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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Tristan und Isolde à l'Opéra du Rhin

Tristan désenchanté
© Alain Kaiser

Quand un chef et un metteur en scène se désaccordent de conserve pour trahir un chef-d'oeuvre, la déroute est facilement à la hauteur de leurs forces additionnées. Le désenchantement est accompli lorsque l'un et l'autre réussissent à empêcher les chanteurs de s'exprimer. Tous, sauf Heikki Siukola qui campe un Tristan poignant.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 12/02/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • " Les chefs-d'oeuvre sont faits pour ĂŞtre violĂ©s " clamait jadis un grand metteur en scène. Mais violer exige une vraie puissance, pour saisir totalement l'oeuvre et la dominer. Il faut enfin une entente entre le chef et le metteur en scène. Ce ne fut pas le cas Ă  Strasbourg, dont le " Tristan " est fort attristant, malgrĂ© les excellents Tom Fox et Anthony Marber. En effet trois dĂ©cors fort diffĂ©rents perturbent le spectateur, Ă  coups d'Ă©lĂ©ments surajoutĂ©s qui se veulent des symboles Ă©vocateurs : des branches cassĂ©es peintes en blanc (I), un champ de blĂ© mĂ»r mais, curieux rapprochement, devant des sapins enneigĂ©s (II) et un assemblage de formes gĂ©omĂ©triques crĂ©ant un rocher sauvage (III). Reprenons le livret de Wagner : " l'avant d'un navire " (I), " des jardins plantĂ©s de grands arbres " (II) et " les hautes murailles du château " (III). Il y a une logique dramaturgique dans le livret de Wagner que l'on ne retrouve pas dans les incohĂ©rences accumulĂ©es sur scène par Arlaud.
    Parallèlement, le chef fractionne son discours musical, à croire qu'il veut casser la continuité mélodique. De plus, sa conception de l'oeuvre épuise les chanteurs. Tout se passe comme s'il avait un compte à régler, avec les dames surtout, car ni Nadine Secunde, dont on connaît l'immense talent de soprano lyrique, ni Hermine May dont le premier acte est superbe, ne peuvent aborder le deuxième en pleine possession de leurs moyens vocaux. Il y a enfin un art de diriger les accents pathétiques de Marke qui confère au chanteur, quel que soit son âge une noblesse et une maturité, pour ne pas dire un grand âge. Or Frode Olsen possède une belle voix grave, mais les tempi choisis l'empêchent de masquer, voire de grimer son jeune âge !
    Seul demeure Heikki Siukola, un Tristan hors norme, dont le jeu poignant semble devoir inexorablement le conduire Ă  cette double tentative de suicide. Progressant avec un grand art du chant et du jeu, il parvient au IIIe acte, oĂą il passe de la folie Ă  la mort avec une puissance musicale et dramatique sans Ă©gale.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 12/02/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Tristan und Isolde à l'Opéra du Rhin
    Direction musicale : Jan Latham-Koenig
    Mise en scène, décors et lumières : Philippe Arlaud
    Choeurs de l'Opéra national du Rhin
    Orchestre Philharmonique de Strasbourg
    Avec Heikki Siukola (Tristan), Frode Olsen (König Marke), Nadine Secunde (Isolde), Tom Fox (Kurwenal), Anthony Marber (Melot), Hermine May (Brangäne), Declan Kelly (Ein Hirt), Vincent Karche (Seemann), Yves Ernst (Steuermann)

     


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