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CRITIQUES DE CONCERTS 20 mai 2019

Semaine Mozart à Salzburg

Mozart par des travailleurs émigrés
© Christian Schneider

C'est à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Mozart que fut décidée cette "Semaine Mozart" qui se dit "Das Salzburger Musikfest im Winter", autrement dit la " Fête de la Musique Salbourgeoise, en hiver ". Programme riche mais inégal dans lequel on distingue la mezzo Angelika Kirchschlager, l'enfant du pays, mais aussi le Quatuor Hagen, le flûtiste Emmanuel Pahud ou la soprano Barbara Bonney.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 29/01/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • C'est dans l'avion, en parcourant la presse - tant autrichienne que française - que j'ai commencé à me poser des questions sur la signification profonde d'un déplacement à Salzbourg, en cette période terrifiante de lutte d'influence politique. Première réaction, il s'agit de Mozart et non de politique ! C'est dans cet esprit que j'ai assisté, du 24 janvier au 29 (représentation de la Flûte enchantée), à cette 35e édition de la "Semaine Mozart". Malheureusement, entre temps, les Salzburger Nachrichten se faisaient l'écho de la réaction de quelques personnalités artistiques de haut renom, dont celle de Gérard Mortier qui annonçait clairement qu'il quitterait la direction du de Salzbourg en cas de victoire de l'extrême-droite (il a changé d'avis depuis et préfère résister de l'intérieur à l'influence brune). À une exception près, tous les autres responsables d'institutions culturelles étaient dans les mêmes dispositions face à l'ascension de Jorg Haider.

    Je me rappelais alors de quels noms d'oiseaux certains personnages avaient, par le passé, flétri le nom de Gérard Mortier, le traitant entre autres de travailleur étranger. Et les mots choisis par la presse viennoise étaient pires que ma traduction en français ! Le malaise est donc réel. Ne plus vouloir d'étrangers, c'est renoncer à l'Europe ! Et l'on conçoit que certains chefs d'Etat aient réagi violemment. Car un chef d'orchestre italien, une cantatrice suédoise, voire un metteur en scène français qui triomphent à l'Opéra de Vienne sont des travailleurs étrangers, au même titre que le directeur du Festival de Salzbourg, voire le maçon du coin. Et que dire de tous les Américains qui triomphent sur les scènes autrichiennes ? Cette constatation mérite réflexion. Sans doute les Autrichiens estimeront que je n'ai rien compris à la situation, mais je ne crois pas être le seul, vu les manifestations qui se sont déroulées en Autriche même, à Vienne surtout.


    L'important demeure cette "Semaine Mozart", qui est un temps fort de l'activité de la Fondation internationale du Mozarteum, dont une des têtes pensantes est précisément un travailleur étranger, la Française Geneviève Geffray, l'étonnante responsable de la bibliothèque du Mozarteum, rédactrice du Programme général de la "Semaine Mozart" et à qui l'on doit l'excellente traduction de la correspondance des Mozart, sept volumes parus chez Flammarion.
    Qu'est-ce que la "Semaine Mozart", sinon un beau temps de musique et de réflexion, le tout dépourvu de ce snobisme, de cet éclat extérieur qui parfois agace durant l'été. Comme il y a moins de touristes, les Salzbourgeois sont plus charmants et les deux ou trois concerts quotidiens maintiennent un bel état d'esprit.


    Cela dit, il ne faut pas trop exiger d'un tel festival : les programmes sont intéressants, même si les artistes engagés ne le sont pas toujours. Les Wiener Philharmoniker font leur B.A. annuelle et viennent interpréter Haydn, Mozart, Beethoven et même Ravel avec cette délicatesse sans pareille des cordes, même si Trevor Pinnock ou André Prévin paraissent un rien dépassés par l'événement, ou simplement déplacés. En revanche ce qui m'a enchanté, ce furent les prestations d'enfants de Salzbourg, comme la mezzo Angelika Kirchschlager, belle à croquer, intelligente en diable et fine comédienne de surcroît, parfait travesti que ce soit en Ramiro de "La finta giardiniera" ou en Sesto de "La clemenza di Tito". Autres enfants de la cité, les membres du Quatuor Hagen ont retrouvé leur éclat de jadis, une sensualité joyeuse (Quatuor de Ravel), une sonorité habitée et une sérénité profonde (Opus 135 de Beethoven). Dans un tout autre domaine, la Salzburger Hofmusik, qu'anime avec tant de passion le claveciniste Wolfgang Brunner, a donné des concertos pour deux claviers de CPE Bach et de Mozart (K365) de très belle facture avec le concours du discret et mais combien efficace d'Andreas Staier.

    Pourtant je dois reconnaître que l'apparition d'un Emmanuel Pahud éclaire soudain le festival grâce à la chaleur et à l'humour de ses interprétations. Que tout à coup la voix diaphane de Barbara Bonney dans les grands airs de Suzanne des "Nozze" m'a valu des instants de bonheur rare, tout comme le récital du jeune Benjamin Schmid (lauréat du Concours Menuhin de la Ville de Paris), étonnamment accompagné par Gérard Wyss, dans Mozart et Prokofiev.

    Alors que penser de "La flûte enchantée" ? Après celle imaginée par Jean-Pierre Ponnelle sur des tréteaux de foire, il y eut celle d'Achim Freyer dans un cirque, voilà sans doute ce qui a incité Harry Kupfer à concevoir une cinquième mise en scène (pour lui) qui se passe à la fois sur des tréteaux, mais avec des clowns et des acrobates ! Curieux ? Seulement la distribution est unique, que des jeunes, des inconnus, à l'exception de Monostatos, incarné par Josef Köstlinger qui fut le Tamino de la "Flûte" filmée par Bergmann. Johannes Chum est un Pamino de rêve qui n'est pas sans rappeler le grand et merveilleux Eric Tappy. Erika Miklosa est une Reine de la Nuit, dégoulinante de vocalises et autres roulades ensoleillées. La Pamina de Christiane Boesinger est charmante, les trois dames exquises et en Sprecher retrouvailles émouvantes avec le toujours jeune Walter Berry. Cette distribution avait été concoctée par Hubert Soudant que malheureusement la maladie a retenu loin de la scène pendant toutes les répétitions. Bruno Weil l'a remplacé. C'est son seul titre de gloire, il sait battre la mesure. Et l'on se rend compte que l'Orchestre du Mozarteum, quand il n'est pas dirigé par un grand chef, a parfois bien de la peine à tenir la route.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 29/01/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Semaine Mozart à Salzburg
    Direction musicale: Bruno Weil
    Mise en scène : Harry Kupfer
    Scénographie : Valeri Lewental
    Avec Johannes Chum (Tamino), Erika Miklosa (Königin der Nacht), Christiane Boesiger (Pamina), Elisabeth Flechl (Erste Dame), Roswitha Grabmeier-Müller (Zweite Dame), Edna Pochnik (Dritte Dame), Markus Paul Werba (Papageno),Michail Schelomjanski (Sarastro), Walter Berry (Strecher), Josef Köstlinger (Monostatos), Anja Beckert (Pamina)

     


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