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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2019

Deuxième partie de l'intégrale pour piano à 4 mains de Schubert par Christian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier à la Salle Cortot, Paris.

Tranche de vie

Le duo à 4 mains Ivaldi-Pennetier

¬ę Voulais-je chanter l'amour, cela m'entra√ģnait √† la douleur ; voulais-je chanter la douleur, cela me menait √† l'amour ¬Ľ. C'est ainsi que s'exprimait Schubert en 1822. Cette dualit√©, ces paradoxes √©motionnels sont omnipr√©sents dans le programme propos√© par Christian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier pour la deuxi√®me partie de l'int√©grale du piano √† 4 mains du compositeur √† la Salle Gaveau.
 

Salle Cortot, Paris
Le 12/12/2003
Eugénie ALECIAN
 



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  • Impatience dans la salle pleine. Les si√®ges attendent √† l'oblique devant le piano. Et enfin, comme encore plus impatients que nous, les artistes bondissent presque sur sc√®ne et s'installent : Christian Ivaldi aux graves et Jean-Claude Pennetier aux aigus pour la Fantaisie en sol majeur.

    Les voilà joyeusement embarqués dans la très grande vivacité d'une oeuvre narrative, riche en contrastes, du jeune Franz, encore très proche de Mozart, voire de Bach en sa partie centrale. L'extrême aisance des pianistes se manifeste d'emblée et fait complètement oublier les redoutables difficultés techniques de la partition, pourtant aujourd'hui classée comme premier numéro du catalogue Deutsche du compositeur viennois. Les images défilent, tel un film muet né de la musique et non l'inverse pour une fois. L'épisode conclusif nous ramène même en enfance avec l'impression de jouer, de courir, de conter, ou se laisser conter fleurette. Une prestation absolument régénérante, véritable cure de jouvence pour l'auditeur.

    Quel choc que les coups de tonnerre d√©clench√©s le bouleversant Lebensst√ľrme, qui r√©sonnent dans le corps comme pour mieux faire prendre conscience du drame de la vie du compositeur : √©crit √† la fin de sa vie, il dit en musique ce que celle-ci fut pour lui. Comment ne pas penser √† la Jeune fille et la Mort, au Roi des Aulnes, √† la Wanderer Fantasie dans ces longues phrases que les pianistes d√©clinent avec pudeur et conviction de la premi√®re √† la derni√®re note ? Presque anachronique ensuite s'encha√ģnent les √©l√©gants et presque fragiles L√§ndler, puis des Marches Caract√©ristiques espi√®gles et tendres √† la fois.

    Pennetier et Ivaldi √©changent leur place respective pour la grande Ouverture en fa qui suit. Sombre, modulant sans cesse, c'est l√† peut-√™tre un contenu d'ouverture d'op√©ra, genre que Schubert, qui s'y r√©v√®lait pourtant h√©ro√Įque et combatif, n'a jamais vraiment su apprivoiser.Apr√®s l'entracte, les 3 polonaises semblent aussi chant√©es que jou√©es, avec leur sp√©cificit√© rythmique toujours pr√©sente.

    Suivent alors d'évidentes Variations sur un Thème original qui nous font une fois encore traverser toute la gamme des émotions humaines. Véritable symphonie pour ivoire, propre à déclencher l'admiration enthousiaste d'un Schumann, et ayant probablement contribué à quelques inspirations de Mendelssohn, l'oeuvre atteint souvent une dimension acrobatique. Pièce aux harmonies étranges et évidentes à la fois, variations tour à tour soumises et autoritaires au thème générateur, mais pianistique en diable, provoquant un regard complice et heureux chez les deux artistes sur le dernier accord.

    Plus qu'un concert, c'est une tranche de vie que nous avons partagée.



    Prochains concerts de l'intégrale:
    Mercredi 14 janvier
    Jeudi 19 février
    Jeudi 4 mars
    Reprise à la Roque d'Anthéron à l'été 2004




    Salle Cortot, Paris
    Le 12/12/2003
    Eugénie ALECIAN

    Deuxième partie de l'intégrale pour piano à 4 mains de Schubert par Christian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier à la Salle Cortot, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Fantaisie en sol majeur D.1 (1810)
    Lebensst√ľrme D.947 (1828)
    Deux Ländler D.618 (1818)
    Marches caractéristiques D.886/968
    Ouverture en fa D.675 (1819)
    Trois polonaises D.824 (1826)
    Variations sur un thème original en la bémol majeur D.813 (1824)

    Christian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier, piano à 4 mains

     


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