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CRITIQUES DE CONCERTS 26 septembre 2020

Semaine Mozart à Salzburg

Mozart par des travailleurs émigrés
© Christian Schneider

C'est √† l'occasion du bicentenaire de la naissance de Mozart que fut d√©cid√©e cette "Semaine Mozart" qui se dit "Das Salzburger Musikfest im Winter", autrement dit la " F√™te de la Musique Salbourgeoise, en hiver ". Programme riche mais in√©gal dans lequel on distingue la mezzo Angelika Kirchschlager, l'enfant du pays, mais aussi le Quatuor Hagen, le fl√Ľtiste Emmanuel Pahud ou la soprano Barbara Bonney.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 29/01/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • C'est dans l'avion, en parcourant la presse - tant autrichienne que fran√ßaise - que j'ai commenc√© √† me poser des questions sur la signification profonde d'un d√©placement √† Salzbourg, en cette p√©riode terrifiante de lutte d'influence politique. Premi√®re r√©action, il s'agit de Mozart et non de politique ! C'est dans cet esprit que j'ai assist√©, du 24 janvier au 29 (repr√©sentation de la Fl√Ľte enchant√©e), √† cette 35e √©dition de la "Semaine Mozart". Malheureusement, entre temps, les Salzburger Nachrichten se faisaient l'√©cho de la r√©action de quelques personnalit√©s artistiques de haut renom, dont celle de G√©rard Mortier qui annon√ßait clairement qu'il quitterait la direction du de Salzbourg en cas de victoire de l'extr√™me-droite (il a chang√© d'avis depuis et pr√©f√®re r√©sister de l'int√©rieur √† l'influence brune). √Ä une exception pr√®s, tous les autres responsables d'institutions culturelles √©taient dans les m√™mes dispositions face √† l'ascension de Jorg Haider.

    Je me rappelais alors de quels noms d'oiseaux certains personnages avaient, par le passé, flétri le nom de Gérard Mortier, le traitant entre autres de travailleur étranger. Et les mots choisis par la presse viennoise étaient pires que ma traduction en français ! Le malaise est donc réel. Ne plus vouloir d'étrangers, c'est renoncer à l'Europe ! Et l'on conçoit que certains chefs d'Etat aient réagi violemment. Car un chef d'orchestre italien, une cantatrice suédoise, voire un metteur en scène français qui triomphent à l'Opéra de Vienne sont des travailleurs étrangers, au même titre que le directeur du Festival de Salzbourg, voire le maçon du coin. Et que dire de tous les Américains qui triomphent sur les scènes autrichiennes ? Cette constatation mérite réflexion. Sans doute les Autrichiens estimeront que je n'ai rien compris à la situation, mais je ne crois pas être le seul, vu les manifestations qui se sont déroulées en Autriche même, à Vienne surtout.


    L'important demeure cette "Semaine Mozart", qui est un temps fort de l'activité de la Fondation internationale du Mozarteum, dont une des têtes pensantes est précisément un travailleur étranger, la Française Geneviève Geffray, l'étonnante responsable de la bibliothèque du Mozarteum, rédactrice du Programme général de la "Semaine Mozart" et à qui l'on doit l'excellente traduction de la correspondance des Mozart, sept volumes parus chez Flammarion.
    Qu'est-ce que la "Semaine Mozart", sinon un beau temps de musique et de réflexion, le tout dépourvu de ce snobisme, de cet éclat extérieur qui parfois agace durant l'été. Comme il y a moins de touristes, les Salzbourgeois sont plus charmants et les deux ou trois concerts quotidiens maintiennent un bel état d'esprit.


    Cela dit, il ne faut pas trop exiger d'un tel festival : les programmes sont int√©ressants, m√™me si les artistes engag√©s ne le sont pas toujours. Les Wiener Philharmoniker font leur B.A. annuelle et viennent interpr√©ter Haydn, Mozart, Beethoven et m√™me Ravel avec cette d√©licatesse sans pareille des cordes, m√™me si Trevor Pinnock ou Andr√© Pr√©vin paraissent un rien d√©pass√©s par l'√©v√©nement, ou simplement d√©plac√©s. En revanche ce qui m'a enchant√©, ce furent les prestations d'enfants de Salzbourg, comme la mezzo Angelika Kirchschlager, belle √† croquer, intelligente en diable et fine com√©dienne de surcro√ģt, parfait travesti que ce soit en Ramiro de "La finta giardiniera" ou en Sesto de "La clemenza di Tito". Autres enfants de la cit√©, les membres du Quatuor Hagen ont retrouv√© leur √©clat de jadis, une sensualit√© joyeuse (Quatuor de Ravel), une sonorit√© habit√©e et une s√©r√©nit√© profonde (Opus 135 de Beethoven). Dans un tout autre domaine, la Salzburger Hofmusik, qu'anime avec tant de passion le claveciniste Wolfgang Brunner, a donn√© des concertos pour deux claviers de CPE Bach et de Mozart (K365) de tr√®s belle facture avec le concours du discret et mais combien efficace d'Andreas Staier.

    Pourtant je dois reconna√ģtre que l'apparition d'un Emmanuel Pahud √©claire soudain le festival gr√Ęce √† la chaleur et √† l'humour de ses interpr√©tations. Que tout √† coup la voix diaphane de Barbara Bonney dans les grands airs de Suzanne des "Nozze" m'a valu des instants de bonheur rare, tout comme le r√©cital du jeune Benjamin Schmid (laur√©at du Concours Menuhin de la Ville de Paris), √©tonnamment accompagn√© par G√©rard Wyss, dans Mozart et Prokofiev.

    Alors que penser de "La fl√Ľte enchant√©e" ? Apr√®s celle imagin√©e par Jean-Pierre Ponnelle sur des tr√©teaux de foire, il y eut celle d'Achim Freyer dans un cirque, voil√† sans doute ce qui a incit√© Harry Kupfer √† concevoir une cinqui√®me mise en sc√®ne (pour lui) qui se passe √† la fois sur des tr√©teaux, mais avec des clowns et des acrobates ! Curieux ? Seulement la distribution est unique, que des jeunes, des inconnus, √† l'exception de Monostatos, incarn√© par Josef K√∂stlinger qui fut le Tamino de la "Fl√Ľte" film√©e par Bergmann. Johannes Chum est un Pamino de r√™ve qui n'est pas sans rappeler le grand et merveilleux Eric Tappy. Erika Miklosa est une Reine de la Nuit, d√©goulinante de vocalises et autres roulades ensoleill√©es. La Pamina de Christiane Boesinger est charmante, les trois dames exquises et en Sprecher retrouvailles √©mouvantes avec le toujours jeune Walter Berry. Cette distribution avait √©t√© concoct√©e par Hubert Soudant que malheureusement la maladie a retenu loin de la sc√®ne pendant toutes les r√©p√©titions. Bruno Weil l'a remplac√©. C'est son seul titre de gloire, il sait battre la mesure. Et l'on se rend compte que l'Orchestre du Mozarteum, quand il n'est pas dirig√© par un grand chef, a parfois bien de la peine √† tenir la route.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 29/01/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Semaine Mozart à Salzburg
    Direction musicale: Bruno Weil
    Mise en scène : Harry Kupfer
    Scénographie : Valeri Lewental
    Avec Johannes Chum (Tamino), Erika Miklosa (K√∂nigin der Nacht), Christiane Boesiger (Pamina), Elisabeth Flechl (Erste Dame), Roswitha Grabmeier-M√ľller (Zweite Dame), Edna Pochnik (Dritte Dame), Markus Paul Werba (Papageno),Michail Schelomjanski (Sarastro), Walter Berry (Strecher), Josef K√∂stlinger (Monostatos), Anja Beckert (Pamina)

     


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