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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

La Fanciulla del West à l'Acropolis de Nice

Le Far-West mieux qu'au cinéma
© Ville de Nice

Composé pour le public américain, La fanciulla del West est un western familial plutôt dépaysant en tant qu'opéra. Sans relecture révolutionnaire, le metteur en scène Gian-Carlo del Monaco parvient à recréer un Far-West plus vrai que nature grâce à une direction d'acteurs absolument juste.
 

Acropolis, Nice
Le 20/02/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Quel diable que Gian-Carlo del Monaco ! Avec lui on ne sait jamais à quoi s'en tenir. S'il monte "Carmen" à Bonn, on s'attend au pire et l'on en sort bouleversé. S'il monte "Anna Bolena" à Zurich pour Gruberova, on attend le coup de génie et l'on s'effondre devant du cousu main à usage de cantatrice qui ne bouge qu'avec ses cordes vocales.

    Et à Nice ? Gian-Carlo, avec son flair incroyable, donne au public ce qu'il attend. Et avec "la Fanciulla", voilà un bon western familial qui remplit l'Acropolis. Il est vrai que cet opéra fut composé pour les Américains et créé au Met, Del Monaco joue sur du velours. Pas de mise en scène radicale ou révolutionnaire en quoi que ce soit, une lecture au premier degré, mais une conduite d'acteurs telle qu'on se croit parfois au cinéma, surtout quand Jean-Philippe Lafont entre en scène. D'ailleurs, il n'y entre pas, il y est, du début à la fin, avec une gueule à la Bronson, un front bas, une voix sombre et une intensité de fauve à l'arrêt.

    Je finirai par croire que c'est là où del Monaco est révolutionnaire : en Allemagne, dans les années soixante-dix, il faisait hurler le bourgeois et délirer la presse. Aujourd'hui, où même les Moscovites se mettent à la relecture aberrante des poncifs, Del Monaco se contente de lire le livret et de mettre en scène ce qui est écrit. Mais une mise en scène aux petits oignons. Tout est millimétré, admirablement éclairé, les coups de feu partent au bon moment ! Bref de la belle ouvrage de grand professionnel. Du reste il a réalisé cette mise en scène pour le Met et la vidéo en est fort populaire dans tous les États-Unis, et au-delà.


    Reste qu'il faut trouver une Fanciulla ! C'est le seul point noir de ce spectacle enthousiasmant, car la belle et blonde Barbara Daniels chante le rôle depuis trop longtemps pour n'en pas connaître tous les périls. Avec elle, ils disparaissent, à l'exception de quelques aigus qu'elle prend un peu trop bas. C'est d'autant plus navrant qu'elle est entourée de deux forces de la nature : Armiliato et Lafont. Dick Johnson est donc incarné par ce grand diable, à l'oeil sombre, à la dégaine d'un cow-boy à la Gary Cooper, qu'est Fabio Armiliato : des aigus d'airain, une ligne de chant héroïque à souhait, tout pour plaire ; s'il pouvait seulement acquérir un rien de legato et plus de souplesse dans la vaillance. Et face à lui, le shériff méchant mais au grand coeur, Jean-Philippe Lafont, cigare au bec. Le rôle semble écrit pour lui ; et comme à chaque fois, on a l'impression que tout est à sa mesure. Certes le vérisme lui va comme un gant, mais on ne peut oublier qu'on eut la même impression devant son Falstaff et devant son Telramund. Ici, Lafont n'en fait pas trop. Il est sur la réserve, prêt à la détente, mais il attend encore. Vocalement, c'est superbe, avec surtout ce sentiment qu'il peut toujours en faire davantage.
    Le reste de la distribution prouve que del Monaco est un meneur d'hommes. Que ces chanteurs viennent d'Innsbruck ou de Lucca, de Seoul, d'Athènes, de Bordeaux ou de Marseille, ils sont tous devenus des exilés perdus par la fièvre de l'or dans un Far-West puccinien. C'est mieux qu'au cinéma, il y a Marcello Panni dans la fosse ! et sous sa baguette l'Orchestre philharmonique de Nice retrouve sa juvénilité d'antan, son enthousiasme à faire chanter les mélodies et mettre les chanteurs en évidence.

    Quel dommage que le bruit persiste d'un prochain départ de Gian-Carlo del Monaco, en 2001 ! pour quelle destination ? on murmure le nom de Munich, ce serait amusant, puisqu'en italien Munich se dit Monaco !




    Acropolis, Nice
    Le 20/02/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    La Fanciulla del West à l'Acropolis de Nice
    La fanciulla del West de Puccini de Giacomo Puccini
    Direction musicale : Marcello Panni
    Mise en scène : Gian-Carlo del Monaco
    Scénographie : Michael Scott
    Choeur de l'Opéra de Nice (chef des choeurs : Giulio Magnanini)
    Choeur des Opéras de Montpellier (chef des choeurs : Noelle Geny)
    Orchestre philharmonique de Nice
    Avec Barbara Daniels (Minnie), Jean-Philippe Lafont (Jack Rance), Fabio Armiliato (Johnson), Herbert Hechenberger (Nick), Luigi Roni (Ashby), Bernard Imbert (Sonora), Olga Tichina (Wowkle)
    Et aussi Gilles San Juan, Patrick Vilet, Byung Woo Kong, Franck Bard, Elio Ferretti, Pieris Zarmas, Pietro Naviglio, Daniel Djambazian, Sergio Kalabakos, Mario Bellanova, Young-Ju Chang.

     


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