altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 01 octobre 2020

Suite et fin de l'intégrale pour piano à quatre mains de Schubert à la Salle Cortot, Paris.

Hommes en noir aux mains de soie

Le duo à 4 mains Ivaldi-Pennetier

Derni√®re soir√©e de l'Int√©grale du piano √† 4 mains de Schubert. Silence dans un public qui se reconna√ģt pour avoir fid√®lement suivi les cinq concerts entam√©s le 13 novembre dernier. Les deux artistes se pr√©sentent une derni√®re, toujours tout de noir v√™tus et souriants, saluant et s'avan√ßant vers le clavier sans pr√©cipitation, comme pour vivre avec nous intens√©ment ces derniers moments.
 

Salle Cortot, Paris
Le 04/03/2004
Eugénie ALECIAN
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Retour √† la vie moderne

  • Salzbourg 2020 (5) : R√©apprendre la coh√©sion

  • Salzbourg 2020 (4) : √Čvidence bruckn√©rienne

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • ¬ę Il y a une certaine substance dans vous, mais vous √™tes trop peu d'un acteur, trop peu d'un charlatan, vous gaspillez vos pens√©es fines au lieu de les d√©velopper correctement ¬Ľ. Ainsi s'adresse le chanteur Vogl apr√®s avoir lu plusieurs lieder du jeune mais d√©j√† c√©l√®bre Schubert. Sans doute une r√©plique √† cette remarque que l'int√©ress√© √©crit en la m√™me p√©riode dans son journal intime : ¬ę Le contraire de la libert√© humaine est vraiment la routine de la vie urbaine. La n√©cessit√© d'observer cette routine constitue le bonheur des imb√©ciles, mais le tourment des hommes sensibles ¬Ľ.

    Près de deux siècles plus tard, alors que le vivier de chefs-d'oeuvre du compositeur nécessiterait toute une vie pour être seulement entendu, en cinq concerts et plus de quatre-cents minutes, ce n'est certes qu'une très infime partie de l'oeuvre de Schubert que nous explorons, mais cependant une grande partie de l'homme et de son coeur s'ouvrent à nous à travers elle. L'extrême intelligence apportée à agencer ce programme, voire l'empathie développée entre les interprètes et le compositeur y sont pour beaucoup.

    Si au début de cette série, nous exprimions quelques réticences, voire des doutes quant à donner une vraie intégrale en concert, aujourd'hui cette réserve s'est totalement effacée. Car en une trentaine d'opus pour plus d'une cinquantaine de pièces, nous avons vraiment le sentiment d'avoir pénétré les arcanes du monde schubertien.

    Dans la première des Trois grandes Marches qui débutent ce dernier récital, les pianistes nous enveloppent de textures chaudes et moelleuses, puis nous transportent dans les jeux vifs et tendres à la fois d'un enfant heureux et espiègle, pour terminer par une marche funèbre dont la multitude des modulations majeur-mineur semble émaner plus encore des artistes que de l'instrument se pliant docilement à leurs volontés.

    Toute une vie d√©j√† r√©sum√©e ? L'encha√ģnement de l'Allegro et Andante puis de la Danse allemande ob√©it lui aussi √† une remarquable logique, bien que leurs compositions soient si √©loign√©es dans le temps. Le premier nous rappelle l'influence mozartienne qui a poursuivi Schubert toute sa vie durant, la derni√®re qu'il demeure chez le ma√ģtre viennois un grand myst√®re, empreint de gravit√© et de s√©r√©nit√© m√™l√©es, ironique voire caustique.

    M√™mes paradoxes ou dualit√©s dans l'encha√ģnement de la Kindermarsch et des Variations sur un th√®me original : la premi√®re simple et pure d√©lice, suivie d'une sorte de cycle de lieder en forme de variations symphoniques. Les variations sont souvent des √©tudes qui servent d'√©bauches m√©lodiques ou techniques et comment ne pas entendre des bribes de la Truite, des Impromptus ou de nombreux lieder, parfois m√™me des tournures d'autres compositeurs comme Schumann ¬Ė notamment ses Beiden Grenadier ¬Ė ou m√™me Rossini ? Murmurant presque ou lib√©rant leur virtuosit√© dans des explosions √©tourdissantes auxquelles succ√®de une coda d'une extr√™me finesse, les pianistes offrent l'une des plus belles formes de respect qui se puisse rencontrer, tant envers eux-m√™mes qu'envers la musique.

    En seconde partie, les Quatre Polonaises D.599 traduisent tout le raffinement de la société viennoise dans laquelle évoluait le compositeur, non sans évoquer là encore quelques dichotomies dans l'utilisation, rare dans cette intégrale à quatre mains, de grands écarts entre les basses et les aigus. Vogl contre Schubert ? Pour finir, le Divertissement à la hongroise demanderait un papier entier à lui seul ! Tout Schubert est là, mais aussi une forme de synthèse de l'histoire de la musique de Haydn à Brahms et des techniques pianistiques connues dans cet intervalle.

    Pour finir, parodions Cortot chez qui nous sommes, au fond, car ce soir, nous avions des doigts de fer dans des gants de soie !




    Salle Cortot, Paris
    Le 04/03/2004
    Eugénie ALECIAN

    Suite et fin de l'intégrale pour piano à quatre mains de Schubert à la Salle Cortot, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)

    Trois grandes marches D.819 (1824)
    Allegro et Andante D. 968 (1818-1824)
    Danse allemande D.618 (1818)
    Kindermarsch D.928 (1827)
    Variations en ut mineur D.624 (1818)
    Quatre Polonaises D.599 (1818)
    Divertissement à la hongroise D.818 (1824)

    Chrisitian Ivaldi et Jean-Claude Pennetier, piano à quatre mains

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com