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CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoűt 2019

Reprise du Pelléas et Mélisande de Peter Stein à l'Opéra national de Lyon.

Pelléas victime du réchauffement
© GĂ©rard Amsellem

Patricia Petibon (Mélisande) et Tracey Welborn (Pelléas).

Anti-opéra, chef-d'oeuvre du symbolisme et du non-dit, Pelléas est toujours une gageure pour les théâtres lyriques. A l'Opéra de Lyon, la reprise de la mise en scène de Peter Stein, malgré une scénographie exemplaire et un chef inspiré, aura pâti d'une finition bien moyenne et d'une distribution inconsistante, pour une production qui sent le réchauffé.
 

Opéra national, Lyon
Le 05/03/2004
Yannick MILLON
 



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  • La plupart des lyricophiles paieraient cher pour voir la mythique mise en scène de PellĂ©as par Peter Stein. Et pourtant, le public de l'OpĂ©ra Nouvel, odieusement bruyant et visiblement cacochyme – les toux incessantes – rivalise de bavardages pendant les interludes, de commentaires incongrus et de ricanements. On en conclut que l'auditeur de 2004 n'est finalement pas plus prĂŞt Ă  entendre PellĂ©as que ne l'Ă©tait celui de la crĂ©ation en 1902. Triste constat.

    Reste que la mise en scène de Stein est une référence incontournable. Pessimiste et axée sur la fatalité qui pèse sur les protagonistes, pas absconse pour deux sous, elle laisse entrevoir d'emblée le funeste dénouement de l'intrigue, jouant la carte de la claustration et de la dégénérescence sans jamais délaisser pour autant les symboles cruciaux du livret. Les changements de décors, si problématiques dans Pelléas, sont ici génialement agencés, avec une ingéniosité et une efficacité qui sont d'un véritable homme de théâtre.

    De même, la beauté suffocante des décors de Karl-Ernst Herrmann, leur impact visuel – la grotte – la beauté des éclairages nocturnes – effet de perspective et humidité mortifère des souterrains – magnifient la dimension poétique du texte de Maeterlinck et en soulignent le mystère, avant de laisser place à un cinquième acte plus dépouillé. Dommage dans une production aussi esthétiquement aboutie que le raffût de la machinerie lyonnaise brise parfois la magie du spectacle – ouverture du toit à la fin du dernier acte entre autres.

    © Gérard Amsellem

    Dans la fosse, on fourmille d'idées, d'intelligence dramatique, grâce à la direction nerveuse et subtile du chef néerlandais Ed Spanjard, qui propulse en avant chaque formule rythmique et exalte chaque timbre avec une clarté toute française. A ce titre, le quatrième acte est humain et vibrant, captivant de tension et de vie, loin de toute alchimie sonore purement abstraite.

    Quant à la distribution, elle est le maillon faible de cette reprise. Au niveau scénique d'abord, les chanteurs s'intègrent moins naturellement à la mise en scène que par le passé, probablement par manque de travail, entraînant quelques scories, dont la moindre n'est pas Geneviève manquant de s'affaler dans l'escalier en s'empêtrant dans sa traîne.

    Au niveau vocal, on regrettera encore l'incapacitĂ© des maisons d'opĂ©ra Ă  distribuer correctement l'ouvrage. Le Golaud de Paul Gay, haut de stature, plus belle voix de la soirĂ©e malgrĂ© un aigu tendu, est loin de toute incarnation ; la MĂ©lisande de Patricia Petibon, au joli timbre, particulièrement dans un aigu facile, manque vraiment de voix dans le mĂ©dium et sombre trop souvent dans la caricature de la gamine perdue, abusant de minauderies et d'enfantillages façon « fĂ©e des enfants Â» ; le PellĂ©as de l'AmĂ©ricain Tracey Welborn, malgrĂ© de belles intentions musicales, est vocalement inadĂ©quat – timbre sans jeunesse, aigus serrĂ©s, format trop petit. On oubliera de mĂŞme l'Arkel au timbre de Pimène mais Ă  la justesse chaotique de Frode Olsen et la Geneviève complètement ruinĂ©e de Nadine Denize. Reste l'Yniold rafraĂ®chissant du petit Rayane Boudjadi, de la maĂ®trise de Lyon, nous confortant dans l'idĂ©e que le rĂ´le gagne Ă  ĂŞtre chantĂ© par un jeune garçon.

    Bénéficier d'une production aussi emblématique était pour l'Opéra de Lyon un gage de qualité. Dommage que la reprise du spectacle n'ait pas bénéficié d'un plateau moins indigent et d'une plus grande attention dans la reconstitution scénique, car en l'occurrence et malgré d'évidents atouts, ce Pelléas sent vraiment le réchauffé.




    Opéra national, Lyon
    Le 05/03/2004
    Yannick MILLON

    Reprise du Pelléas et Mélisande de Peter Stein à l'Opéra national de Lyon.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et douze tableaux (1902)
    Livret du compositeur d'après la pièce de Maurice Maeterlinck

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra de Lyon
    direction : Ed Spanjard
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Karl-Ernst Herrmann
    réalisation des décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Moidele Bickel
    Ă©clairages : Yves Bernard
    préparation des choeurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Tracey Welborn (Pelléas), Patricia Petibon (Mélisande), Paul Gay (Golaud), Frode Olsen (Arkel), Nadine Denize (Geneviève), Rayane Boudjadi (Yniold), Jean-François Gay (le médecin).

     



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