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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Création de La Frontière de Philippe Manoury au Carré Saint-Vincent, Orléans.

Vigilance à la Frontière

On l'attendait avec impatience, cet opéra de Philippe Manoury. Sa troisième oeuvre lyrique, La Frontière, se veut opéra de chambre, contrastant avec les grandes formations de 60ème Parallèle ou de K
. Et l'exercice est assurément périlleux.

 

Carré Saint-Vincent, Scène Nationale, Orléans
Le 02/10/2003
Françoise MALETTRA
 



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  • L'opéra de chambre promet tout et ne pardonne rien. Il procède d'une horlogerie fine où toutes les composantes du spectacle doivent trouver leur logique interne et opérer leur fusion en s'ouvrant en même temps à tous les possibles. Il en appelle à l'imaginaire du spectateur à condition de lui donner toutes les règles du jeu, et ces règles tiennent à part égale au texte de l'histoire qui va se dérouler devant nous.

    Or, la force de la musique de Philippe Manoury est que c'est elle qui raconte et nous capture au sens littéral du mot, au-delà d'un livret dont le moins qu'on puisse en dire est qu'il n'est pas d'emblée décryptable. Etrangement, ce sont les musiciens qu'on est tenté de ne pas quitter des yeux, d'autant que l' électronique qui les investit en leur faisant subir de subtiles métamorphoses, en fait les vrais personnages de l'opéra, en augmentant son efficacité dramatique.

    C'est bien dans la musique qu'est la narrativité de La Frontière, que s'inscrit l'errance d'une femme à la recherche éperdue d'un homme. Une femme dont on ignore tout, sinon qu'elle est porteuse d'une lettre qui doit lui permettre de le reconnaître, qui traversera des territoires ravagés par la guerre, affrontera la brutalité des hommes, avant de réussir enfin à passer la frontière où la rencontre aura lieu avec l'homme (un père improbable ?), et de reprendre sa route, seule, éternelle passante.

    Elle s'éloignera en chantant, presque hallucinée, l'ancienne complainte qui l'avait accompagnée en chemin, et dont l'homme semblait avoir gardé la mémoire. Dans un univers scénique raréfié (un carré à surface transformable), Yoshi Oïda est parvenu à créer un réel rapport de proximité entre les personnages qu'elle croise et qui se débattent pour survivre, et elle, l'étrangère, à la poursuite d'une vérité que nul ne peut, ou ne veut, lui révéler.

    Malgré la justesse du jeu et la beauté du timbre, Virginie Pochon (la femme) ne réussit pas toujours à concentrer sur elle la force de l'angoisse et de l'attente. Dominique Visse, en villageois paumé, sous l'influence d'un rustre, mais que le souvenir d'une mère souillée par la soldatesque fera s'opposer au viol de la femme, nous livre une nouvelle fois un grand moment de théâtre. Quant à Vincent Le Texier auquel revient l'ultime rencontre, il exprime superbement, vocalement et scéniquement toutes les ambiguïtés du personnage.

    Difficile pour une telle partition d'être mieux servie que par le piano d'Alain Planès, en parfaite symbiose avec l'électronique, et l'engagement total des musiciens de l'Ensemble Ictus, visiblement dopés par la direction terriblement vigilante du compositeur.




    Carré Saint-Vincent, Scène Nationale, Orléans
    Le 02/10/2003
    Françoise MALETTRA

    Création de La Frontière de Philippe Manoury au Carré Saint-Vincent, Orléans.
    Philippe Manoury (*1952)
    La Frontière, opéra de chambre
    Livret de Daniela Langer
    Création mondiale

    Ensemble Ictus
    direction : Philippe Manoury
    mise en scène : Yoshi Oïda
    scénographie : Tom Schenk
    création lumières : Jean Kalman
    costumes : Ysabel de Maisonneuve
    piano : Alain Planès

    Avec :
    Virginie Pochon (soprano), Doris Lamprecht (contralto), Romain Bischoff (baryton), Dominique Visse (contre-ténor), Vincent Le Texier (basse).

     


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