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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Trilogie Rossini à l'Opéra Garnier, Monte-Carlo

Rossini chéri des Monégasques

Initiative résultant du succès de la " trilogie des reines ", l'Opéra de Monte-Carlo a programmé du Rossini pour chaque week-end de ce mois. La fin de semaine dernière, on a entendu successivement Il turco in Italia, Mosè in Egitto et Cenerentola. Le metteur en scène Pier Luigi Pizzi et le chef Maurizio Benini se sont révélés globalement à la hauteur de l'engouement des Monégasques pour le bouillant Gioacchino.
 

Palais Garnier, Monte-Carlo
Le 19/03/2000
Gérard MANNONI
 



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  • L'exiguïté du plateau de l'Opéra Garnier de Monte-Carlo ne permet pas, on le sait, de très grandes excentricités décoratives, surtout si l'on cherche une certaine unité. Pour la production de "Il turco in Italia", Pier-Luigi Pizzi a choisi des praticables de marches noirs, des panneaux coulissants, peu d'accessoires mais bien définis, ainsi que des costumes et éclairages sophistiqués comme pour Cendrillon en 1995 et de nouveau pour Moïse cette année. Avec une direction d'acteurs très poussée quand cela est possible, le système a prouvé son efficacité, même s'il ne laisse pas la place à de grands débordements d'idées. Au fil des ans, Pizzi est devenu un véritable metteur en scène et pas seulement un décorateur qui dirige aussi des chanteurs comme on lui en fit souvent grief. Son approche du Turc est ouvertement " bouffe ", dans un contexte hors du temps, ni moderne ni ancien, avec juste ce qu'il faut de couleur locale et des personnages dessinés sans vulgarité mais avec bonhomie comme dans le cinéma comique italien. Le Selim de Michele Pertusi domine la distribution à tous égards, aux côtés de la Fiorilla d'Angeles Blancas Gulin qui a le tort de forcer trop souvent ses excellents moyens car elle est drôle, a du chien et vocalise bien. Très bonne incarnation du " poète " par Domenico Colaiani. La direction musicale de Maurizio Benini est très exacte quant au style, même si elle semble parfois un peu à la peine pour bien coordonner le plateau et la fosse.




    Quasiment inconnu en France, ce Moïse en Egypte était la nouveauté de la Trilogie Rossini monégasque et devait donc s'intégrer scéniquement dans le cadre déjà en place pour le Turc en Italie et Cendrillon. Pizzi a habilement résolu ce problème en ajoutant quelques gradins aux marches déjà existantes, car le choeur est omniprésent dans cet ouvrage et tient le rôle d'un véritable personnage. Cuirasses et cottes de mailles dorées pour les Egyptiens, tuniques immaculées pour les Hébreux opposent bien les deux groupes antagonistes du drame dont l'élément le plus difficile à représenter reste la traversée de la mer rouge. Reconnaissons que l'étoffe argentée mollement agitée depuis les coulisses entre deux panneaux noirs n'est ici guère convaincante et frôle même parfois le ridicule. Hormis cela, la vision de Pizzi est rigoureuse, claire, sans complications car la partition ne s'y prête guère. L'oeuvre est inégale, avec d'évidentes faiblesses d'inspiration qui débouchent soudain sur d'admirables mélopées pour le choeur ou pour un soliste. L'orchestration est par moments assez recherchée, à d'autres étrangement plate. Rossini s'intéresse beaucoup plus au drame sentimental qu'il greffe sur l'épisode biblique qu'aux malheurs de Pharaon et à son entêtement face au désir de liberté d'Israël. Il escamote la plupart des plaies d'Egypte au bénéfice de grands duos et d'airs émotionnels où la malheureuse Elcia se perd en infinies lamentations. La voix désormais un peu instable et assez molle de Giusy Devinu ne fait pas paraître plus courts ni plus plausibles ces pleurs répétés, alors que la santé vocale et le très bel art du chant d'Alessandra Capici donnent beaucoup de relief au personnage d'Amaltea. C'est pourtant la somptueuse voix de basse d'Ildebrando D'Arcangelo qui impressionne le plus. Voilà bien un chef de file de la nouvelle génération car il a le physique, la musicalité, le timbre et l'art de se servir de ces dons. Seule vraie ombre dans cette distribution, le ténor Antonino Siragusa qui se fourvoie dans un rôle trop lyrique pour lui. Entre le Turc et Cendrillon, avec ses faiblesses et ses beautés, ce Moïse est un complément fondamental à la connaissance du compositeur.


    L'intérêt de choisir Cendrillon comme troisième volet de cette trilogie Rossini montée par l'Opéra de Monte-Carlo est que l'ouvrage représente un autre aspect du style " bouffe " du compositeur, moins ludique et plus moralisateur que celui du Turc. La caricature ne concerne que le père et les soeurs de l'héroïne, les autres personnages appartenant simplement au merveilleux ou au traditionnellement sentimental. Le dispositif scénique adopté pour ces trois spectacles permet les rapides changements de lieux nécessaires avec quelques idées décoratives amusantes comme cette belle Rolls sur fond jaune très publicité années trente. La production date de 1995. Elle trouve une nouvelle jeunesse avec cette distribution de très bon niveau. Laura Polverelli remplaçait Anna Catarina Antonacci. Elle est jolie, chante bien, vocalise à merveille, même si le timbre est un peu hybride : un peu sombre pour une soprano, trop clair pour une mezzo. C'est néanmoins une belle artiste. Le ténor mexicain Jorge Lopez-Yanez vient sans peine à bout des redoutables aigus de Don Ramiro et confirme l'excellence des voix venues d'Amérique latine. Michele Pertusi a fait un triomphe dans l'air d'Alidoro chanté avec autant de goût que de science et la direction de Maurizo Benini a paru plus apte à maîtriser les terrifiantes fantaisies rythmiques et ornementales de l'écriture rossinienne. L'Opéra Garnier était comble et l'accueil triomphal réservé aux trois ouvrages prouve que ce type d'entreprise correspond bien aux désirs du public monégasque et à celui des touristes de passage dans la Principauté.




    Palais Garnier, Monte-Carlo
    Le 19/03/2000
    Gérard MANNONI

    Trilogie Rossini à l'Opéra Garnier, Monte-Carlo
    Trilogie Rossini à Monte-Carlo
    Les 17, 18 et 19 mars
    Direction musicale : Maurizio Benini
    Mise en scène, décors et costumes : Pier-Luigi Pizzi
    Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
    Choeur de l'Opéra de Monte-Carlo.

    Il turco in Italia
    Michele Pertusi (Selim)- Angeles Blancas Gulin (Donna Fiorilla)- Bruno Pratico (Don Geronio)- John Osborn (Don Narciso)- Domenico Colaianni (Prosdocimo) Mireia Pinto (Zaida) Vito Martino (Albazar)

    Mosè in Egitto
    Ildebrado D'Arcangelo (Mosè)- Carlo Lepore (Faraone)- Giusy Devinu (Elcia)- Antonina Siragusa (Osiride)- Alessandra Capici (Amaltea)- Matteo Yonghwa Lee (Aronne)- Erzsebet Erdelyi (Amenofi)- Carlo Bosi (Mambre).

    Cenerentola
    Laura Polverelli (Angelina)- Jorge Lopez-Yanez (Don Ramiro)- Pietro Spagnoli (Dandini)- Bruno Pratico (Don Magnifico)- Lucia Scilipoti (Clorinda)- Tiziana Carraro (Tisbe)- Michele Pertusi (Alidoro).

     


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