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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2019

Suite et fin de l'intégrale pour piano à quatre mains de Schubert à la Salle Cortot, Paris.

Hommes en noir aux mains de soie

Le duo à 4 mains Ivaldi-Pennetier

Dernière soirée de l'Intégrale du piano à 4 mains de Schubert. Silence dans un public qui se reconnaît pour avoir fidèlement suivi les cinq concerts entamés le 13 novembre dernier. Les deux artistes se présentent une dernière, toujours tout de noir vêtus et souriants, saluant et s'avançant vers le clavier sans précipitation, comme pour vivre avec nous intensément ces derniers moments.
 

Salle Cortot, Paris
Le 04/03/2004
Eugénie ALECIAN
 



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  • « Il y a une certaine substance dans vous, mais vous êtes trop peu d'un acteur, trop peu d'un charlatan, vous gaspillez vos pensées fines au lieu de les développer correctement Â». Ainsi s'adresse le chanteur Vogl après avoir lu plusieurs lieder du jeune mais déjà célèbre Schubert. Sans doute une réplique à cette remarque que l'intéressé écrit en la même période dans son journal intime : « Le contraire de la liberté humaine est vraiment la routine de la vie urbaine. La nécessité d'observer cette routine constitue le bonheur des imbéciles, mais le tourment des hommes sensibles Â».

    Près de deux siècles plus tard, alors que le vivier de chefs-d'oeuvre du compositeur nécessiterait toute une vie pour être seulement entendu, en cinq concerts et plus de quatre-cents minutes, ce n'est certes qu'une très infime partie de l'oeuvre de Schubert que nous explorons, mais cependant une grande partie de l'homme et de son coeur s'ouvrent à nous à travers elle. L'extrême intelligence apportée à agencer ce programme, voire l'empathie développée entre les interprètes et le compositeur y sont pour beaucoup.

    Si au début de cette série, nous exprimions quelques réticences, voire des doutes quant à donner une vraie intégrale en concert, aujourd'hui cette réserve s'est totalement effacée. Car en une trentaine d'opus pour plus d'une cinquantaine de pièces, nous avons vraiment le sentiment d'avoir pénétré les arcanes du monde schubertien.

    Dans la première des Trois grandes Marches qui débutent ce dernier récital, les pianistes nous enveloppent de textures chaudes et moelleuses, puis nous transportent dans les jeux vifs et tendres à la fois d'un enfant heureux et espiègle, pour terminer par une marche funèbre dont la multitude des modulations majeur-mineur semble émaner plus encore des artistes que de l'instrument se pliant docilement à leurs volontés.

    Toute une vie déjà résumée ? L'enchaînement de l'Allegro et Andante puis de la Danse allemande obéit lui aussi à une remarquable logique, bien que leurs compositions soient si éloignées dans le temps. Le premier nous rappelle l'influence mozartienne qui a poursuivi Schubert toute sa vie durant, la dernière qu'il demeure chez le maître viennois un grand mystère, empreint de gravité et de sérénité mêlées, ironique voire caustique.

    Mêmes paradoxes ou dualités dans l'enchaînement de la Kindermarsch et des Variations sur un thème original : la première simple et pure délice, suivie d'une sorte de cycle de lieder en forme de variations symphoniques. Les variations sont souvent des études qui servent d'ébauches mélodiques ou techniques et comment ne pas entendre des bribes de la Truite, des Impromptus ou de nombreux lieder, parfois même des tournures d'autres compositeurs comme Schumann – notamment ses Beiden Grenadier – ou même Rossini ? Murmurant presque ou libérant leur virtuosité dans des explosions étourdissantes auxquelles succède une coda d'une extrême finesse, les pianistes offrent l'une des plus belles formes de respect qui se puisse rencontrer, tant envers eux-mêmes qu'envers la musique.

    En seconde partie, les Quatre Polonaises D.599 traduisent tout le raffinement de la société viennoise dans laquelle évoluait le compositeur, non sans évoquer là encore quelques dichotomies dans l'utilisation, rare dans cette intégrale à quatre mains, de grands écarts entre les basses et les aigus. Vogl contre Schubert ? Pour finir, le Divertissement à la hongroise demanderait un papier entier à lui seul ! Tout Schubert est là, mais aussi une forme de synthèse de l'histoire de la musique de Haydn à Brahms et des techniques pianistiques connues dans cet intervalle.

    Pour finir, parodions Cortot chez qui nous sommes, au fond, car ce soir, nous avions des doigts de fer dans des gants de soie !




    Salle Cortot, Paris
    Le 04/03/2004
    Eugénie ALECIAN

    Suite et fin de l'intégrale pour piano à quatre mains de Schubert à la Salle Cortot, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)

    Trois grandes marches D.819 (1824)
    Allegro et Andante D. 968 (1818-1824)
    Danse allemande D.618 (1818)
    Kindermarsch D.928 (1827)
    Variations en ut mineur D.624 (1818)
    Quatre Polonaises D.599 (1818)
    Divertissement à la hongroise D.818 (1824)

    Chrisitian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier, piano à quatre mains

     


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