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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2019

Reprise de l'Elektra de Richard Strauss mise en scène par Nicolas Joel à la Halle aux Grains, Toulouse.

Phénoménale Elektra
© Patrice Nin

Janice Baird (Elektra) et Karan Armstrong (Clytemnestre).

Formidable soirée d'opéra pour cette reprise de l'Elektra de Nicolas Joel à la Halle aux Grains de Toulouse, avec dans le rôle-titre l'incendiaire Janice Baird, qui semble être le grand soprano dramatique qui manquait à la scène lyrique depuis le retrait des immenses Varnay, Nilsson et Rysanek.
 

Halle aux Grains, Toulouse
Le 25/03/2004
Yannick MILLON
 



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  • Le choc est absolu, la dĂ©couverte aussi enthousiasmante que dĂ©routante. On avait dĂ©jĂ  cru comprendre qu'une magnifique BrĂĽnnhilde officiait Ă  Toulouse la saison passĂ©e, comme l'avait soulignĂ© GĂ©rard Mannoni. Et pour cause, l'Ă©poustouflante Janice Baird, peu connue dans le grand circuit, semble ĂŞtre le grand soprano dramatique qui faisait dĂ©faut Ă  la scène lyrique depuis des annĂ©es ; on se demande comment des scènes comme Bayreuth, qui semble s'accommoder de la belle mais vocalement exĂ©crable BrĂĽnnhilde d'Evelyn Herlitzius, peuvent laisser de telles voix faire une carrière underground.

    Formée à bonne école par Birgit Nilsson et Astrid Varnay, se riant d'un rôle inhumain entre tous en terminant la soirée plus fraîche qu'elle ne l'avait commencée, Janice Baird, saluée par des tonnerres d'applaudissements, est la révélation de cette Elektra toulousaine. Le timbre, assez sombre, est toujours accroché, la projection phénoménale, le soutien en béton, le souffle intarissable. On ne peut vraiment pas en dire autant des grandes titulaires du rôle, les Behrens, DeVol, Polaski, Behle, Schnaut et consort.

    Après un premier monologue un rien prudent, aux aigus légèrement bas de plafond, la soprano décolle dans son affrontement avec Clytemnestre, lui assénant des aigus comme autant de javelots qui passeraient le plus déchaîné des orchestres. Sans jamais manquer d'autorité – un Sei verflucht ! lancé à Chrysothémis à vous clouer au fauteuil ; un Schweigen und tanzen conclu, comme celui de Varnay, par un si aigu surpuissant – Baird maîtrise parfaitement le cantabile – une Reconnaissance d'Oreste à pleurer, bouleversante d'humanité comme de beauté des sons filés.

    De surcroĂ®t, loin des « gros sopranos dramatiques Â» du moment, l'AmĂ©ricaine possède une plastique irrĂ©prochable ainsi qu'une vraie stature de tragĂ©dienne, une prĂ©sence Ă  la Waltraud Meier, et fait de son Elektra Ă  la luciditĂ© troublante une tigresse dans la lignĂ©e de Christel Goltz, Ă©rotique et sensuelle dans sa danse au-dessus du gisant d'Agamemnon.

    © Patrice Nin

    Le reste du plateau est également d'une solidité à toute épreuve : belle Chrysothémis de Tina Kiberg, au timbre clair et lumineux ; impressionnante Clytemnestre de Karan Armstrong, tout en voix de poitrine et en Sprechgesang maniaco-dépressif ; Oreste au timbre de bronze de l'Espagnol Angel Odena, et parfait Égisthe d'Alan Woodrow.

    Quant Ă  l'orchestre, protagoniste numĂ©ro un de cette « folle journĂ©e Â» chez les Atrides, il Ă©crase tout sur son passage, sous la battue monolithique de Gabor Ă–tvos, qui gagne le podium aussi serein que s'il allait diriger Les Noces, mais dĂ©clenche des cataclysmes dans la fosse ouverte de la halle aux grains. La direction du chef germano-hongrois, au tempo toujours modĂ©rĂ©, l'emporte sur tous les fronts : massivitĂ© dans l'introduction, urgence insoutenable dans le cortège de Clytemnestre, sinistre beautĂ© et calme absolu des cuivres accompagnant Oreste, magnifique lyrisme des cordes dans la Reconnaissance, trĂ©pignements forcenĂ©s dans la danse d'Elektra, jusque dans une conclusion absolument titanesque.

    Et l'Orchestre du Capitole est un modèle, délivrant au milieu de déflagrations tout à fait appropriées – un timbalier survolté – de remarquables couleurs – superbes tubas wagnériens – et des textures transparentes – une petite harmonie lumineuse et fine.

    A un tel niveau musical, la mise en scène de Nicolas Joël fait un peu figure de simple illustration visuelle d'un drame joué dans la fosse et dans les gosiers des protagonistes, mais est toujours menée avec professionnalisme. Dramatiquement un peu faible dans les déplacements et les scènes d'agitation, elle ose quelques originalités : Clytemnestre en vieille folle qui s'enfile sa dose de pinard cul-sec au milieu d'une cour orgiaque, Egisthe en bourgmestre américain ridicule, haut-de-forme et banderole sous la veste à l'appui. Quant aux décors futuristes et écrasants d'Hubert Monloup, il faut bien reconnaître qu'ils font leur effet.

    Une production lourde d'enseignement sur les choix artistiques des grandes maisons d'opéra : alors que Toulouse propose la géniale Elektra de Janice Baird, la saison prochaine, Paris n'aura rien d'autre à offrir que l'impossible Deborah Polaski.




    Halle aux Grains, Toulouse
    Le 25/03/2004
    Yannick MILLON

    Reprise de l'Elektra de Richard Strauss mise en scène par Nicolas Joel à la Halle aux Grains, Toulouse.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra, tragédie en un acte (1909)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Choeur du Capitole
    Orchestre du Capitole de Toulouse
    direction : Gabor Ötvös
    mise en scène : Nicolas Joel
    décors et costumes : Hubert Monloup
    Ă©clairages : Vincio Cheli
    préparation des choeurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Karan Armstrong (Clytemnestre), Janice Baird (Elektra), Tina Kiberg (Chrysothémis), Angel Odena (Oreste), Alan Woodrow (Égisthe), Scott Wilde (le précepteur d'Oreste), Catherine Alcoverro (La confidente), Zena Baker (La porteuse de traîne / une servante), Gilles Ragon (Un jeune serviteur), Thierry Vincent (Un vieux serviteur), Anna Steiger (La surveillante), Valérie Marestin (Première servante), Cornelia Entling (Deuxième servante), Barbara Heising (Troisième servante), Cécile Galois (Quatrième servante), Cécile de Boever (Cinquième servante).

     



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