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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2019

Création de l'oratorio Saül de Flavio Testi à la maison de Radio France, Paris.

Saül en huis-clos

Le chef d'orchestre Massimo Zanetti

Le compositeur Flavio Testi aime l'histoire, ses héros et les grands auteurs qui ont su capter leur universalité en l'inscrivant dans les turbulences de notre temps. L'Orchestre philharmonique de Radio France et Massimo Zanetti viennent de créér son oratorio Saül d'après Gide, un huis-clos à la dramaturgie efficace en forme d'opéra sur le désir inassouvi.
 

Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
Le 25/10/2003
Françoise MALETTRA
 



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  • C'est à Eschyle (La Fureur d'Oreste), Skakespeare (Richard III), Fernando de Rojas (La Célestine),Gorki (L'Auberge des pauvres) que s'adresse Flavio Testi pour mettre en scène les turbulences de notre temps en les livrant à la musique. S'il se saisit de la pièce d'André Gide, ce n'est pas pour en faire un opéra biblique où l'on assisterait à des combats à l'issue improbable, où à de sombres complots de palais, mais pour installer une sorte de huis-clos, où chaque personnage est prisonnier de ses tourments et de ses visions, jusqu'à la déchirure.

    Ici, le drame se joue entre hommes : le roi Saül, Jonathan, l'héritier du trône, et David, le berger de Bethleem. Les femmes ne sont là que pour justifier les attendus du drame : la Reine meurt au premier acte après avoir largement prouvé sa soif de pouvoir, sa volonté d'ascendant sur le roi et son goût prononcé pour l'intrigue. Quant à la sorcière, elle attend la fin du second pour lancer ses imprécations et disparaître.

    Flavio Testi est un compositeur qui a un sens très aigu du théâtre. Son adaptation du texte de Gide est un modèle du genre : élimination des personnages secondaires, resserrement des dialogues, réduction des cinq actes en douze scènes, absence d'interludes instrumentaux susceptibles de ralentir l'action. Et c'est en collant au plus près des mouvements intimes des personnages que sa musique va traduire toutes leurs ambiguïtés, à travers la tragédie personnelle du roi : « un roi dépouillé de tout accent héroïque et victime de sa propre destruction, car abandonné à tous les instincts et aux plaisirs ».

    Saül est seul, les philistins sont aux portes de la cité, les astres ne lui répondent plus et Dieu se tait. Sur son ordre, tous les sorciers d'Israël ont été massacrés, car nul ne doit connaître la question qui l'obsède : « connaître l'avenir, pour agir », et assurer la continuité de sa race compromise par la débilité de son fils Jonathan et son incapacité à régner.

    Amour impossible et rédemption par la mort

    L'arrivée du jeune David, vainqueur du géant Goliath, accroît son trouble. Il le veut à ses côtés, sa harpe dissipera sa tristesse. Malgré les prédictions de Samuel (invoqué par la sorcière) qui annonce un destin royal au berger, le roi est invinciblement attiré : « Unissons-nous contre Dieu. Et si c'était moi qui t'offrait la couronne ? ». David a refusé de se soumettre. « Donc, tout ce qui m'est délicieux m'est hostile » s'écrie Saül.

    Et c'est pour un amour plus pur, l'amour de Jonathan, que David prendra par ruse la tête de l'armée des philistins, dans le but, en cas de victoire, de restituer au roi sa couronne. Mais la mort du père et du fils fera que c'est à lui qu'elle reviendra.

    Les voix sont traitées comme des méditations intérieures qui isolent des protagonistes, renforcent leurs fantasmes et leur incapacité à leur céder. Saül est l'opéra du désir inassouvi, d'une homosexualité latente impossible à vivre, qui brûle et aveugle au point d'accueillir la mort comme la seule rédemption possible.

    Un Saül confondant de stabilité et de souplesse

    Vincent Le Texier est un Saül de grande classe, qui exprime la lente dégradation du roi, ses déchirements, ses peurs, son abandon aux forces obscures qui le conduisent. La voix est d'une stabilité parfaite, passant de la violence à toutes les nuances de la séduction et à l'égarement avec une souplesse confondante.

    Si Hanna Schaer est une Sorcière aux accents impressionnants comme on s'y attend, Annie Vavrille est une Reine qui, même si le rôle le suggère, force la voix en permanence, masquant ce qu'il y a parfois de pathétique dans le texte.

    Aux côtés de l'excellent Daniel Galvez-Vallejo, dont le timbre généreux traduit à merveille la générosité du jeune David, Fabrice Mantegna incarne de manière émouvante et juste toute la fragilité de Jonathan.

    Un grand coup de chapeau à l'Orchestre Philharmonique de Radio France qui sous la direction visiblementinspirée de Massimo Zanetti, a prouvé une nouvelle fois la qualité de son engagement envers la création contemporaine.


    « Tout ce qui m'est délicieux m'est hostile » Saül, André Gide




    Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
    Le 25/10/2003
    Françoise MALETTRA

    Création de l'oratorio Saül de Flavio Testi à la maison de Radio France, Paris.
    Flavio Testi (*1923)
    Saül, oratorio en trois actes et douze scènes d'après la pièce d'André Gide
    Création mondiale

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    direction : Massimo Zanetti

    Avec :
    Vincent Le Texier (Saül), Annie Vavrille (La Reine), Fabrice Mantegna (Jonathan), Hanna Schaer (La Sorcière), Daniel Galvez-Vallejo (David), Renaud Delaigue (Le Grand Prêtre), Richard Ritelmann (Le Barbier), Solistes de la Maîtrise de Radio France (trois démons).

     



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