtant, ce mouvement, gigantesque pied de nez comme Chostakovitch savait si bien les r√©aliser, comporte un risque majeur, celui de prendre la coda au premier degr√©. D'immenses artistes s'y sont ab√ģm√©s, y compris Bernstein qui la dirigeait √† toute vitesse, dans un caract√®re festif digne du Finale de la 4e symphonie de Tcha√Įkovski.

    Jansons, en bon interpr√®te russe, y trouve un second degr√© bien plus abouti, un triomphe charg√© d'amerture, celui d'un √™tre qui vous dit : ¬ę Je suis heureux, je ne cesse de prendre des coups de b√Ęton, mais je dois √™tre heureux, alors je souris ! ¬Ľ. Le climat en est du coup presque insoutenable car des plus grin√ßants, avec des cordes en acier tremp√© et des timbales fracassantes qui ass√®nent des dominante-tonique √† la mani√®re d'un rouleau compresseur.

    Jouissance morbide provoquant l'exultation du public, qui après avoir écouté avec un silence religieux dont devrait s'inspirer le bruyant public parisien, applaudit à tout rompre comme pour libérer une tension accumulée pendant 50 minutes. Dès le deuxième rappel, une standing ovation générale gagne la salle. Pour Jansons et Berlin, c'est un triomphe qui rachète à la puissance dix la prestation pour le moins moyenne du Concertgebouw il y a deux ans.

    Après Amsterdam et Berlin, il ne manque à l'auditorium de Dijon que de convier les Viennois pour parer au tableau d'excellence. Prenons-nous à rêver, à quand les Wiener Philharmoniker avec Thielemann dans la Symphonie alpestre pour honorer la meilleure acoustique de France ?




    Auditorium, Dijon
    Le 12/05/2003
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre Philharmonique de Berlin sous la direction de Mariss Jansons à l'auditorium de Dijon.
    Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)
    Symphonie n¬į3 en la mineur op.56 "Ecossaise"

    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n¬į5 en r√© mineur op.47

    Orchestre Philharmonique de Berlin
    direction : Mariss Jansons

     


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