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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2020

Nouvelle production des Troyens de Berlioz mise en scène par Yannis Kokkos et sous la direction de John Eliot Gardiner au Théâtre du Châtelet, Paris.

Un panthéon pour Berlioz

Donner en une seule soirée la version intégrale des Troyens de Berlioz représente un défi que peu de théâtres ont osé jusqu'ici. En se donnant les moyens d'une telle ambition, le Châtelet en a fait un spectacle à la hauteur des plus grandes espérances, et l'événement indiscutable des célébrations du bicentenaire de la naissance du compositeur.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 11/10/2003
Françoise MALETTRA
 



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  • Deux figures de femme, Cassandre et Didon, chacune confondant son propre destin avec celui d'une ville et d'un peuple, incarnent toute le grandeur des Troyens, dans une explosion de passions si extrĂŞmes que la mort semble en ĂŞtre la seule issue consentie. Deux figures de lĂ©gende, celle de la jeune prophĂ©tesse troyenne, celle de la reine de la nouvelle Carthage, victimes expiatoires d'une tragĂ©die oĂą les dieux abandonnent les hĂ©ros Ă  l'humaine condition qui les gouverne, et Ă  leur dĂ©mence. Une histoire de très ancienne mĂ©moire qui allait très tĂ´t enflammer l'imagination de Berlioz, et devenir l'oeuvre de toute une vie, puisĂ©e Ă  la source d'une ardente frĂ©quentation de L'EnĂ©ide de Virgile. Les Troyens expriment surtout l'ultime aboutissement d'un long processus de maturation et d'approfondissement d'une pensĂ©e musicale ne visant plus qu'Ă  l'essentiel. Ils n'en appellent pas Ă  la postĂ©ritĂ©, ne rĂ©pondent pas Ă  l'idĂ©e d'un « opĂ©ra de l'avenir » telle que la revendiquait Wagner. Ils sont l'oeuvre d'un musicien farouchement indĂ©pendant, qui ne renie pas le poids du passĂ©, mais le fait sien et le transcende. Rameau, Gluck, Weber, ne constituent pas une filiation, mais la reconnaissance d'un bien commun, vivant et fertile. On est dans le domaine d'une profusion maĂ®trisĂ©e, d'un Ă©quilibre des formes et des structures, qui donnent une lisibilitĂ© parfaite de la partition, tout en multipliant les pĂ´les d'Ă©coute (voix, choeur, instruments. Berlioz Ă©crit dans ses MĂ©moires : « Je suis un classique. Un romantique ? Je n sais pas ce que cela signifie. Etant classique, je vis souvent avec les dieux, quelquefois avec les brigands et les dĂ©mons. Jamais avec les singes ». Dont acte.

    Orchestre sans pesanteur

    L'immense mérite de John Eliot Gardiner est d'avoir fait « sonner » la musique des Troyens comme on ne l'espérait plus. Grâce aux instruments d'époque qui composent son orchestre (augmentés de ceux de la collection d'Adolphe Sax pour la musique de scène), le son est libéré de toute pesanteur, de toute épaisseur, et rend enfin justice à un Berlioz en qui Messiaen voyait « un visionnaire du son et de la couleur, de l'élargissement de la palette des timbres ». Dès le lever de rideau, Gardiner impose une fièvre et une tension qui saisissent l'auditeur et ne cèdent jamais. L'orchestre serre l'action de près ou l'anticipe, en l'enrichissant de multiples trouvailles sonores, laissant aux solistes et au choeur l'expression pure de la liesse, de la stupeur et de la déploration.

    « J'ai écrit un opéra virgilien, traité dans le système skakespearien », avertit Berlioz, entendant par là l'emprunt qu'il fait à Shakespeare de l'exacerbation des conflits opposant la valeur primordiale de la mission dont les personnages sont investis, et l'accomplissement de soi qui les portent au sacrifice suprême.

    Un plateau somptueux

    Pour en traduire toute la portée, il fallait des voix et des tempéraments exceptionnels. Là encore, le plateau est somptueux. Escortée par des choeurs magnifiques, Anna Caterina Antonacci marquera pour longtemps le rôle de Cassandre. En superbe forme vocale, elle est bien cette vierge inspirée qui s'épuise à convaincre les siens des malheurs qui vont frapper la cité, et finit par communiquer aux troyennes cet amour de la mort qui les fera échapper à la barbarie du vainqueur. Seule, face à la masse chorale, ou en duo avec Chorèbe (l'excellent Ludovic Tézier), elle a les gestes intenses et la puissance de la vraie tragédienne.

    Berlioz disait aimer Didon « à la fureur », et si c'est à elle qu'il dédie ses plus beaux chants, affirmons que Susan Graham le lui rend bien, tant elle est belle, vibrante, humaine plus qu'humaine. En reine adorée, en amoureuse éperdue, ou en amante abandonnée, elle joue sur tous les registres d'une voix rayonnante : envoûtante pour chanter l'extase, déchirante lorsqu'elle supplie, menace et maudit, bouleversante jusqu'aux derniers cris.

    A ses côtés, Gregory Kunde (Enée) accuse un manque de style et de vaillance qui le rend presque caricatural, tandis que Laurent Naouri (Narbal) et le jeune ténor Topi Lehtipuu (Hylas) font preuve d'un art du chant qui touche à la perfection.

    Entre miroir et dépouillement

    Pour mettre en scène ces personnages hors norme, Yannis Kokkos a réalisé, en première partie, un décor unique, fait d'un escalier sans fin, en fond de scène, qui libére l'espace et nous livre la ville de Troie toute entière, grâce à un immense miroir en plan incliné. C'est très beau, très impressionnant.

    En revanche, en choisissant pour Les Troyens à Carthage le plus grand dépouillement, sur fond de ciel d'orage ou de paysages à l'antique, il donne priorité au drame intime qui va se jouer. On oubliera la banalité et les gesticulations un peu simplettes du divertissement à la Cour de Didon, pour se souvenir des images de synthèse époustouflantes, d'une sensualité brûlante, de La Chasse Royale, et du voile pourpre de Didon glissant lentement sur les marches noirs du bûcher où elle s'immole.

    Une « Nuit d'extase et d'ivresse infinie
    » qui valait bien pour Berlioz un Panthéon !

    THEATRE DU CHATELET
    (11, 14, 18, 22, 29 0ctobre, Ă  l8h3O
    26 0ctobre, Ă  14h)




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 11/10/2003
    Françoise MALETTRA

    Nouvelle production des Troyens de Berlioz mise en scène par Yannis Kokkos et sous la direction de John Eliot Gardiner au Théâtre du Châtelet, Paris.
    HECTOR BERLIOZ (1803-1869)
    LES TROYENS

    Grand opéra en 5 actes (La Prise de Troie, Les Troyens à Carthage)
    Livret d'Hector Berlioz d'après L'Enéide de Virgile

    Direction musicale : Sir John Eliot Gardiner
    Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos
    Lumières : Patrice Trottier
    Création d'images vidéo : Eric Duranteau
    Mouvements chorégraphiques : Richild Springer

    Susan Graham (Didon), Anna Caterina Antonacci (Cassandre), Renata Pokupic (Anna),Gregory Kunde (Enée), Ludovic Tezier (Chorèbe), Nicolas Testé (Panthée), Laurent Naouri (Narbal), Mark Padmore (Iopas), Topi Lehtipuu (Hylas), Fernand Bernardi (le Fantôme d'Hector), René Schirrer (Priam), Danielle Bouthillon (Hécube)

    RĂ´les muets : Lydia Koniordou (Andromaque), Hippolyte Lykavieris (Astyanax)

    Orchestre RĂ©volutionnaire et Romantique
    Orchestre de scène
    Monteverdi Choir
    Choeur du Théâtre du Chatelet

    Chef des choeurs : Donald Palumbo

     


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