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CRITIQUES DE CONCERTS 23 septembre 2020

Missa solemnis de Beethoven par le Collegium Vocale, l'Orchestre des Champs-√Člys√©es et Philippe Herreweghe au th√©√Ętre Mogador, Paris.

Plus blanc que blanc
© Marc Garnier / Festival de Saintes

La Missa solemnis de Beethoven frappe toujours par ses √©lans furieux, ses cassures violentes, son message ambigu et son √©criture vocale compl√®tement id√©aliste. ¬Ćuvre d'un d√©miurge qui demande un interpr√®te d√©miurge. Ce soir √† Mogador, Herreweghe, pourtant servi par des ensembles prestigieux, s'embrouille dans une relecture trop plastique et bien p√Ęle.
 

Th√©√Ętre Mogador, Paris
Le 27/01/2004
Yannick MILLON
 



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  • Le probl√®me avec une symphonie de Beethoven par Toscanini, c'est qu'on en apprend beaucoup plus sur Toscanini que sur Beethoven. La phrase, d'Herreweghe, est pour le moins malhabile, et le compliment peut tout √† fait lui √™tre retourn√©, car √† la sortie du th√©√Ętre Mogador, on aura beaucoup appris sur Herreweghe, mais rien en revanche sur Beethoven et la Missa solemnis.

    Certes, disposer de la perfection technique du Collegium Vocale pour le chef-d'oeuvre sacr√© du Ma√ģtre de Bonn est en soi une aubaine et effectivement, l'ensemble prouve son aisance √† surmonter les difficult√©s impitoyables de l'√©criture vocale. Les sopranos, notamment, avalent leur multiples aigus sans signe d'effort, y compris dans les notes r√©p√©t√©es avec du texte. Seulement, la transparence et l'instrumentalit√© du Collegium Vocale, miraculeuses dans la musique ancienne, sont tout √† fait inadapt√©es √† la violence du discours beethov√©nien.

    Voix de femmes désincarnées

    Et Herreweghe fait toujours du Herreweghe, avec la m√™me transparence chorale, le m√™me son polic√©, sans asp√©rit√©, √©moussant consid√©rablement les hardiesses harmoniques et l'√©criture rythmique presque forcen√©e du Beethoven de la maturit√©. Le s√©raphisme des voix de femmes √©choue √† passer un orchestre souvent d√©cha√ģn√©, et les altos, d√©sincarn√©es, sont absolument inaudibles dans les entr√©es fugu√©es, ce qui nuit pour le moins √† la clart√© polyphonique.

    Quant √† l'Orchestre des Champs-√Člys√©es, qui irradie de beaut√© plastique et de justesse d'intonation dans un premier temps ¬Ė d√©but du Kyrie presque irr√©el, avec de sublimes doublures des bois ¬Ė il affiche bien vite de nombreuses approximations, fruits de la gestique absolument chaotique du chef flamand, incapable de traduire physiquement la tension continue d'un fortissimo, syst√©matiquement r√©duit √† un forte diminuendo, pour ne rien dire de fortississimo aux abonn√©s absents. Bach, voire Mozart, peuvent se passer d'un v√©ritable chef, Beethoven non. L'orchestre en est r√©duit √† une mise en place √† deux vitesses, les cordes et les vents fonctionnant comme des groupes de musique de chambre ind√©pendants et sans coh√©sion entre eux.

    Lecture plastique, sans aspérités

    Passées ces réserves techniques, restent les partis-pris interprétatifs, guère plus probants. La puissance visionnaire de l'oeuvre, ses fureurs comme venues de l'Ancien Testament échappent complètement à un Herreweghe cantonné dans une lecture uniquement plastique et beaucoup trop sage dont seule Marie-Ange Petit et ses timbales sauront nous extirper lors des fanfares de l'Agnus dei. Après un Kyrie de belle tenue, bien hiérarchisé dans la dynamique, le Gloria manque de vision d'ensemble, chaque épisode étant collé au précédent avec un disgracieux point de montage.

    Le Credo souffre des m√™mes d√©fauts, rattrap√©s par un magnifique Et incarnatus est, suspendu et aux textures irr√©elles, o√Ļ la finesse du choeur est vraiment ad√©quate, avant de tomber √† plat dans le Crucifixus. De m√™me, la fugue finale Et vitam venturi saeculi, tr√®s lin√©aire, passe sans √©nergie. Encore plus √©tonnant chez un musicien r√©put√© souple, Herreweghe nous inflige un Benedictus raide comme la justice, aux pizz ass√©n√©s brusquement et aux interventions chorales heurt√©es.

    Un plateau de solistes indigent, qui plus est relégué derrière l'orchestre et à peine audible, enfonce le clou : basse tout avalée, minisoprano archi fausse, alto et ténor corrects mais en deçà des exigences de leur partie. Décidément, les relectures ne réussissent pas à la Missa solemnis, y compris la lessive Herreweghe qui lave plus blanc que blanc.




    Th√©√Ętre Mogador, Paris
    Le 27/01/2004
    Yannick MILLON

    Missa solemnis de Beethoven par le Collegium Vocale, l'Orchestre des Champs-√Člys√©es et Philippe Herreweghe au th√©√Ętre Mogador, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Missa solemnis en ré majeur, op. 123

    Letizia Scherrer, soprano
    Marianne Beate Kielland, alto
    Steve Davislim, ténor
    Alfred Reiter, basse

    Alessandro Moccia, violon solo

    Collegium Vocale Gent
    Orchestre des Champs-√Člys√©es
    direction : Philippe Herreweghe

     


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