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CRITIQUES DE CONCERTS 11 juillet 2020

Concert Berlioz de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique sous la direction de John Eliot Gardiner au Théâtre du Châtelet, Paris.

Héroïsme romantique au service de Berlioz
© DG - Universal

Sir John Eliot Gardiner

Dans le cadre des festivités liées au bi-centenaire de la naissance d'Hector Berlioz, le Châtelet, qui présentait déjà une intégrale des Troyens fort réussie, propose l'immanquable Symphonie fantastique avec Gardiner et ses troupes, mais aussi en deuxième partie le rarissime Lélio, conçu pour faire suite à la Fantastique. Déjà un acte héroïque en soi !
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 24/10/2003
Yannick MILLON
 



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  • Avant toute chose, mentionnons le respect et la gratitude qu'inspirent la programmation de la Fantastique et de Lélio à la suite dans la même soirée, réunion rarissime même si pourtant clairement voulue par le compositeur. Pour rendre l'acte plus héroïque encore, on nous annonce avant que les musiciens prennent place sur scène que Gardiner, suite à des problèmes oculaires, a dû être hospitalisé et subir des examens approfondis, ainsi qu'une légère opération au laser le matin même, après avoir fini de diriger le cinquième acte des Troyens l'avant-veille presque aveugle.

    Dans un courage berliozien, le chef d'orchestre a accepté de diriger la Symphonie fantastique, mais il a renoncé à Lélio, qu'il n'a absolument pas eu le temps de répéter et qu'il a alors confié à son assistant François-Xavier Roth. On ne peut que s'incliner devant un tel courage, et le public conquis d'avance fait un triomphe au valeureux chef d'orchestre.

    Peu de nouveauté concernant la Symphonie fantastique, que Gardiner dirige toujours avec la même flamme et le même souci d'historicité. Seulement, l'enchantement d'il y a dix ans, lorsque le chef d'orchestre abordait pour la première fois l'oeuvre dans la salle de l'ancien conservatoire, semble s'être en partie évanoui. Le charme n'opère plus aussi intensément, l'esprit pionnier a disparu, au profit parfois d'une certaine routine. Le seul émerveillement des instruments d'époque fait aujourd'hui moins d'effet. Alors qu'on avait été fasciné par la propreté d'exécution d'instruments dits difficiles à gérer il y a dix ans, on a droit ce soir à une démonstration de l'instabilité des mêmes instruments : attaques hasardeuses du cor anglais, du hautbois, des cuivres.

    Leçon de musique française par un orchestre anglais

    Toutefois, un véritable souffle romantique passe, et si le premier mouvement et ses délires loin de tout souci de cohérence formelle résiste encore à Gardiner – mais à qui ne résiste-t-il pas sinon à Munch ? – il négocie plutôt bien les quatre mouvements suivants. C'est dans les deux mouvements où l'opium intervient que le Britannique se révèle le plus passionnant, particulièrement dans une Nuit de Sabbat grouillante de sonorités crûes en tous genres, cravachée avec une belle énergie, jusqu'à un accord terminal éclatant et chaleureusement cuivré. Et que cette Fantastique est palpitante en comparaison de celle de l'Orchestre de Paris et Eschenbach !

    Après l'entracte, Gardiner gagne la salle avec son épouse, pour s'asseoir juste à notre gauche, et applaudir à tout rompre et encourager par des cris leur jeune héros qui s'apprête à diriger la deuxième partie. Qui a dit que les Britanniques avaient trop de retenue ?

    Lélio, on le sait, est une succession disparate de pièces sans lien organique et mises l'une au bout de l'autre sans logique, si ce n'est le bouillonnement incontrôlable, typiquement romantique et parfois fatigant du jeune Berlioz. L'ensemble est géré d'une main de maître par le jeune François-Xavier Roth, qui n'appelle que des éloges par une gestion parfaite des pièces elles-mêmes, mais aussi de leur succession. Direction précise, cursive, avec une attention particulière portée aux ruptures de dynamiques soudaines et à des choeurs formidablement synchronisés.

    Logorrhée verbale et régal de sonorités

    On retiendra de ce Lélio de fort beaux moments musicaux, séparés par un texte interminable dit par un récitant, véritable logorrhée indigeste, preuve que les compositeurs devraient se contenter d'écrire de la musique : complète divagation d'une âme romantique perdue, bref un salmigondis en bonne et due forme. On se régale en revanche des sonorités de l'orchestre, techniquement bien plus au point qu'en première partie, et d'un Monteverdi Choir qui illumine la partition de ses interventions magiques : netteté des attaques, pureté d'intonation, jeunesse de timbre et transparence. Ludovic Tézier, dans sa courte intervention, est remarquable, à l'inverse du peu reluisant Hugh Smith, à la voix toute tubée et au français proprement désastreux.

    Bien riche expérience en tout cas que ces opus 14a et 14b réunis dans la même soirée, et bien belle leçon que le courage de Gardiner et l'héroïsme de son secouriste François-Xavier Roth. Il fallait bien ça pour servir Berlioz !




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 24/10/2003
    Yannick MILLON

    Concert Berlioz de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique sous la direction de John Eliot Gardiner au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Hector Berlioz (1803-1869)
    Episode de la vie d'un artiste, op.14a et 14b :

    Symphonie fantastique (1830) :
    Rêveries – Passions
    Un bal
    Scène aux champs
    Marche au supplice
    Songe d'une nuit de sabbat

    Lélio, ou Le Retour à la vie, monodrame lyrique (1831, révision 1855) :
    Le Pêcheur (ballade de Goethe)
    Choeur d'ombres
    Chanson de brigands
    Chant de bonheur
    La Harpe éolienne – Souvenirs
    Fantaisie sur La Tempête de Shakespeare

    Monteverdi Choir
    Orchestre Révolutionnaire et Romantique
    direction : Sir John Eliot Gardiner
    chef des choeurs : Donald Palumbo
    avec : Daniel Mesguich (récitant), Hugh Smith (ténor), Ludovic Tézier (baryton), Nathalie Steinberg et Sabine Vatin (piano).

     


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