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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Nouvelle production de l'Heure Espagnole de Ravel et de Gianni Schicchi de Puccini à l'Opéra de Paris.

Le triomphe parisien de Seiji Ozawa
© Eric Mahoudeau

Sur le nom de Ravel et de Puccini, Hugues Gall offre à l'Opéra de Paris une de ses plus belles soirées, où chacun mérite d'être salué. On se fait complices des amours contrariées de Conception la bouillante espagnole, on savoure la « combinazione » de Maître Schicchi, et on admire. Et puis il y a la présence de Seiji Ozawa, qui triomphe et enfièvre le public.
 

Palais Garnier, Paris
Le 21/03/2004
Françoise MALETTRA
 



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  • Les jeudis de Conception, ou « la pitoyable aventure » d'une épouse en mal d'amants

    Le rideau se lève sur l'échoppe de l'excellent Torquemada, horloger de son état à Tolède, qui, chaque jeudi, doit très opportunément aller régler quelques affaires en ville, laissant la boutique à la garde de son épouse, la brûlante Conception, laquelle en profite pour donner rendez-vous à ses amants. Mais un client se présente : c'est le muletier Ramiro, venu faire réparer sa montre. Trop tard, il devra attendre le retour de l'horloger. Affolée par la présence d'un témoin aussi gênant, Conception le prie de monter dans sa chambre une des deux horloges catalanes de la boutique. Exécution. Entrée de Gonzalve, visiblement plus préoccupé de composer sonnets et ballades que de combler les ardeurs de la belle. Ramiro revient. En attendant mieux, Gonzalve devra rester enfermé dans la deuxième horloge, qui immédiatement prend à son tour le chemin de la chambre en échange de la première, à l'entrée de Don Inigo Gomez, un riche banquier fou de désir, qui va se voir réserver le même sort que le poète. Tandis que les deux soupirants demeurent coincés dans leur inconfortables pendules voyageuses, Conception, séduite par la musculature avantageuse du muletier déménageur, le fait une dernière fois monter dans sa chambre, mais
    sans horloge. Retour du mari qui, croyant avoir à faire à deux providentiels acheteurs, se frotte les mains et leur vend les deux pendules à bon prix.

    Sur cette pochade de Franc-Nohain, Maurice Ravel compose une partition d'une volubilité et d'un raffinement inouïs. Loin de toute espagnolade, la musique use de tous les ressorts de l'opéra bouffe pour se concentrer sur les caractères, inventant mille motifs à l'orchestre qui leur donnent chair et vie.

    « C'est une comédie avec un peu d'Espagne autour, écrit Ravel. En dehors du quintette conclusif, on n'y rencontre que la plus ordinaire des déclamations plutôt qu'un chant. La langue française, comme toute autre, a ses propres accents et ses inflexions musicales, et je ne vois pas pourquoi on ne tirerait pas parti de ces qualités afin d'obtenir une prosodie correcte. C'est essentiellement par la musique, l?harmonie, le rythme et l'orchestration que je voulais que s'exprime l'ironie ». Avec quelle science et quelle élégance il y parvient !

    Dans un incroyable bric-à-brac, d'une efficacité garantie, qui tient autant de la caverne d'un chiffonnier receleur que du magasin d'un brocanteur en tout genre, où tout s'anime, y compris une superbe vache noire en attente de la traite du soir, Laurent Pelly fait bouger tout ce petit monde sur un rythme réglé comme un mécanisme
    d'horlogerie fine.

    On s'amuse beaucoup aux gesticulations des chanteurs, tous d'une présence vocale et scénique étourdissante, de Yann Beuron en amoureux en quête de rimes bien tournées à Franck Ferrari en muletier-déménageur largement récompensé de ses efforts, de Jean-Paul Fouchécourt en cocu pas si fou qu'on pourrait le penser à Alain Vernhes en banquier excité, pétri de suffisance.

    Quant à Sophie Koch, elle est une Conception ravissante, érotique et futée, douée d'un solide abattage, et en très jolie forme vocale. Dopé par la direction d'une précision redoutable de Seiji Ozawa, l'Orchestre de l'Opéra ne laisse rien passer de la subtilité et de la beauté de l'orchestration de Ravel, en réussissant l'équilibre parfait entre la fosse et la scène.

    © Eric Mahoudeau







    La Combinazione de Maître Schicchi

    Changement à vue. On passe de Tolède à Florence, de Ravel à Puccini, mais on reste dans la comédie, effrontée chez l'un, grinçante chez l'autre. Dernier des trois opéras en un acte du célèbre Trittico, après le très sombre Tabarro et la très pathétique Suor Angelica, Gianni Schicchi est une satire féroce de la petite bourgeoisie florentine. Le riche Buoso Donati est mort, veillé par ses héritiers qui entendent mettre la main sur son testament avant de déclarer officiellement le décès. On finit par le découvrir, mais, stupeur, on y lit que Donati lègue toute sa fortune aux moines. Le jeune Rinuccio suggère alors de faire appel à un paysan madré, connu pour son habileté à détourner la loi, et qui s'entête à lui refuser la main de sa fille, Lauretta. L'affaire est rondement conclue. Schicchi prend la place du défunt et dicte au notaire, qui n'y voit que du feu, un nouveau testament où il s'accorde la plus belle part du magot. Fureur des héritiers qui se déchirent allègrement et s'empressent de piller les armoires. Schicchi les réduit au silence, les menace des pires maux auxquels s'exposent les complices d'une telle fraude, et les chasse de leur propre maison, devenue la sienne et celle des deux amoureux enfin réunis. Et il tire la moralité de l'histoire : « Dites-moi un peu, Mesdames et Messieurs, si l'argent de Buoso pouvait trouver meilleur emploi. Pour cette fredaine, dans sa Divine Comédie Dante m'a envoyer en enfer. Mais avec sa permission, si vous vous êtes amusés, accordez-moi quelques circonstances atténuantes
    »

    Sur le magnifique décor doré de Florence en fond de scène, on est dans une atmosphère très « musique de chambre pour un théâtre de chambre » aux allures Commedia dell'arte, où la vocalité puccinienne triomphe dans l'air de Lauretta, O mio babbino caro, divinement chanté par Patrizia Ciofi, et chez le Rinuccio de l'excellent Roberto Sacca. Un grand coup de chapeau au baryton Alessandro Corbelli, en génial manipulateur de personnages, tous plus vrais que nature, il est un Gianni Schicchi d'anthologie.

    Le public n'en finira pas d'ovationner un Seiji Ozawa, la crinière poivre et sel en bataille, manifestement heureux d'avoir à ce point réussi son rendez-vous avec un théâtre où il laisse de grands souvenirs, et d'être promu Docteur Honoris Causa le 29 mars à la Sorbonne. Bravo Maestro !



    Palais Garnier, jusqu'au 7 avril.




    Palais Garnier, Paris
    Le 21/03/2004
    Françoise MALETTRA

    Nouvelle production de l'Heure Espagnole de Ravel et de Gianni Schicchi de Puccini à l'Opéra de Paris.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    L'Heure espagnole, Opéra en un acte (1911)
    Livret de Franc-Nohain

    Giacomo Puccini (1858-1924)
    Gianni Schicchi, Opéra en un acte (1918)
    Livret de Giovacchino Forzano

    Orchestre de l'Opéra de Paris
    direction : Seiji Ozawa
    mise en scène et costumes : Laurent Pelly
    décors : Caroline Ginet et Florence Evrard
    éclairages : Joël Adam

    Avec :
    Ravel : Sophie Koch (Conception), Yann Beuron (Gonzalve), Jean-Paul Fouchécourt (Torquemada), Franck Ferrari (Ramiro), Alain Vernhes (Don Inigo Gomez).

    Puccini : Alessandro Corbelli (Gianni Schicchi), Patrizia Ciofi (Lauretta), Roberto Saccà (Rinuccio), Elena Zilio (Zita), Jean-Paul Fouchécourt (Gherardo), Jeannette Fischer (Nella), Paul de Monteil (Gherardino), Alain Vernhes (Betto), Donato di Stefano (Simone), José Fardilha (Marco), Titiana Tramonti (La Ciesca), Orazio Mori (Maestro Spinelloccio), Roberto Accurso (Amantio di Nicolao), Josep Miquel Ribot (Pinellino), Armando Noguera (Guccio).


     


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