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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2020

Concert de l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach, avec la participation de la violoncelliste Han-Na Chang, au théâtre Mogador, Paris.

Docteurs es changements de disquette

Christoph Eschenbach et l'orchestre de Paris se montrent décidément très en forme ces temps-ci. Dans un programme long et varié presque à l'excès, ils auront démontré leur habileté à alterner genres et styles avec maestria. Un orchestre et son chef promus au rang de « Docteurs es changements de disquette ».
 

Théâtre Mogador, Paris
Le 07/04/2004
Yannick MILLON
 



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  • Pour commencer, une curiositĂ©, le Gaspard de la Nuit de Ravel dans l'orchestration de Marius Constant. L'auteur du BolĂ©ro Ă©tait l'excellent orchestrateur que l'on sait, et le travail de son compatriote, honorable, n'atteint jamais le mĂŞme degrĂ© de sensualitĂ© sonore, la mĂŞme maĂ®trise absolue des timbres – abus du xylophone entre autre. L'Orchestre de Paris, pas encore rĂ©veillĂ© Ă  cent pour cent, a du mal Ă  trouver ses marques dans un ostinato pas vraiment au point dans Le Gibet, mais traduit bien la profusion de couleurs de Scarbo. Exercice intĂ©ressant, mĂŞme si l'on prĂ©fèrera toujours de loin la version pianistique, plus âpre et – Ă©trangement – colorĂ©e.

    Changement de monde musical ensuite avec la Symphonie concertante de Prokofiev hallucinĂ©e de la violoncelliste Han-Na Chang. L'âpretĂ© et l'engagement physique qui faisaient dĂ©faut Ă  Truls Mørk dans le 2e concerto de Chostakovitch en fĂ©vrier dernier sautent ici Ă  la gorge. Et mĂŞme si la CorĂ©enne ne joue pas toujours très juste, son engagement viscĂ©ral s'avère captivant. VirtuositĂ© Ă©chevelĂ©e, jeu tendu Ă  rompre, engagement dramatique total, Han-Na Chang joue comme si sa vie en dĂ©pendait, et rappelle les immenses prestations soviĂ©tiques du « Rostro Â» des annĂ©es 1960 et 1970. Simple resucĂ©e du Concerto pour violoncelle op. 58, l'oeuvre est longue, bavarde, boursouflĂ©e et pour le moins dĂ©cousue, mais demeure supportable lorsqu'elle est abordĂ©e par d'aussi ardents dĂ©fenseurs. Car Eschenbach et l'Orchestre de Paris sont au moins aussi possĂ©dĂ©s par cette pièce dĂ©mente que leur violoncelliste.

    Passé l'entracte, retour fugace à Ravel avec une sanguine Alborada del Gracioso, toute d'éclat et saturée de soleil, où des tutti irradiants de couleur alternent avec des épisodes solo brillamment assurés – la clarinette. Une prestation prometteuse quand on sait qu'une anthologie Ravel-Orchestre de Paris-Eschenbach est en préparation chez le label discographique Ondine.

    Enfin, brillantissime fin de concert avec un Zarathoustra d'anthologie, suprĂŞmement contrastĂ©, urgent et conduit sans relâche. Dans la cĂ©lèbre introduction « kubrickienne Â», Eschenbach rappelle Karajan et son sens de la monumentalitĂ©, dosant chaque coup de cymbale, chaque attaque de cordes et chaque affirmation de trompette avec une majestĂ© confondante. Dans les passages plus calmes ou tendres, le chef allemand privilĂ©gie l'avancĂ©e Ă  l'alanguissement grâce Ă  une pulsation toujours perceptible et un geste Ă©loquent. Et que l'Orchestre de Paris fait montre d'Ă©clat, de beautĂ© de son et de classe – la trompette notamment. Un violon solo chevrotant Ă  la justesse chaotique n'aura que peu d'incidence sur le rĂ©sultat final, absolument admirable, jusque dans une conclusion en point d'interrogation on ne peut plus ouverte, encore dans une urgence qui frĂ´le toutefois souvent la fĂ©brilitĂ©.

    Un concert sans doute trop long et bizarrement ficelé mais réjouissant, démontrant l'habileté de l'Orchestre de Paris et Eschenbach à alterner genres et styles sans temps mort ou période d'acclimatation, preuve qu'à Mogador, la maîtrise des changements de disquette est parfaitement au point.




    Théâtre Mogador, Paris
    Le 07/04/2004
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach, avec la participation de la violoncelliste Han-Na Chang, au théâtre Mogador, Paris.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Gaspard de la nuit (1908)
    Orchestration de Marius Constant (1990)

    Serge Prokofiev (1891-1953)
    Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre, op. 125 (1952)
    Han-Na Chang, violoncelle

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Alborada del Gracioso (1918)

    Richard Strauss (1864-1949)
    Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique librement adapté d'après Friedrich Nietzsche, op. 30 (1896)

    Orchestre de Paris
    direction : Christoph Eschenbach

     


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