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CRITIQUES DE CONCERTS 20 novembre 2019

Concert Janaček de l'Orchestre de Paris sous la direction de Pierre Boulez au théâtre Mogador.

Janaček envahit Mogador
© Philippe Gontier / DGG

Chaque apparition de Pierre Boulez Ă  la tĂŞte de l'Orchestre de Paris fait figure d'Ă©vĂ©nement dans la capitale. Après Stravinski et BartĂłk, le chef français s'attaque Ă  Janaček, dans un programme entièrement consacrĂ© Ă  l'annĂ©e 1926, pour une prestation dont les dĂ©cibels Ă©branlent les balcons du théâtre Mogador.
 

Théâtre Mogador, Paris
Le 03/10/2003
Yannick MILLON
 



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  • Pour commencer son hommage Ă  l'annĂ©e 1926 « en fanfare », Boulez dĂ©bute par la Sinfonietta, oeuvre vigoureuse et virtuose Ă  souhait. Dans l'Allegretto introductif, on sent immĂ©diatement la volontĂ© du chef français de gommer le caractère « musique festive pour orchestre d'harmonie » en privilĂ©giant un tempo lent et une solennitĂ© presque grave. Par la suite, il se fait plaisir, dĂ©voilant mille dĂ©tails au dĂ©tour de chaque formule rythmique, et trouve des sonoritĂ©s qui interpellent l'oreille : pizz doublĂ© d'une attaque sèche et cuivrĂ©e des trombones, Ă©voquant immanquablement la percussion dans l'Andante.

    Boulez convainc par une attention jamais relâchée sur le rythme, précis et parfois même roboratif, la caractérisation de chaque solo, l'énergie et la fermeté de sa pulsation. On reste admiratif devant une telle science des cassures de tempo à l'intérieur des mouvements, aux équivalences évidentes. Et l'on surprend l'Orchestre de Paris à adopter des sonorités idoines, avec un rien d'acidité sur les cordes et les bois.

    Dans le Capriccio, c'est la main gauche de Jean-Efflam Bavouzet qui accapare l'attention, relayée et soutenue par un ensemble à vent – flûte, deux trompettes, trois trombones, tuba ténor – conduit par un Boulez des plus attentifs, qui focalise sa lecture sur certains « passages clés », comme l'unisson en tutti sur le la grave du piano dans le troisième mouvement, rehaussé par des cuivres à la justesse impressionnante.

    On sera en revanche plus réservé sur les solos de la flûte, trop cuivrés et au vibrato forcé, dont le beau timbre naturel n'avait pas besoin de ces artifices pour passer un piano et six cuivres. Et finalement, on en vient à se demander pourquoi Boulez, qui dit avoir horreur de perdre son temps et n'en avoir pas assez pour s'attaquer à toutes les oeuvres qui l'intéressent – on pense en particulier aux dernières symphonies de Sibelius – perd son temps avec une oeuvre mineure comme celle-ci.

    On adhérera en revanche à cent pour cent à sa décision de diriger la Messe Glagolitique, surtout lorsqu'on apprend qu'il a opté, à l'instar de Charles Mackerras, pour la version originale, nettement plus convaincante, dramatique et cohérente que la version révisée qu'ont enregistrée tant de chefs. Ici, le Cruxifixus est un tremblement de terre, avec ses cuivres déchaînés et ses timbales en stéréo de chaque côté de l'orchestre. Et au moins, on ne nous fait pas l'affront de nous proposer une Intrada seulement en conclusion de la messe !

    Toujours est-il que Boulez prend l'oeuvre Ă  bras le corps – Intrada lapidaire –, en exalte la dĂ©mesure – Verŭju (Credo) – et le panthĂ©isme – magnifique Agneče božij (Agnus Dei) lunaire – avec un orchestre grondant, dans une lecture noire, qui prend littĂ©ralement aux tripes. Et l'on ne peut que saluer la prestation des Choeurs de l'Orchestre de Paris, très bien prĂ©parĂ©s au slavon, prĂ©cis, aux voix de soprano qui ne plafonnent jamais – et pourtant il y aurait de quoi dans cette oeuvre dangereusement gĂ©nĂ©reuse en hauts de tessiture. Les parties solistes sont dominĂ©es par le soprano radieux d'Elzbieta Szmytka, et desservies par les hommes : basse terne et avalĂ©e de Yuri Kissin, tĂ©nor redoutable d'aigus bĂ©ants d'Herbert Lippert.

    Tout ce monde qui envahit une scène pas très grande, dans une Messe riche en dynamique, et voilà le petit théâtre Mogador submergé par une saturation de décibels. Mais on ne va pas reprocher à un orchestre français de « trop jouer », ce serait un comble !




    Théâtre Mogador, Paris
    Le 03/10/2003
    Yannick MILLON

    Concert Janaček de l'Orchestre de Paris sous la direction de Pierre Boulez au théâtre Mogador.
    Leoš Janaček (1854-1928)

    Sinfonietta pour orchestre, op. 60

    Capriccio pour piano et instruments Ă  vent

    Jean-Efflam Bavouzet, piano

    Messe Glagolitique pour quatuor de solistes, choeur mixte, orgue et orchestre.
    Version originale restituée par Paul Wingfield

    Elzbieta Szmytka, soprano
    Cornelia Oncioiu, alto
    Herbert Lippert, ténor
    Yuri Kissin, basse
    Philippe Brandeis, orgue

    Choeur de l'Orchestre de Paris
    direction : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain

    Orchestre de Paris
    direction : Pierre Boulez

     


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