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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Concert de l'Orchestre de Paris sous la direction de Jukka-Pekka Saraste au théâtre Mogador, Paris.

Aveuglante lumière nordique
© Lauri Eriksson / Finlandia Records

Jukka-Pekka Saraste

Parmi les chefs invités cette saison à l'Orchestre de Paris, on aura pu noter la présence du Finlandais Jukka-Pekka Saraste, dans un programme Schönberg-Saariaho-Bartók riche en contrastes et en couleur orchestrale. Un chef jeune et décidé, au tempérament volcanique ; un concert sous le signe de la lumière nordique.
 

Théâtre Mogador, Paris
Le 31/03/2004
Yannick MILLON
 



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  • Véritable traité d'orchestration et de dramaturgie orchestrale en miniature, les Cinq pièces pour orchestre op. 16 de Schönberg n'ont semble-t-il jamais acquis la popularité qu'elles méritent et restent rarement jouées. Jukka-Pekka Saraste les aborde dans une battue analytique qui fait émerger chaque micro-solo et chaque ligne mélodique avec une précision et une clarté remarquables ? Vorgefühle. Dans Farben, la diversité des éclairages est parfaitement rendue, restituant mieux que n'importe quel discours la notion de mélodie de timbre ? Klangfarbenmelodie ? dans un contexte harmonique quasi immobile, et Peripetie est portée à incandescence par une lecture à l'éclairage éblouissant et aux contrastes dynamiques exacerbés.

    Suit Graal théâtre de Kaija Saariaho, qui n'est autre que son concerto pour violon. On y note particulièrement des doublures hypnotiques et superbes de fondu sonore dans les bois qui révèlent avant tout le talent d'orchestratrice de la Finlandaise. L'écriture pour violon, beaucoup plus polarisée que celle de l'orchestre, est moins immédiatement stimulante et paraît quelquefois facile, mais le résultat final est de belle facture, engendrant une « oeuvre à climat » particulièrement réussie, grâce en particulier à l'archet aérien de John Storgårds.

    Pour finir, un magnifique Concerto pour orchestre de Bartók, beaucoup plus abouti que celui que Haitink et la Staatskapelle de Dresde avaient donné en novembre dernier au Châtelet. Ici, Saraste propulse d'emblée le chef-d'oeuvre bartokien dans la lumière. Dès l'Introduction, impatiente et comme gonflée dans des starting-blocks, on sent qu'il va se passer quelque chose de grand. Et dès les premières fusées de cordes de l'Allegro, l'Orchestre de Paris confond par sa virtuosité, la densité de son quintette à cordes, et sa franchise d'exécution.

    Dans le Jeu des couples, le geste de Saraste se fait à la fois ludique et ironique, décortiquant les timbres à merveille et suscitant une verdeur des bois tout à fait ad hoc. L'Elégie, tout sauf pesante, passe comme une brise moite, avec son tempo sans lenteur et sa légèreté de trait. On aimerait parfois un son d'orchestre plus creusé et un climat moins décanté, mais les musiciens suivent le chef finlandais dans son élégie lucide et loin de tout atermoiement, distillant plus les tons d'une aurore boréale naissante que d'une lourde nuit sans étoiles. Dans l'Intermezzo interrotto, Saraste joue à fond la carte du patchwork stylistique et des cassures rythmiques, et trouve une ironie carrément grinçante ? la citation de Chostakovitch, le sourire en coin ? à l'aide d'un orchestre toujours prêt à l'éclat et de timbres très aiguisés, là où Haitink et Dresde paraissaient scolaires et rondouillards de timbre.

    Puis arrive le clou du spectacle, un Finale tout de brio, pris dans un tempo fou mais parfaitement assumé par des musiciens heureux de cet exercice de haute voltige. On regrettera juste des trompettes trop souvent sous l'étouffoir, alors que le reste des cuivres rougeoie sans peine sous le toit vite saturé du théâtre Mogador. Un Concerto pour Orchestre lumineux jusqu'à l'aveuglant, à l'impact physique immédiat, à la virtuosité confondante.




    Théâtre Mogador, Paris
    Le 31/03/2004
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre de Paris sous la direction de Jukka-Pekka Saraste au théâtre Mogador, Paris.
    Arnold Schoenberg (1874-1951)
    Cinq pièces pour orchestre, op. 16 (1909)
    (version de 1949)

    Kaija Saariaho (*1952)
    Graal théâtre, pour violon et orchestre (1994)
    John Storgårds, violon

    Béla Bartók (1881-1945)
    Concerto pour orchestre, Sz. 116 (1943)

    Orchestre de Paris
    direction : Jukka-Pekka Saraste

     


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